FESTIVAL DES ARTS ET DE LA CULTURE BAMEKA: Ka’a Ndeh Munka, l’avenir du passé

Gros plan sur l’immense richesse culturelle et cultuelle d’un peuple soudé par son passé tumultueux et une foi inébranlable en l’avenir. Voyage au cœur d’un potentiel touristique unique en son genre.

Par Thomas Tankou / Le Hérault national,

Les Bameka (Pe Munka) font partie de la dernière vague des migrants qui s’étaient installés à Badoungia (Fongo-Tongo), lors du vaste mouvement migratoire du 17e siècle de l’ère chrétienne. C’est l’un des cinq groupements qui compose les Ngembà.
Ce groupe linguistique des grassfiels comprend : les Bafounda (Bamboutos), Bameka et Bamendjou (dans les Hauts-Plateaux), Bamougoum dans la Mifi et Bansoa dans la Menoua.

Bameka comme la plupart des groupements de la région de l’Ouest porte jusqu’à ce jour des séquelles des luttes nationalistes. A tort ou à raison, des fils de ce village se sont engagés du côté de L’UPC, tout comme une bonne frange s’était rangée du côté de l’administration pour l’accompagner dans la lutte contre ceux qu’on appelait à l’époque les maquisards, avec des fortunes diverses.
Le grand tam-tam qui se trouve jusqu’à ce jour à la véranda de la préfecture de Bafoussam et qui servait à annoncer les rassemblements, a été sculpté par Kamtè, un célèbre sculpteur Bameka. Preuve que les fils de ce village ont œuvré pour le retour de la paix après les années troubles.Haut du formulaireBas du formulaire

Le retour aux sources comme socle du développement…

Parcourir les 12 kilomètres qui séparent Bafoussam, le chef –lieu de la région de l’Ouest-Cameroun de Bameka relève de la gageure. Le calvaire commence au carrefour dit Socada, du nom d’un constructeur automobile qui a mis la clé sous le paillasson il y a belle lurette. Le voyageur peut soit emprunter une moto, ce cheval d’acier à la fonctionnalité douteuse qui déambule à travers les « nids d’éléphants » qui jonchent la route sur environ deux kilomètres et dont le pilote ignore très souvent les règles élémentaires du code de la route.

Il peut aussi s’installer à bord de ces vieilles épaves appelées « taxi- clando ». Les chargeurs dont la plupart sont recrutés parmi les inadaptés sociaux vous mettent au pas dès que vous franchissez la gare routière ou ce qui en tient lieu. Assez souvent, pendant que l’un tire votre sac de voyage par devers vous, d’autres s’occupent de votre porte-monnaie. Si vous étiez jusque-là imbu de votre personne, revenez vite sur terre. Vous êtes à la gare routière de « Neghombè » où des effluves de grillades exposées au vent et à la poussière de saison sèche vous agressent l’odorat.

Une destination touristique de rêve…

Mais ce cliché de départ peu reluisant, n’entame en rien la fascination du voyage qui vous conduit à Bameka, le berceau de Feuh Kah, l’aïeul fondateur de ce groupement de 31 kilomètres carrés et dont la population est estimée à plus de 30 000 âmes vivant à l’intérieur et dans la diaspora. Une destination touristique de prédilection. Après avoir déambulé dans les creux en contrebas de l’usine des Brasseries du Cameroun, ce qui reste du goudron fini à une centaine de mètres après le pont de « Chouo Melo », cours d’eau dans lequel se jettent les eaux déversées par la société Brassicole sus évoquée, au grand dam des populations riveraines qui s’y abreuvent au quotidien. Une fois à Baméka, le touriste n’a que de l’embarras face aux multiples choix que lui offre la nature. On peut ainsi recenser entre autres le site de l’ancien palais du Feuh, ChouoNket, Chouo TockSsi, NkeuNta’tet, Nkouong Ndah, Nkouong Meji, Nkouong Tchouokèh, Jah Peuh Ngweu, Jah Nteuh, Messap, ChouoNtap, Kouh’Ngang, NevéMetchuè, NevéTchouokiè, Mboumtche Chiè, Nda Ssi Nkeleng, Nda Ssi Melong…

