C’est une petite révolution silencieuse qui s’opère dans l’écosystème culturel camerounais. Réunis en conférence de presse au Franco Hôtel de Yaoundé ce 13 Février, la SONACAM, les autres organismes de gestion collective, des syndicats de bars, des distributeurs de boissons, des représentants de l’État et des artistes ont acté l’entrée effective en application de la décision conjointe n°00034/MINAC/MINCOMMERCE du 25 avril 2023 sur la perception du droit d’auteur.
Au cœur de cette réforme : un mécanisme inédit de prélèvement à la source. Désormais, la redevance est collectée directement auprès des grands distributeurs de boissons, puis reversée dans un compte spécial destiné aux ayants droit. Concrètement, chaque casier vendu génère 12 FCFA de droits d’auteur, soit 1 franc par bouteille.

Pour les propriétaires de bars et débits de boisson, c’est la fin d’une époque. Finis les contrôles musclés, les saisies de matériel et les contentieux à répétition avec les huissiers. La charge financière, diluée dans le circuit de distribution, devient presque imperceptible pour l’exploitant final, tout en instaurant une équité fondée sur le volume réel de ventes.
Côté artistes et organismes de gestion, l’impact est tout aussi stratégique. L’élargissement de l’assiette de perception promet une augmentation significative de la cagnotte nationale du droit d’auteur, avec à la clé une amélioration attendue des revenus des créateurs. Moins de recouvrements directs signifie aussi moins de coûts de fonctionnement, donc plus de ressources redistribuées.

« C’est un partenariat gagnant-gagnant », résume Dr ATEH Bazore, président du conseil d’administration de la SOCACAM, qui salue une décision gouvernementale « historique » contre la précarité structurelle des artistes. Pour beaucoup, cette réforme marque un tournant : celui d’un État qui reconnaît enfin la valeur économique de la création.

Dans la salle, les artistes ne cachent pas leur soulagement. Mieux : ils appellent à l’extension de ce modèle à tous les secteurs exploitant les œuvres de l’esprit: radios, télévisions, télécoms, plateformes numériques, etc… Car au-delà d’une réforme technique, c’est une promesse qui s’esquisse : celle de permettre, enfin, à l’artiste camerounais de vivre dignement de son art.




