Lions indomptables: Pourquoi certains finissent clochards?

Placements hasardeux, dépenses excessives, conseillers véreux , addiction aux jeux, à l’alcool  ou à la drogue , divorces coûteux… Les causes sont multiples, le résultat le même : une carrière brisée. Plus regrettable, les  jeunes n’ont pas appris des malheurs de leurs aînés tombés en faillite.

Par Christian Djimadeu, journaliste

L’actualité sportive de ces dernières semaines est aussi occupée  par l’affaire Idrissou Mohamadou, ce footballeur totalement ruiné alors qu’il avait gagné beaucoup d’argent tout au long de sa carrière. Le Camerounais évolue dans un club de 3e division autrichienne et gagne environ 350.000 francs CFA par mois. Les  finances de l’ancienne star de la Bundesliga seraient au rouge. Idrissou qui roulait en Porsche Panamera, se rend maintenant aux entraînements à pied.
Sa décadence ressemble de près à celle d’Eric Djemba Djemba qui s’était révélé au grand public  lors de la Coupe des Confédérations de 2003 en France. Ancien coéquipier de Cristiano Ronaldo à Manchester United (2003-2005), voici un joueur qui était promis à une très belle carrière. Mais son goût pour la fête, les virées en jet de l’Angleterre pour le Cameroun, ont peu à peu eu raison de son talent. Sorti de l’Europe, il se retrouve  au Qatar où il évolue jusqu’en 2008. Cette même année, Eric Djemba Djemba a fait un investissement immobilier qui tourne mal. Puis une affaire avec son agent éclate dans la presse qui affirme que le joueur a fait faillite et qu’il devait 390 millions de FCFA au fisc anglais. Cette situation n’arrange ni son image ni ses finances qui prennent un coup. Pour tenter de remonter à la surface, l’ancien joueur de Nantes en France (200?-2003) a eu recours à une douzaine de clubs en Israël, au Danemark, en Pologne, en Inde, etc. Mais cela n’a pas changé la situation.
Djemba Djemba et Mohamadou Idrissou tombent dans le même ravin que plusieurs de leurs aînés Lions indomptables des années 90. Pour des  raisons presqu’identiques. Idrissou Mohamadou, classé en 2011 parmi les meilleurs joueurs du championnat allemand grâce à ses 34 buts marqués à Kaiserslautern, confie au magazine allemand Bild que sa chute découle de ses mauvais choix. « J’ai vécu une vie fausse pendant des années. Je me suis beaucoup trompé, mais j’ai souvent été dupé».  Dans les détails, l’ancien joueur du Racing de Bafoussam et du Coton sport de Garoua évoque des problèmes avec les femmes, les paiements multiples de pensions alimentaires pour enfants, les extensions de vacances non autorisées, des menaces de mort contre ses ex-petites amies qui lui ont valu des ordonnances restrictives et des blessures corporelles…
“Le Farotage”
À l’image des cas Djemba et Idrissou, ils sont nombreux les Camerounais qui raccrochent leurs godasses dans un état délabré, sans aucun attrait pour les fans d’autrefois.  En début de carrière, lorsqu’ils reçoivent leurs premières fiches de paie, ceux-ci ont tendance à dépenser plus que de raison, arrosant leur entourage de billets de banque (farotage), mais surtout en achetant une ou plusieurs voitures au-dessus de leurs moyens du moment. Une sorte de tradition chez les footballeurs pros. « C’est le milieu qui veut ça. Un joueur, quand il est dans un club, il se doit d’être un peu comme tout le monde. Je me souviens d’un joueur qui en critiquait un autre parce qu’il venait avec une petite voiture, une voiture sympa, une Mini. Alors que l’autre venait en Bentley. Il lui disait “C’est la honte, tu nous fais honte”»  raconte à So Foot.com. Gaël Jouinot de la société Play Zen qui s’occupe de l’accompagnement financier, comptable et juridique de nombreux footballeurs professionnels.
Deuxième phénomène, encore davantage propice à la faillite, les impôts et les conseillers financiers. So Foot.com constate que de nombreux joueurs payent leurs impôts avec du retard. Cela peut être dû à une simple négligence occasionnelle, mais aussi à une certaine incompréhension, celle de devoir donner 50% de son salaire. C’est quand le retard s’accumule que les problèmes commencent. « Un joueur qui a 18 ans qui gagne 10 000 euros par mois (presque 7 millions de FCFA), il ne va pas mettre la moitié de côté, il va dépenser, explique Gaël Jouinot. Et ensuite ce n’est plus la moitié qu’il faudra mettre de côté, mais 100%, car il faudra rattraper. C’est un engrenage. »
Aisance financière sans conteste
Pour les aider à gérer leurs finances, les joueurs peuvent normalement compter sur des conseillers. Mais ces derniers ont tendance à ne faire qu’empirer les choses. « Ils font faire des placements à risque, notamment en bourse, où il faudrait plutôt un horizon à vingt ans, ce que le joueur n’a pas, critique Jouinot qui considère également comme dangereux les investissements immobiliers réalisés par les footballeurs. Le joueur de foot pense qu’il lui faut impérativement un maximum d’appartements. C’est une erreur absolue en gestion de patrimoine. On voit qu’en fin de carrière, ça ne leur rapporte quasiment rien, à part à payer de l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune), des charges et de l’impôt sur les loyers qu’ils espèrent avoir. Malheureusement, avec ça, ils vont emprunter sur des durées effarantes avec des mensualités déraisonnables. »
Le joueur peut alors se retrouver dans une situation financière très précaire, sans même s’en rendre compte, son revenu lui permettant à court terme de payer des charges et des crédits très élevés. À court terme seulement, car son salaire peut être amené à diminuer, lors d’un changement de club, en fin de carrière, ou suite à une blessure par exemple. C’est encore pire lorsqu’il raccroche les crampons. « J’ai vu des joueurs avec 75 000 euros de crédit mensuel (environ 49 millions de FCFA. Ndlr), poursuit Jouinot. Ça correspond à plus de 150 000 euros de revenus bruts. Quand le joueur a 300 000 euros (195 millions de FCFA), il s’en fout. Mais le jour où il va baisser de revenu, ce ne sera plus du tout pareil. Et le jour où il n’en aura plus du tout, tout ce qu’il avait investi, il va falloir le revendre, à perte. »
En Afrique notamment au Cameroun, le football est perçu comme le plus beau métier au monde, à cause du rêve qu’il procure aux gamins issus de milieux défavorisés de se hisser en haut de la société grâce aux revenus faramineux qu’ils gagnent en jouant dans de grands clubs. En général, ces stars du ballon rond vivent leur passion et leurs rêves dans une aisance financière sans conteste. D’où la banqueroute  souvent connue en fin de parcours.
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