SOCIÉTÉ: LES EMEUTES DE LA FAIM, 11 ANS DÉJÀ !

 

 

Il y a onze ans, du 25 au 28 février 2008, les principales villes du Sud-Cameroun (Douala, Yaoundé, Buea, Bafoussam, Bamenda, Limbe, Koumba, Nkongsamba, Loum…) étaient secouées par de violentes manifestations sociales, spontanées, qu’on a appelé “les émeutes de la faim”. En réalité, le principal déclencheur du soulèvement populaire avait été le projet de modification constitutionnelle visant à faire sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels pour permettre à Paul Biya de mourir au pouvoir, après 26 ans de désastre. Mais la modification de la constitution était conjuguée avec une hausse des prix des carburants et des pris de nombreuses denrées alimentaires.

Face à la colère qui grondait dans les rues du pays, la répression à laquelle se livra le régime Biya fut particulièrement brutale et meurtrière. L’armée et des unités de forces spéciales (GSO, BIR, BTAP, GPIGN) furent mises à contribution. Non seulement des armes à feu furent utilisées contre des manifestants, mais il y eut aussi des armes de guerre : des AK47 (d’une portée de 300 mètres et d’une puissance de feu de 450 coups par minutes), des mitrailleuses légères (portée de 450 mètres et 600 coups par minutes), d’après le rapport de l’ONDH*.

C’est ainsi que ce qui était censé être du maintien de l’ordre prit les allures d’une guerre contre des manifestants sans armes. Bilan: au moins 140 morts, plusieurs dizaines de disparus, près de 3000 personnes arrêtées, torturées, jugées expéditivement et jetées en prison (parmi lesquelles des mineurs). Toutes ces horreurs s’étaient déroulées – faut-il le rappeler ? – dans un silence assourdissant de “la communauté internationale”…

Février 2008 est donc devenu une date majeure et particulièrement tragique dans l’histoire des mobilisations sociales au Cameroun.
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Les données sur l’ampleur de la répression sont tirées du rapport de l’Observatoire national des Droits de l’Homme (ONDH) et de l’ACAT – Littoral intitulé : « Cameroun. 25-29 février 2008. Une répression sanglante à huis clos », (2009, 36 p.).
Disponible ici: https://www.fidh.org/IMG/pdf/Rapport_Cameroun_ONDH_2009_BDef.pdf

 

Yves Mintoogue

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