PROMOTE 2019: CÉLESTINE KETCHA COURTÈS APPELLE À LA MOBILISATION CITOYENNE POUR LE DEVELOPPEMENT URBAIN

Le Ministre de l’habitat et du développement urbain s’est exprimé à l’occasion de l’atelier thématique portant développement urbain le 20 février 2019 à Yaoundé, dans le cadre de Promote. 

REPUBLIQUE DU CAMEROUN
PAIX – TRAVAIL – PATRIE
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EXPOSE DU MINISTRE DE L’HABITAT ET DU DEVELOPPEMENT URBAIN, SON EXCELLCENCE MADAME COURTES née KETCHA CELESTINE, A L’OCCASION DE LA SESSION THEMATIQUE CONSACREE AU MINHDU DANS LE CADRE DE PROMOTE 2019

Thème : Mobilisation Citoyenne, facteur clé de succès du
Développement Urbain

Yaoundé, le 20 février 2019

​Préambule

Excellence Monsieur le Ministre du Commerce ;
Excellence Monsieur l’Ambassadeur de Suisse au Cameroun ;
Madame le Secrétaire d’Etat Auprès du MINHDU ;
Monsieur le Délégué du Gouvernement Auprès de la Communauté
Urbaine de Yaoundé ;
Monsieur le Secrétaire Général du MINHDU ;
Messieurs les Directeurs Généraux ;
Mesdames, Messieurs les Maires ;
Mesdames Messieurs les Représentants des organisations des
Nations Unies et des Partenaires au développement
Mesdames Messieurs les Chefs de quartier et les responsables des
Organisations de la Société Civile ;
Distingués invités en vos rangs et grades respectifs ;
Chers collaborateurs Mesdames Messieurs ;

Je voudrais très sincèrement vous saluer et surtout vous remercier pour l’honneur que vous me faites en participant, ce jour et en ces lieux, à cette session thématique consacrée au Ministère de l’Habitat et du Développement Urbain. Malgré vos calendriers chargés, vous avez bien voulu rehausser par votre présence l’éclat de cette rencontre.
Mes remerciements s’adressent également au Comité d’organisation de Promote pour cette initiative d’associer mon Département Ministériel à cet important cadre du donner et de recevoir qui va assurément induire une plus-value dans les rapports entre les acteurs politiques, économiques et sociaux. Permettez-moi de présenter aux organisateurs notre reconnaissance pour cette place de choix accordée au Ministère de l’Habitat et du Développement Urbain. Merci et mille fois Merci.
​​

​Excellences, Mesdames, Messieurs,

Il m’a donc été demandé de conduire la réflexion sur le thème « Mobilisation Citoyenne, facteur clé de succès du développement urbain ». Je puis vous dire que c’est avec enthousiasme que j’accomplirai cette mission. Car, le thème identifié me semble en nette adéquation avec l’essentiel des agendas mondiaux établis par les Nations Unies au cours de ces cinq dernières années.

