L’art du Mvet Oyeng, trésor de la communauté Ekang, vient d’être inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Une reconnaissance internationale qui consacre la profondeur philosophique et artistique de ce pilier de l’Afrique centrale.
C’est une victoire diplomatique et culturelle majeure pour le Cameroun, le Gabon, la Guinée Équatoriale, le Congo et Sao Tomé-et-Principe. L’UNESCO a officiellement reconnu le Mvet Oyeng comme une œuvre fondamentale de l’esprit humain. Plus qu’un simple instrument de musique, cet art oratoire incarne l’âme du bassin du Congo et l’histoire séculaire des peuples Ekang.
Un art total : Musique, récit et philosophie
Le Mvet Oyeng est ce que les anthropologues appellent un « art total ». Il désigne indifféremment l’instrument à cordes, le barde (le conteur), et le récit lui-même.
Lorsqu’un maître du Mvet s’exprime, il ne fait pas que jouer de la musique ; il déploie un univers où se mêlent :
- * Le récit épique : Des histoires de guerriers, de cosmogonie et de sagesse.
- * La danse et le chant : Une performance physique qui captive l’assistance.
- * La transmission de valeurs : Il enseigne le respect, la coopération et les règles de vie sociale indispensables à l’harmonie communautaire.
Entre sacré et populaire
La force du Mvet Oyeng réside dans sa dualité. On y distingue deux dimensions fondamentales :
- * Le Mvet Sacré : Accessible uniquement par initiation, il est réservé aux rituels majeurs et à la transmission de connaissances ésotériques.
- * Le Mvet Populaire : Spectacle public par excellence, il anime les mariages, les fêtes et les rassemblements, rendant la culture vivante pour toutes les générations.
Un rempart contre l’oubli
L’inscription par l’UNESCO ne constitue pas une fin en soi, mais un levier de préservation. Dans un monde globalisé, la langue et les récits épiques des Ekang font face au défi de la modernité. Cette distinction oblige désormais les États concernés à mettre en place des programmes de sauvegarde pour que les jeunes générations continuent d’écouter les cordes du Mvet raconter l’origine du monde.
En intégrant ce cercle prestigieux, le Mvet Oyeng rappelle que l’Afrique n’est pas seulement le berceau de l’humanité, mais aussi celui d’une pensée philosophique complexe et raffinée.




