Contrairement aux rumeurs sans preuves qui ont enflé ces derniers mois, le gouvernement camerounais a choisi la transparence. Un document officiel que nous nous sommes procuré auprès du Ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique dresse une liste actualisée de 216 sociétés et exploitants identifiés pour exploitation aurifère illégale dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua. Un acte inédit qui éclaire l’ampleur du pillage, tout en relançant le débat sur la destination réelle de l’or camerounais.


Un document officiel qui révèle l’ampleur du phénomène
Le rapport consulté ne se contente pas d’aligner des noms. Il détaille des infractions précises : exploitation sans autorisation, non-respect des obligations environnementales, abandon de sites, déplacement hors des périmètres attribués, ou incapacité chronique à atteindre les seuils minimaux de production exigés par la réglementation. Entreprises locales comme étrangères, principalement actives dans l’exploitation artisanale semi-mécanisée, y figurent, de même que plusieurs opérateurs dont l’identité demeure partiellement inconnue des services de l’État.

Les principales entreprises identifiées
La liste, longue, compte des noms désormais sous le feu des projecteurs. Parmi eux : Alpha Mining, Bozen Mining, Gold Field, Gold Lion, Maling Macha Mining, Phoenix International, Shunda Mining, Sky Gold Mining, Xin Xin Mining, Yahong Mining, Galaxy Mining, Cameroon Golding Wrapper Group, Compagnie Shunda, ou encore Silverstone Mining. Des personnes physiques sont également mentionnées, comme Aniele Eugène, Moustapha Halil, Ernest Ngoh Fonang ou Djombi Emile Zoller.

Fait notable : plusieurs personnalités et hommes d’affaires régulièrement accusés dans l’espace public de piloter le pillage de l’or n’apparaissent pas dans ce registre. Une absence qui invite à la prudence et rappelle que, dans un État de droit, l’accusation sans preuve n’est pas une forme de justice mais une autre forme d’injustice.
Un secteur en cours de restructuration

Le ministère précise que certaines entreprises visées ont entamé un processus de régularisation, conformément au plan gouvernemental de restructuration du secteur. Un signal positif, mais qui ne saurait occulter les dysfonctionnements massifs documentés, ni dispenser l’État d’un suivi rigoureux et transparent des suites données à chaque dossier.

La question qui dépasse la liste : où va l’or du Cameroun ?
Au-delà des noms et des infractions, la publication de ce registre remet sur la table une question de souveraineté économique que le Cameroun ne peut plus éluder. L’or extrait de son sous-sol quitte en grande majorité le territoire à l’état brut – minerai grossièrement trié, lingots non certifiés, pépites sans traçabilité – pour être raffiné et valorisé ailleurs, notamment à Dubaï, devenue une plaque tournante du négoce de l’or africain. Ce schéma n’est pas une fatalité, mais le symptôme d’un vide stratégique que le pays a les moyens de combler.

L’État camerounais face à ses propres données

Publier la liste est un pas vers la transparence. Encore faut-il qu’elle débouche sur des actes. Combien de sanctions ont été effectivement prononcées ? Quels sites ont été fermés et sécurisés ? Quels dossiers transmis aux juridictions compétentes ? L’or camerounais ne disparaît pas : il part quelque part, enrichit quelqu’un, finance quelque chose. Tant que le Cameroun se contentera d’enregistrer les irrégularités sans les sanctionner, et d’exporter sa richesse brute sans la transformer, il restera ce que certains observateurs appellent amèrement un pays de transit de sa propre fortune.




