Alors que des instructions de la Présidence de la République auraient acté la mise à l’écart de la multinationale SGS pour des failles sécuritaires graves, le Ministre des Finances semble passer outre. Entre chantage financier et forcing administratif, l’obstination de Louis Paul Motaze interroge : assiste-t-on à une simple bataille de procédures ou aux prémices d’un positionnement politique pour l’après-Biya ?
Dans les couloirs feutrés du pouvoir à Yaoundé, le dossier du scanning au Port de Douala-Bonabéri ne se lit plus seulement en termes de gros sous, mais en termes de loyauté politique. Un fossé semble se creuser entre les hautes instructions de la Présidence (PR) et l’action du Ministre des Finances (MINFI), Louis Paul Motaze.
Le Palais d’Etoudi désavoué ?
Selon plusieurs indiscrétions et notes circulant dans les milieux sécuritaires, la Présidence de la République aurait initialement acté la suspension de la SGS. Ce choix s’appuierait sur des rapports alarmants concernant la sécurité nationale : la découverte d’armes et de chars de guerre ayant transité par le port sans être détectés par les scanners de la multinationale suisse.
Pourtant, malgré ces « lignes rouges » sécuritaires, le MINFI a multiplié les pressions pour obtenir le rétablissement de la SGS. La lettre confidentielle du 16 février 2026 signée par le DG du Port, Cyrus Ngo’o, est le témoin de ce court-circuitage : elle mentionne des directives du Premier Ministre et du MINFI qui viennent contrecarrer l’ambition de souveraineté portée par le projet national TransAtlantic.
L’arme financière : Un État dans l’État ?
Le levier utilisé par Louis Paul Motaze pour faire plier le Port de Douala le blocage des salaires des employés dépasse le cadre de la simple gestion administrative. Pour de nombreux analystes, utiliser l’appareil gouvernemental pour créer un risque d’explosion sociale au sein de la principale infrastructure économique du pays s’apparente à une démonstration de force.
« Quand un ministre utilise la paie des fonctionnaires et des agents publics comme moyen de pression pour imposer un prestataire étranger contre la volonté apparente du Chef de l’État, il ne gère plus, il défie », commente un expert en intelligence stratégique.
Entre business et ambitions présidentielles
La question qui brûle les lèvres dans la capitale est simple : Pourquoi un tel risque politique ? Le maintien de la SGS permet de conserver un système de rente établi depuis des décennies, alimentant des réseaux d’influence qui pourraient s’avérer cruciaux dans la course à la succession. En s’affirmant comme celui qui contrôle les flux financiers et qui peut, à sa guise, paralyser ou débloquer les institutions de l’État, Louis Paul Motaze envoie un message clair aux partenaires extérieurs et à la classe politique nationale.
Un sabotage de l’avenir national ?
L’analyse de Philémon Kuate est à ce titre sans concession : le maintien forcé de la SGS est un « sabotage de l’avenir ». En disqualifiant l’opérateur national TransAtlantic qui proposait une cogestion souveraine et une transparence des données le MINFI maintient le Cameroun dans une dépendance technologique et sécuritaire jugée obsolète.
Si la Présidence de la République reste silencieuse face à ce qui ressemble à une insubordination caractérisée, le « chantage aux salaires » pourrait bien marquer un point de non-retour dans la cohésion de l’appareil gouvernemental.