​INTRODUCTION

​De nombreux spécialistes de la sociologie urbaine s’accordent à reconnaitre que le développement urbain durable est l’ensemble des transformations positives, quantitatives et qualitatives visant l’amélioration du bien-être des populations actuelles tout en préservant les intérêts des générations futures.
​Evoquer donc le développement urbain durable, c’est une manière d’entrer dans le débat de l’avenir de la ville. Car, la ville Camerounaise d’aujourd’hui, est en pleine métamorphose, caractérisée d’une part par une urbanisation extensive, étalée, fragmentée, dépendante des transports motorisés privés et des énergies fossiles ; et d’autre part par la pauvreté grandissante traduite par les exclusions dans toutes leurs formes et toutes leurs dimensions. L’on peut à juste titre s’inquiéter des formes que prennent nos villes et les risques de toutes sortes qu’elles semblent engendrer sur le triple plan social, économique et environnemental.
​Pourtant, la ville durable, à laquelle nous aspirons tous, promeut l’accessibilité à des espaces publics de qualité, l’urbanité, l’articulation et l’intégration de chacun de ses compartiments. C’est aussi le lieu par essence où les citoyens veulent non seulement en avoir plus, mais également en savoir plus, où la demande de participation émanant des populations et de la société civile implique que l’information soit plus accessible et aisément compréhensible. Les citadins de la ville durable exigent de devenir actifs et sujets de la production de l’information et des décisions qui les concernent.
​Ce paradigme du développement consacre l’Homme comme la finalité de tout investissement dont les effets et les impacts portent sur la satisfaction de ses besoins. Comme il est coutume de dire, « ce qui est fait pour moi, sans moi, est contre moi ».
​Ceci pour dire que l’Humain se trouve au cœur des préoccupations du développement urbain durable (I) et son implication dans toutes les phases du cycle de vie de tout projet est visible et appréciable dans le cadre de la Mobilisation Citoyenne en tant que levier indispensable à la durabilité des projets urbains (II).

1ère partie : l’Humain au cœur des préoccupations du
développement urbain durable
Le développement urbain durable a fait l’objet de nombreuses réflexions dans le cadre des Sommets Mondiaux et à l’occasion, une constante est revenue dans tous les échanges, précisément la place de l’Humain. Notre analyse sera construite à la lumière du Nouveau Programme pour les Villes, et des Objectifs du Développement Durable (ODD) notamment l’objectif N°11 et ses cibles.

A – le Nouveau Programme pour les Villes
Adopté sans réserve à Quito en Equateur en octobre 2016 par les Chefs d’Etat et de Gouvernement, les Ministres, les Responsables des Administrations infranationales et locales, les Membres du secteur privé, les Parlementaires , les Membres de la société civile et d’autres partenaires ; le Nouveau Programme pour les Villes partage la vision de villes pour tous, c’est – à- dire des villes et des établissements humains qu’utilisent leurs résidents sur un pied d’égalité, les objectifs poursuivis consistant à promouvoir l’intégration et à faire en sorte que tous les habitants, qu’ils appartiennent aux générations actuelles ou futures, puisent , sans discrimination aucune, vivre dans des lieux équitables, sûrs, salubres, accessibles, résilients et durables.
Cette vision concoure à l’établissement d’un monde dans lequel les individus peuvent profiter des mêmes droits et bénéficier équitablement des opportunités qui y sont offertes.
Ainsi, les villes à envisager dorénavant sont celles qui :
– remplissent leur fonction sociale ;
– garantissent l’association de tous ; promeuvent la participation civique ; font naître chez tous leurs habitants des sentiments d’appartenance et d’appropriation ; encouragent la cohésion sociale, l’intégration et la sureté dans les sociétés pluralistes et pacifiques, où les besoins de tous les habitants sont satisfaits.
Concrètement, il s’agit dans le cadre des politiques, des stratégies et des projets urbains de :
– ne pas faire de laissés- pour- compte et, dans cette optique : mettre fin à la pauvreté sous toutes les formes et dans toutes ses dimensions ;
– promouvoir des économies urbaines inclusives et durables.
Au total, eu égard aux éléments sus-relevés, nous pouvons affirmer que le Nouveau Programme pour les Villes est de portée universelle, participatif et axé sur l’être humain.

