Soixante ans après sa disparition brutale, OSSENDE AFANA continue de hanter l’histoire du Cameroun. Figure majeure de la lutte pour l’indépendance, intellectuel brillant et militant engagé, il demeure pourtant sans sépulture officielle. Une absence qui résonne comme une blessure ouverte dans la mémoire nationale.

Né en 1930 à Ngoksa, dans la Lékié, ce fils d’une famille modeste et pieuse se distingue très tôt par son intelligence et son esprit critique. Formé dans les séminaires catholiques, il en est exclu pour avoir dénoncé les abus coloniaux. Une constante dans son parcours : refuser l’injustice, quitte à en payer le prix. Du lycée Général Leclerc de Yaoundé, où il mène une fronde étudiante, jusqu’aux universités françaises, il s’impose comme un esprit libre. En 1958, il devient le premier Africain d’Afrique noire à décrocher un doctorat d’État en sciences économiques.
Mais OSSENDE AFANA n’est pas seulement un intellectuel. Il est un combattant politique. Engagé au sein de l’UPC, il milite activement pour la réunification et l’indépendance du Cameroun. Aux côtés de figures comme Ruben UM NYOBE, Félix-Roland MOUMIÉ et Ernest OUANDIÉ, il incarne une génération prête à tout sacrifier pour la liberté.

Contraint à l’exil, il rejoint les réseaux panafricains, collabore avec Gamal ABDEL NASSER et s’inscrit dans une dynamique révolutionnaire internationale. De retour sur le terrain, il organise la résistance dans l’Est du Cameroun, conscientisant les masses et formant les jeunes.
Mais le 15 mars 1966, à Moloundou, son destin bascule. Capturé, exécuté, puis décapité, sa tête est présentée à Ahmadou AHIDJO pour attester de sa mort. Une fin tragique, à l’image de la violence qui a marqué cette période sombre.
Aujourd’hui encore, son corps n’a jamais été officiellement inhumé. Malgré une demande de réhabilitation déposée en 2024 par ses fils, le silence persiste.
À Yaoundé comme à Ngoksa, des voix s’élèvent. Conférences, hommages, mobilisations : le nom de OSSENDE AFANA revient avec force. Non comme un souvenir figé, mais comme une exigence : celle de vérité, de justice et de reconnaissance.
Car au-delà de l’homme, c’est toute une page de l’histoire du Cameroun qui réclame d’être enfin refermée avec dignité.




