Un mois après la clôture théorique du dénombrement national, l’ombre du scandale financier plane sur l’appareil statistique camerounais. Alors que les opérations de terrain se sont achevées dans la douleur le 15 septembre dernier, plus de 14 000 agents de collecte attendent toujours le paiement de leurs prestations, pris au piège d’un imbroglio administratif entre l’État et la Banque mondiale.
L’onde de choc s’est mesurée lors d’un huis clos de près de quatre heures au siège du Bureau central des recensements et des études de population (BUCREP). Selon un relevé d’étape publié le 7 octobre 2026 par le projet HISWACA le mécanisme financé par la Banque mondiale pour appuyer le 4e Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) ainsi que le volet agricole (RGAE) , exactement 14 502 agents mobilisés n’ont toujours pas perçu leur dû. Pire encore, près de 7 000 réclamations formelles restent en attente de traitement, sans que le montant total des arriérés ni aucun calendrier de déblocage n’aient été communiqués.
Ce marasme financier est le symptôme d’une opération mal calibrée dès son lancement le 24 avril. Initialement prévue pour durer cinq semaines, la collecte s’est étirée sur plus de cinq mois à la suite de deux rallonges exceptionnelles accordées par le Premier ministre Joseph Dion Ngute. Cette dérive du calendrier a fait exploser les coûts de subsistance sur le terrain — fixés à 3 500 FCFA par jour —, poussant le gouvernement et le bailleur de fonds à débloquer en juin une enveloppe d’urgence de 6 milliards FCFA (dont 4,5 milliards apportés par HISWACA et 1,5 milliard par le Trésor public).
| Étape de l’opération | Durée / Échéance initiale | Réalité du terrain |
| Phase de collecte | 5 semaines (avril-mai) | 20 semaines (clôture le 15 septembre) |
| Budget additionnel | Non prévu | 6 milliards FCFA débloqués en juin |
| Agents en souffrance | 5 252 dossiers (fin juillet) | 14 502 agents impayés (octobre) |
Le blocage actuel relève désormais d’une bataille de procédures rigides. Face au risque de malversations ou de doublons dans les listes, la mission d’appui de la Banque mondiale a posé un ultimatum strict : aucun centime ne sera déboursé sans la transmission de pièces justificatives rigoureusement conformes et validées par les coordinations nationales. Tout écart exposerait l’État camerounais au rejet pur et simple des dépenses engagées.
« Le sort de plus de 14 000 agents dépend désormais de la capacité de l’administration à produire des dossiers conformes aux exigences des bailleurs de fonds. »
Cette crise de confiance intervient au pire moment pour le système statistique national. Alors que l’Institut national de la statistique (INS) lance la 6e Enquête camerounaise auprès des ménages et prépare le 3e Recensement général des entreprises, la capacité des autorités à remobiliser des enquêteurs de terrain s’en trouve lourdement compromise. Sans apurement rapide de cette dette sociale, c’est la fiabilité des futures collectes nationales qui risque d’être entachée.




