Yaoundé vient d’entrer dans l’histoire du secteur de l’eau en Afrique. Réunis à l’occasion du 23ᵉ Congrès de l’Association africaine de l’eau et de l’assainissement (AAEA), plus de 2 000 décideurs, experts et partenaires techniques ont adopté, le 12 février, la Déclaration de Yaoundé, un texte politique fort appelant à une transformation profonde des politiques publiques d’eau et d’assainissement sur le continent.

Présidée par le ministre camerounais de l’Eau et de l’Énergie, Gaston ELOUNDOU ESSOMBA, la cérémonie de clôture ce 13 Fevrier a marqué un tournant : face à une urbanisation galopante, au changement climatique et à une pression démographique inédite, l’Afrique n’a plus le luxe d’avancer lentement. Selon les dernières données de l’OMS et de l’UNICEF, près de 400 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à une eau potable sûre, et plus de 700 millions sont privés de services d’assainissement adéquats.
Au cœur de cette dynamique, une figure s’est particulièrement imposée : Blaise MOUSSA, président de l’AAEA et directeur général de la CAMWATER. Dans son discours, il a appelé à « sortir des déclarations d’intention pour entrer dans l’ère des investissements massifs et de la redevabilité ». Pour lui, la Déclaration de Yaoundé doit devenir « un contrat moral entre les États, les opérateurs et les populations ».

Le texte adopté met l’accent sur trois leviers majeurs : engagement politique renforcé, amélioration de la gouvernance des services publics et mobilisation de financements innovants, notamment via les partenariats public-privé et les fonds climat. Il consacre aussi l’assainissement comme un pilier central du développement, longtemps relégué au second plan face à l’eau potable.

Au-delà des discours, Yaoundé aura servi de laboratoire d’idées : digitalisation des réseaux, réduction des pertes techniques, solutions basées sur la nature, implication des collectivités locales. Autant de pistes concrètes pour répondre à ce qui est désormais reconnu comme une urgence sanitaire, économique et sociale.

Le flambeau est désormais transmis au Sénégal, pays hôte du prochain congrès en 2028. Mais une chose est certaine : avec la Déclaration de Yaoundé, l’Afrique ne parle plus seulement d’eau. Elle parle de dignité, de souveraineté et d’avenir.