B – les Objectifs du Développement Durable
« Transformer les vies tout en préservant la planète, » telle est l’ambition du programme du développement durable 2030, entré en vigueur le 1er janvier 2016 et issu d’un long processus de négociations depuis le sommet de RIO+20 de juin 2012 et le sommet des Chefs d’Etats aux Nations Unies les 26 et 27 septembre 2015. L’engagement des 193 Etats membres sur une nouvelle feuille de route internationale, constituée de 17 Objectifs de Développement Durable (ODD), succédait ainsi aux Objectifs du Millénaire pour le Développement, adoptés en 2000 et dont les résultats pour l’Afrique se sont avérés très mitigés étant donné le faible recul de la pauvreté. Par exemple au Cameroun, l’indice de pauvreté est resté presque constant, autour de 39%, entre 2000 et 2010.
Ainsi, l’objectif 11 (ODD) recommande de « faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables. » En d’autres termes, il est question de bâtir des villes qui, à l’horizon 2030, doivent :
– assurer l’accès de tous à un logement et des services de base adéquats et sûrs, à un coût abordable, et assainir les quartiers de taudis ;
– assurer l’accès de tous à tous les systèmes de transport sûrs, accessibles, viables et à un coût abordable ;
– réduire considérablement le nombre de personnes tuées et le nombre de personnes touchées par les catastrophes, l’accent étant mis sur la protection des pauvres et des personnes en situation vulnérable ;
– assurer l’accès de tous, en particulier les femmes et des enfants, des personnes âgées et des personnes handicapées, à des espaces verts et des espaces publics sûrs ;
– favoriser l’établissement des liens économiques, sociaux et environnementaux positifs entre les différentes zones urbaines.
En somme, l’Agenda 2030 pour le développement durable affiche une vocation sociale bien marquée en dessinant un horizon humain qui ne se réduit pas uniquement à l’accessibilité au capital financier. Car, le modèle adopté met radicalement en cause les schémas de développement économique fondés sur la seule croissance du PIB. En combinant les recommandations nées du Nouveau programme pour les Villes et les cibles des Objectifs du Développement Durable, il ressort que le développement urbain à promouvoir est celui centré sur l’être humain et organisé autour de la participation pleine et effective des personnes physiques et de toutes les communautés dans la perspective de l’autonomie. C’est dans cet élan que s’inscrit la Mobilisation Citoyenne.

2ème partie : La Mobilisation Citoyenne, levier de la
durabilité des projets urbains

S’il est reconnu des projets urbains d’infrastructures une vocation économique forte comme l’a souligné le Chef de l’Etat lors de son adresse à la Nation à l’occasion des vœux de Nouvel An 2019, et je cite « les efforts considérables qui ont été déjà faits pour développer nos infrastructures de transport seront poursuivis, au bénéfice de notre économie » Fin de citation. Il n’en demeure pas moins que ces projets constituent de véritables transferts sociaux favorisant la redistribution des ressources financières étatiques au profit des communautés et des riverains à l’effet de réduire la pauvreté.
De même, la mise en œuvre des projets peut induire des externalités que supportent mal les riverains qui peuvent à l’occasion manifester leur hostilité et même bloquer la conduite des opérations du fait de leur faible ou non-implication dans les investissements qui vont influencer leur vie ainsi que leur futur. A cet égard, de nombreux désagréments récurrents ont été rapportés et ont trait :
• à la faible circulation voire l’absence de l’information ;
• aux nuisances sonores ;
• à la pollution atmosphérique ;
• à la rupture de la circulation/trafic ;
• à la rupture de l’alimentation en eau et en énergie électrique;
• aux tensions inhérentes à la libération des emprises.
Or, la prévention et une bonne gestion de ces externalités s’inscrivent dans le champ de l’ingénierie sociale à travers la mobilisation citoyenne ou mobilisation communautaire ou encore mobilisation sociale urbaine.

A – « La Mobilisation Citoyenne », qu’est-ce que c’est ?
C’est un processus en vertu duquel les groupes locaux reçoivent de l’assistance pour d’une part définir et exprimer leurs besoins et objectifs, et d’autre part prendre les mesures collectives afin de les satisfaire et les réaliser.
Elle met l’accent sur la participation des populations elles-mêmes à la définition et à la satisfaction de leurs propres besoins. Elle est intimement liée aux concepts de la participation et de la résilience. Les gains qui lui sont associés sont essentiellement ressentis en termes de renforcement des capacités communautaires sur les multiples plans suivants:
• organisationnel à travers la création et la légalisation des comités de quartier ;
• technique par le biais des sessions de formation à l’intention des membres des bureaux des comités de quartiers sur des thématiques telles que l’hygiène et la salubrité, l’entretien et la surveillance des ouvrages … ;
• matériel par l’acquisition des équipements dédiés à l’investissement humain (brouettes, houes, râteaux, sceaux …) ;
• financier par la promotion des activités génératrices de revenus ;
• du leadership local à travers l’émergence des personnes engagées et enthousiastes à participer en faveur du bien-être collectif.

