Financé par la Banque Mondiale, le projet d’électrification rurale PERACE avance, mais ses agents accumulent trois mois d’arriérés de salaires chez le prestataire.

Le projet PERACE (Projet d’Électrification Rurale et d’Accès à l’Électricité dans les zones Sous-desservies) franchit des étapes importantes pour apporter l’énergie dans les zones les plus reculées du Cameroun. Il s’impose comme une réussite technique majeure selon des sources officielles, le programme, financé par la Banque Mondiale, a largement dépassé les estimations initiales fixées lors de son lancement en 2022. Cependant, ce succès statistique cache : les travailleurs qui portent ce projet ne sont plus payés. Cependant, derrière les chiffres officiels de déploiement des compteurs prépayés, se cache une crise humaine profonde : les agents de terrain sont sans salaire depuis trois mois.
Une hiérarchie de métiers sous pression

Le déploiement des compteurs prépayés dans les zones rurales et reculées a atteint une vitesse de croisière inédite. Les responsables du PERACE et les représentants de la Banque Mondiale saluent des chiffres records, prouvant l’efficacité du système sur le plan opérationnel. Pourtant, sur le terrain, l’enthousiasme laisse place à l’amertume.
Le fonctionnement du projet repose sur trois piliers essentiels, tous aujourd’hui touchés par le non-paiement des salaires :
* Les Agents de Terrain (APC) : Véritables fers de lance, ils sont chargés de prospecter les clients et de collecter les données pour la création des dossiers dans le système, pour une rémunération de 120 000 FCFA par mois.
* Les Agents Polyvalents (APP) : Maillons essentiels de la mise en service, ils génèrent les « tokens » indispensables au fonctionnement des compteurs. Leur salaire officiel est fixé à 201 000 FCFA.
* Les Superviseurs : Garants de la fin du processus, ils assurent l’archivage de toute la documentation du projet. Leur rémunération s’élève à 348 000 FCFA.
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Bien qu’ils opèrent pour le compte d’Eneo, ces agents ont un statut d’intérimaires. Leur prise en charge est assurée par des partenaires de la multinationale, notamment les structures Cible et Emploi Service. C’est précisément au niveau de ces prestataires que le bât blesse, avec un blocage des rémunérations qui dure depuis un trimestre.

Comment expliquer qu’un projet dépassant toutes ses prévisions de croissance puisse échouer à rémunérer sa force de travail ? Ce paradoxe entre le succès technique du PERACE et la défaillance sociale de ses prestataires soulève de sérieuses questions sur la gestion administrative des partenaires d’Eneo. Si le déploiement des compteurs prépayés se poursuit sur toute l’étendue du territoire, l’absence de paiement des salaires interroge sur la gestion réelle des fonds destinés à ce projet d’utilité publique.
Pour les agents, le sentiment d’abandon est total, alors qu’ils continuent de porter l’ambition d’électrification rurale du pays au péril de leur propre stabilité financière.




