Objet : Fiscalité numérique – Donnez-nous les outils avant de nous couper l’oxygène
À l’attention de Monsieur le Ministre des Finances, Louis Paul Motaze.
Monsieur le Ministre, Je ne vous écris pas en tant qu’opposant, ni en tant que simple observateur. Je m’adresse à vous en tant qu’acteur de terrain : Narcisse Emmanuel Fokou, entrepreneur digital, développeur Fullstack, analyste programmeur et expert en cybersécurité. J’ai été formé à l’excellence entrepreneuriale par le programme Empretec (CNUCED/MINPMEESA, promotion 2018), et c’est au nom de cette rigueur technique que je me dois de vous alerter.
L’État veut sa part du gâteau numérique. C’est légitime. Avec la loi de finances 2024 instaurant 5% d’impôt sur les revenus digitaux des créateurs, et celle de 2026 qui vise les géants étrangers à hauteur de 3% de leur chiffre d’affaires réalisé localement, le message est clair : l’heure de la récréation est terminée.
Mais Monsieur le Ministre, il y a un problème fondamental de logique : on essaie de traire une vache qu’on empêche de se nourrir. Voici la réalité brutale que les textes de loi ne voient pas, mais que tout développeur constate en regardant le code :
1. Nous sommes des clandestins dans notre propre économie (et l’État perd des milliards) Comment comptez-vous prélever l’impôt sur des revenus que nous devons « bricoler » pour faire entrer au Cameroun ? En tant que développeur, je vois l’aberration technique : PayPal nous ignore, Stripe nous bloque, et même des néo-banques vitales pour nous comme Wise, Payoneer ou Revolut sont souvent un cauchemar à utiliser depuis le Cameroun.
Pour encaisser le fruit de notre travail, nous sommes obligés de passer par des intermédiaires douteux ou des montages complexes.
Monsieur le Ministre, comprenez bien : l’argent qui ne peut pas entrer légalement au Cameroun est de l’argent qui reste dans des banques étrangères ou des portefeuilles virtuels. En ne résolvant pas le problème des passerelles de paiement (Gateways), l’État camerounais se prive volontairement de milliards de FCFA de base taxable chaque année. Aidez-nous à rapatrier cet argent, et nous serons fiers de payer notre quote-part.
2. Payer nos outils de travail est un risque sécuritaire
Je construis des plateformes web tous les jours. Pour cela, je dois payer des serveurs, des noms de domaine, des licences. Pour chaque dépense, je vois des jeunes talents obligés d’utiliser des cartes virtuelles prépayées étrangères, souvent en dollars, achetées chez des revendeurs tiers, car les cartes bancaires locales sont souvent rejetées.
Cette clandestinité forcée pose un grave problème de souveraineté et de sécurité. En obligeant vos ingénieurs à utiliser des identités d’emprunt, des VPN ou des structures off-shore pour simplement payer leurs outils, on expose le tissu numérique national à des risques légaux et sécuritaires inutiles. Nous ne voulons pas être des fraudeurs, nous voulons juste travailler.
3. Le silence assourdissant sur l’accompagnement
On nous parle de taxes, de contrôles, de pénalités. Mais où est la stratégie industrielle ? Où est le « Guichet Unique du Numérique » pour nous aider à nous formaliser sans nous noyer dans la bureaucratie ?
4. Des « experts » autoproclamés qui ne représentent pas la réalité du terrain
Ce qui est encore plus préoccupant, c’est de voir certains communicants et pseudo‑experts se présenter comme porte‑parole de la jeunesse numérique. Beaucoup d’entre eux n’ont jamais vécu la réalité d’un créateur qui doit trouver une carte virtuelle à l’étranger pour payer un simple abonnement.
Ils transforment la question fiscale en spectacle, en brandissant des formules comme « vous paierez les impôts en fonction de vos abonnés », alors que cela ne figure dans aucun texte et ne correspond à aucun principe juridique sérieux. Cette mise en scène sert plus leurs intérêts personnels (visibilité, contrats de communication) que la construction d’un véritable écosystème numérique camerounais.
Mes propositions concrètes, forgées par l’expérience Empretec Monsieur le Ministre, mon certificat Empretec m’a appris à transformer les problèmes en opportunités. Voici ce que nous, bâtisseurs du numérique, attendons :
- De la diplomatie économique : L’État doit peser de tout son poids pour que PayPal, Stripe, Wise et les programmes de monétisation intègrent officiellement le système bancaire camerounais. C’est la condition sine qua non pour une assiette fiscale saine.
- Des moyens de paiement souverains : Fiabiliser l’interconnexion technique entre nos comptes bancaires/mobile money et les standards internationaux.
- Un statut fiscal adapté : Créer un régime de « micro-entreprise numérique » simple, dématérialisé, qui permet de déclarer ses revenus en trois clics.
- Une concertation réelle avec des praticiens du terrain (développeurs, fintech, experts cyber), au-delà des seuls communicants.
Nous voulons contribuer au développement du Cameroun. Mais pour l’instant, la fiscalité numérique ressemble moins à une contribution citoyenne qu’à une asphyxie programmée.
Ne tuez pas la poule aux œufs d’or avant qu’elle n’ait fini de grandir.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma considération respectueuse mais profondément préoccupée.
Narcisse Emmanuel Fokou
Entrepreneur Digital / Media / Fintech Développeur Fullstack – Analyste Programmeur – Expert en Cyber Sécurité Entrepreneur certifié Empretec (CNUCED / MINPMEESA, Promotion octobre 2018) LinkedIn : @narcissefokou




