Visite de chantier, modules en fabrication, terrassement en cours : le projet pétrolier et logistique CSTAR avance dans les délais et dessine, pierre après pierre, le futur visage industriel du Cameroun.

À Kribi, sur la façade maritime du Cameroun, quelque chose de structurant est en train de prendre forme. La délégation de CSTAR qui a bouclé, le week-end dernier, une visite sur l’un des sites de fabrication des modules du projet, en est revenu avec une satisfaction assurée mais réelle : la planification est tenue, les modules sont en cours de fabrication pour un assemblage dans les délais convenus, et les travaux de déforestation et de terrassement du site progressent définitivement conformément au calendrier. Pour Nathalie Moudiki et l’équipe d’experts qui l’accompagnent, c’est une confirmation : CSTAR n’est pas un projet de papier.
Six ans après l’incendie, le Cameroun relance son industrie pétrolière
L’histoire de CSTAR commence dans les cendres. En mai 2019, l’unique raffinerie du pays — la Société Nationale de Raffinage (SONARA) — est ravagée par un incendie dévastateur, laissant le Cameroun sans capacité de raffinage nationale et entièrement dépendant des importations de produits pétroliers raffinés. Six ans plus tard, la réponse prend la forme d’un projet ambitieux : une raffinerie couplée à un dépôt stratégique de produits pétroliers, réalisée à Kribi, porté par la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) en partenariat avec Ariana Energy, le Consortium RCG et Tradex, réunis au sein de la structure CSTAR.

L’ambition est explicitée dans la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30), la feuille de route macroéconomique du Cameroun, qui repose sur trois piliers convergents : transformation structurelle de l’économie, accélération de l’industrialisation, et création d’emplois durables prioritairement pour la jeunesse. CSTAR s’inscrit dans cette logique : en relançant le raffinage local, le Cameroun rompt avec un modèle extractif qui consistait à exporter ses hydrocarbures bruts vers des raffineries étrangères avant de les réimporter transformés, à des prix dictés par les marchés internationaux. La philosophie sous-jacente peut se résumer ainsi : une économie ne se développe pas en exportant ce qu’elle extrait, mais en maîtrisant ce qu’elle transforme.
La modularisation, clé de voûte du projet
Ce qui distingue CSTAR des grands chantiers pétroliers conventionnels, c’est précisément la technologie choisie pour tenir les délais : la construction modulaire. Le principe consiste à fabriquer en usine des unités complètes distillation, traitement, stockage, systèmes électriques et utilitaires qui sont ensuite transportées sur le site pour y être assemblées. Chaque module est testé en conditions réelles avant son expédition, garantissant un niveau de qualité élevé avant même l’installation finale. Les grands groupes d’ingénierie mondiaux Honeywell UOP, Technip Energies, McDermott, Worley ont développé et expérimenté ces solutions intégrées.

L’avantage décisif de cette approche réside dans la parallélisation des tâches : la fabrication des modules en usine et la préparation du site peuvent se dérouler simultanément, ce qui réduit les délais globaux de de 20 à 50 % selon plusieurs études industrielles. La sécurité s’améliore également, puisqu’une grande partie des travaux à risque est réalisée en atelier plutôt qu’en plein air. Enfin, la modularité offre une capacité de montée en puissance progressive : de nouvelles unités peuvent être ajoutées selon les besoins et les ressources disponibles, sans interrompre la production existante.
Un modèle qui fait ses preuves sur le continent
L’Afrique n’est pas novice face à cette technologie. Au Nigeria, la méga-raffinerie Dangote a intégré des milliers de modules préassemblés provenant de plusieurs continents. Dans le delta du Niger, des mini-raffineries modulaires comme WalterSmith ou Duport Midstream alimentent désormais les marchés locaux. En Angola, le projet de Cabinda mise sur une montée en puissance progressive grâce à des unités modulaires. En Namibie, en Ouganda et au Kenya, les installations de petite capacité suivent la même logique.

Pour un projet en Afrique centrale, la formule est particulièrement adaptée : elle réduit la dépendance aux infrastructures de chantier locales, accélère le démarrage de la production, et permet de contourner certaines des contraintes logistiques propres à la région. Des contraintes qui demeurent réelles : le transport des modules impose une conception très détaillée dès les premières phases, et les limitations des réseaux routiers et portuaires peuvent alourdir les coûts. Kribi, avec son port en eau profonde, constitue à cet égard un atout considérable.
Kribi, nouveau pôle stratégique d’Afrique centrale
Au-delà du projet lui-même, c’est le positionnement de Kribi qui se joue. La cité balnéaire camerounaise confirme, à travers CSTAR, sa vocation de hub énergétique, industriel et logistique à l’échelle régionale. Une raffinerie capable de produire localement des produits pétroliers, couplée à un dépôt stratégique, transformerait Kribi en point d’ancrage de la sécurité énergétique pour le Cameroun et, vraisemblablement, pour ses voisins enclavés d’Afrique centrale. Les projets de mini-raffineries de 5 000 à 30 000 barils par jour dans la fourchette visée par CSTAR sont jugés financièrement plus accessibles que les grandes raffineries conventionnelles tout en produisant des effets économiques structurants durables.
Pour l’heure, les modules se fabriquent, le site se prépare, et le calendrier tient. CSTAR avance. Et avec lui, une certaine idée du Cameroun industriel.