B- Mécanisme de déploiement de la mobilisation citoyenne
Le Ministère de l’Habitat et du Développement Urbain a engagé depuis quelques années des projets et programmes d’investissement qui ont fait recours à la compétence d’ingénierie sociale à l’effet de favoriser la pleine participation des riverains en vue de susciter l’adhésion des populations et d’assurer l’appropriation et la durabilité des extrants et impacts attendus. A ce titre, l’on peut citer :

• le C2D urbain capitales Régionales en cours dans les villes de Garoua, Bertoua et Bafoussam ;
• le Programme Participatif d’Amélioration des Bidonvilles (PPAB), à Yaoundé au quartier Nkolbikok,.
• le Projet de Développement des Secteurs Urbains et de l’Approvisionnement en Eau (PDUE), dans les Communes de Yaoundé 3ème, Yaoundé 4ème, Douala 2ème, Maroua, Mbalmayo et Bamenda, ;
• le Projet d’Assainissement de Yaoundé (PADY 2), exécuté dans le cadre de la coopération multilatérale avec le financement Banque Mondiale ;
• le projet de drainage pluvial de Douala, exécuté dans le cadre de la Coopération Bilatérale avec le financement de la République Française.
A l’analyse de l’exécution des projets susmentionnés, la Mobilisation Citoyenne s’insère dans le cycle de vie du projet avec pour finalité l’amélioration du bien-être des bénéficiaires. A cet égard, chaque phase du projet fait l’objet d’une mission d’ingénierie sociale aux niveaux de la préfaisabilité, de l’exécution et de l’exploitation des acquis du projet.
De manière schématique, l’on peut retenir, en matière de mobilisation citoyenne, les enseignements regroupés dans le tableau ci-contre.

Phase du projet

Mission de Mobilisation Citoyenne

01

Préfaisabilité et faisabilité (identification et étude)

Information et sensibilisation ( élaboration participative d’un plan d’interventions prioritaires)

Recrutement des riverains

02

Exécution

Création d’emplois au profit des riverains

Renforcement des capacités communautaires/création des comités de quartier

Encadrement psycho-social des travailleurs (Gestions des conflits, prévention des IST)

Prévention et gestion des externalités ( rupture de la circulation, pollution atmosphérique/poussière, rupture d’alimentation en eau et en énergie, nuisances sonores)

Responsabilité Sociétale de l’Entreprise (RSE)

03

Exploitation

Pérennisation des acquis des projets ( activités génératrices induites, création de comité de gestion)

Conclusion
La Mobilisation Citoyenne est un processus qui habilite les personnes, à titre individuel ou collectif, à se saisir des possibilités et à relever les défis qui se présentent dans leur communauté de même qu’à s’y préparer. C’est un indispensable levier en faveur de la durabilité des projets urbains. Car, le processus assure non seulement la pertinence des investisseurs, apis aussi favorise l’adhésion des populations et la cohésion urbaine.
C’est un outil de développement local au service des magistrats Municipaux dans le cadre de l’amélioration du bien-être des populations pour leur permettre de réaliser leur plein potentiel dans la dignité et d’évoluer sur le chemin de l’autonomie.
A l’ère du développement urbain durable où le défis de salubrité, d’assainissement et d’accessibilité aux services urbains de base préoccupent les gouvernements locaux et nationaux, n’est-ce pas le moment d’en faire un pilier de la politique de la ville dans le cadre des contrats de ville ?

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