Le poids de l’histoire…

Bameka comme la plupart des groupements de la région de l’Ouest porte jusqu’à ce jour les séquelles des luttes nationalistes. A tort ou à raison, des fils de ce village se sont engagés du côté de l’union des populations du Cameroun (UPC), tout comme une bonne frange s’était rangée du côté de l’administration pour l’accompagner dans la lutte contre ceux qu’on appelait à l’époque les « maquisards », avec des fortunes diverses. Malgré de multiples promesses électorales, on n’aperçoit que par endroit à Baméka, quelques kilomètres de macadam sur la chaussée généralement crevassée. Le touriste découvre tout de même le long du parcours une végétation luxuriante. Parfois, l’état de la route, ajouté à celui des véhicules, ne vous rassure pas que vous arriverez à temps. Des transbordements d’un véhicule à l’autre consécutifs aux pannes comme c’est souvent le cas pour ces épaves viennent parfois allonger la durée du parcours. Même si la frontière avec le village Bamougoum se situe au niveau du pont Chouo Chiè Ssan (Cf. arrêté n° 102/DR/RBR du 13 Avril 1957 de M. Delauney administrateur en chef de la France d’Outre-Mer et chef de la région Bamiléké), les premiers toits coniques représentant les concessions des Bameka se hissent à quelques encablures du Carrefour Massa Gaston, à partir d’où une autre route la relie à Bandjoun, un autre village voisin.

Un atout économique à valoriser…

Le véritable chef-d’oeuvre symbole du poids économique du groupement Bameka dans la région de l’Ouest Cameroun est sans conteste le barrage de retenue d’eau construit courant en 1978, dans la mouvance de la préparation du Congrès de la maturité, organisé par l’ex parti unique nationale camerounaise (UNC) à Bafoussam qui était alors le chef lieu de la province de l’Ouest.L’eau captée et refoulée à partir  du cours d’eau « ChouoMetchuè » à environ deux kilomètres est d’abord emmagasinée dans de grandes citernes en vue de leur traitement pour la rendre viable à la consommation.

Le dialogue des cultures…

Sur le plan religieux, les Bameka sont un peuple profondément croyant. La mission catholique de Latsit créée en 1922 est la preuve de l’ouverture des Bameka à l’occident dès les premières heures. Les églises protestantes, luthérienne et autres exercent en parfaite harmonie. Mais sans être déconnecté des racines ancestrales, car il faut préciser ici que c’est un peuple qui est resté attaché à sa tradition, les Bameka sont conscients qu’il faut de temps en temps retourner à la source pour boire au creux de la main afin d’implorer la bénédiction du Ka’a NdehMunkà désormais tous les deux ans (NgouhNekan), procède de cette logique.C’est  pourquoi, au-delà du simple aspect folklorique, sa Majesté Takoukam Jean Raymond a voulu que l’organisation de la première édition soit couronnée de succès, surtout en tenant compte des aspects cités plus haut.

Quelques sites à visiter à Bameka

Le « Jah Nteuh »

Lieu mythique et peut-être mystique situé au Lycée technique de Bameka, était naguère le lieu abritant les institutions coutumières de Bameka. Comme une sorte de parlement. C’est à partir de là que les sages cuisinaient les grandes lois pour la gestion du village. En pleine cour de recréation, le centre de cet endroit est en exergue.1922 avec la volonté de sa Majesté Takoukam II (Mbè Téné Kougoum). Au sortir d’une dizaine d’années de captivité qui l’avait conduit à Dschang (chef-lieu de région Bamiléké à l’époque) puis Yaoundé, le 14ème chef de la dynastie des Bameka avait reçu une forte influence des missionnaires,  déjà présents dans la région du Centre. Ce à travers Charles Atangana le chef supérieur des Ewondo et de Bene, son compagnon de misère au pénitencier de Nkondengui. Ce geste a agréablement surpris les missionnaires catholiques, surtout à une époque où les autorités traditionnelles de l’arrière-pays étaient réfractaires à la pénétration européenne. Au-delà des enseignements religieux, cette institution a formé l’essentiel de l’élite intellectuelle Bameka. Nombre de fidèles, même de non encore convertis, viennent chaque matin se recueillir au pied de la grotte mariale qui attenant à la nouvelle chapelle. L’ancienne chapelle, cette importante bâtisse en brique de terre, sert aujourd’hui de foyer culturel.

