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Lutte contre la faim: Des banques de céréales mises en place

En Afrique, les champs de l’espoir. Dans la région de l’Extrême-Nord, des greniers communautaires accordent des prêts de sorgho ou de mil aux habitants lorsque leurs stocks sont épuisés.

Il y a trois mois, Nassoumaï, 38 ans, a épuisé sa réserve de sorgho. Pour nourrir ses six enfants en attendant la période de récolte, elle a alors sollicité un « prêt » auprès du groupement d’initiative commune Djounakoum (« réunissons-nous »), dont elle est membre. Après concertation, les responsables du grenier communautaire ont approuvé sa demande. Nassoumaï a obtenu un sac de mil de 100 kg, qu’elle devra rembourser avant janvier.

Comme elle, de nombreux habitants de Godola, un village situé dans la région de l’Extrême-Nord, ont recours au grenier communautaire pour « ne pas mourir de faim ». « C’est en réalité une banque de céréales communautaire, avec le même procédé de prêt qu’une banque normale, assure Rachel Mana, déléguée de Djounakoum. Les sacs de sorgho représentent l’argent, les clients sont les habitants. En période de soudure ou de famine, ils viennent emprunter un sac. Au moment de le rembourser, ils fourniront quelques tasses de plus en guise d’intérêts»

Ce projet a vu le jour au lendemain de la grave crise alimentaire qui a frappé la région, régulièrement classée comme la plus pauvre du Cameroun, en 2005. Cette année-là, des organisations nationales et internationales avaient distribué des vivres aux populations. Une approche jugée peu durable par le Réseau de lutte contre la faim (Relufa), une ONG locale. De fait, les habitants ont accès à de la nourriture pour une courte durée et retombent dans la précarité à la moindre sécheresse ou inondation et, surtout, en période de soudure, quand les stocks sont épuisés.

Le Relufa veut aussi « casser » l’épineux mécanisme de spéculation alimenté par de riches commerçants qui achètent d’immenses quantités de céréales en période de récolte et les revendent jusqu’à trois fois plus cher en période de disette. Un procédé qui aggrave la pauvreté dans cette partie du pays située dans la zone soudano-sahélienne, aujourd’hui malmenée par le groupe terroriste Boko Haram et constamment en insécurité alimentaire.

Lutter contre le gaspillage

L’ONG met alors sur pied des greniers communautaires dans certains villages et les dote de céréales. Objectif : lutter contre la famine en impliquant la population dans la gestion de ces stocks. Le Relufa organise plusieurs séances de formation. « Ces communautés avaient besoin d’acquérir des notions en gestion et entretien des aliments, pour lutter contre les charançons par exemple. On voulait les encourager à ne pas gaspiller. De cette manière, les habitants pouvaient emprunter une certaine quantité et la rembourser lors de la récolte suivante », explique Sandrine Kouba, responsable des programmes de la structure.

Près de quinze ans plus tard, l’ONG a créé une quarantaine de banques de céréales communautaires dans l’Extrême-Nord et construit une vingtaine de magasins de stockage. Dans un rapport paru en 2016, elle note que ces greniers communautaires ont permis, entre autres, la réduction de la faim, la scolarisation des enfants, une meilleure prise en charge sanitaire, l’extension des surfaces cultivées… A Godola, le « capital » est passé de 60 sacs de 100 kg de mil offerts par le Relufa en 2006, à 82 sacs grâce aux intérêts, qui varient généralement entre deux tasses et cinq petites assiettes pleines de sorgho.

 

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