  1. Chouo Nket

Ce lieu sacré est incontestablement, voire des villages environnants, de par les mystères qu’il a produits depuis la nuit des temps. Vers la fin du 19e siècle, Bameka s’est démarqué comme une terre sacrée, une « terre promise » où tous les  malheureux trouvèrent réconfort. Presque toutes les rivières qui sillonnaient ce village portaient des eaux bénites. Les eaux de Chouo Nket atteignirent encore plus la célébrité grâce àses mystères et ses passades. Un homme nommé Tamba Fopin, Nkam Ssi ou envoyé de Dieu, vint s’y installer pour accomplir les souffrances de l’humanité. Les peuples de tout bord y accoururent, les uns pour se purifier, les autres pour se soigner. Tous y trouvèrent satisfaction. Jusqu’à nos jours, ces lieux ténébreux et souriants, turbulents et calmes sont d’un silence de sanctuaire. L’équilibre écologique y est parfait. L’eau qui y ruisselle au détour des rochers laisse échapper une musique suave. La nature est présente, Dieu aussi. Pour y entrer, il faut se décoiffer, se déchausser, avant de « laver la malchance ». Certains y vont à la recherche d’argile pour la poterie et de calcaire pour peindre les cases.

  1. Le palais du Natchemah feuh Munkà

Le site du palais du Feuh de Bameka offre un décor qu’on ne rencontre pas dans la  plupart des chefferies de l’Ouest Cameroun. Au sommet, la grande place du marché où s’exécutent les grandes parades des danses initiatiques et exotériques. Au niveau intermédiaire, c’est le Jah Messap, avec son nouveau visage. Aux différentes entrées, se hissent des portiques (keuh. Preuve que, n’y ont accès désormais que les ayants droits et cause. Surtout, il faut montrer pâte blanche aux yeux des membres de la confrérie. Même quand on n’a pas accès dans ce lieu interdit aux non initiés, le décor est tout aussi luxuriant à l’extérieur. C’est dans l’enceinte même du palais, du moins à partir de la grande cour que se trouve le plat de résistance. Il ne s’agit pas encore du plantureux taro à la sauce jaune et à la viande de chèvre arrosé du vin rouge que Natchema Feuh Takoukam offre assez régulièrement à ses hôtes. Mais plutôt, on découvre le nouvel habillage du Tetè Nejuèh. Ici le dos des cases des Mejuih Feuh (épouses du chef) est paré de revêtement en bambous savamment enchevêtrés par les plus fins artisans dont regorge encore Bameka. Une grande haie en matériaux de même nature crée, au-delà de l’aspect sécuritaire, une symbiose complice entre le premier et le deuxième quartier des femmes.

Aux confins même du palais, même si la vie à l’intérieur demeure un mystère, les architectures moderne et traditionnelle se côtoient. Sans rompre avec la tradition ancestrale, tout obéit à) un relookage contrôlé. Des boucaros coiffés de toits coniques en tuiles, dont l’architecture se met en harmonie avec les briques de terre locale stabilisés, pour offrir aux touristes un véritable dialogue des cultures. On est convaincu ici que la tradition devrait désormais servir de socle au développement.

  1. Ngouo’oNgouong

C’est le site, où fut implantée la toute première chefferie par l’aïeul feuh Katche que le peuple appelle affectueusement Feuh Ka, le pionnier de la dynastie des Bameka. Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, le chef Takoukam Pa’ Mekouong, 10ème Feuh de la dynastie s’est lancé dans une série de profondes réformes, surtout dans la réorganisation des activités de la chefferie. Il décida de délocaliser celle-ci de Ngouo’oNgouong au site actuel, après quelques années au quartier Djut. Pour lui, en s’implantant au centre du village il est plus facile de contrôler les flux d’informations. Ngouo’o ngouong reste jusqu’aujourd’hui le site qui abrite le cordon ombilical des Bameka. Un des disciples du chef Tafeugang Taka’a y est resté et s’occupe des rites traditionnels ; par exemple les différents sacrifices au dieu (Tso Ssi). A leur avènement au trône de la chefferie Bameka, tous les nouveaux chefs commencent par exécuter la danse Tsu’àNgouo’ oNgouong, avant d’arriver à l’actuelle chefferie. C’est d’ailleurs à cet endroit qu’on a bâti le monument du Ka’a Ndeh Munka, le festival biennal socio-cultuel et culturel du peuple Bameka dont les premiers jalons officiels furent posés courant Mars 2011. La quatrième édition est prévue pour Mars 2019.

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