ECONOMIE: AUGMENTATION DES PRIX DE CIGARETTES

Les prix des denrées de première nécessité flambent au Cameroun. Riz, poissons, bières, cigarettes, ces produits ont vu leurs coûts révisés à la hausse. C’est les prix du tabac qui ont particulièrement pris feu, sans que cela n’émeuve les consommateurs outre mesure. Mais, l’autorité de tutelle n’a pas lâché prise. Le Ministre de la Santé Publique et celui du Commerce ont pris un arrêté conjoint allant dans le sens de la lutte contre le tabagisme au Cameroun, qui prend effet dès le 13 juin prochain.

par Le Hérault national,

Pourquoi les fumeurs ne s’en plaignent pas?

 

Le combat que mène depuis quelques années la Coalition Camerounaise contre le Tabac (C3T) porte-t-il déjà ses fruits ? Rien n’est moins sûre, eu égard à la situation qu’on vit sur le terrain au quotidien.Pourtant un combat est actuellement mené pour le marquage sanitaire graphique sur les emballages des paquets de cigarette, malgré la réticence et la ruse du lobby des industriels du tabac. Rencontré en cette matinée du 14 mars devant sa caisse au carrefour dit « Total d’en bas », Martin N. l’un des grands grossistes de la ville dit ne pas avoir de conséquences négatives sur son activité, malgré l’augmentation des prix qui a cours depuis quelques temps. Bien au contraire. Tout le problème de ce quinquagénaire dont les dents grisâtres laissent moins de doute qu’il soit lui-même l’un des consommateurs des produits qu’ils distribue à longueur de journée, réside plutôt dans la traque que les responsables locaux du ministère du commerce effectuent au quotidien contre les cigarettes de contrefaçon. Pourtant, les prix ont bel et bien grimpé sur l’étendue du territoire national depuis ledébut de ce mois de mars.

Un arrêté conjoint du Ministre de la Santé Publique et celui du Commerce datant de janvier 2018 arrêtait déjà de nouvelles mesures quant à la commercialisation du tabac. Pour exemple les marques L&B sont passées de 25 à 50 FCFA la baguette ; Les mêmes 3 bâtons de Gold Seal et Aspen qui coûtaient 50 FCFA, sont aujourd’hui vendus à 100 francs. Quant au Benson et Marlboro, les prix ont tout aussi fluctué, allant par endroit jusqu’à 75 FCFA la baguette. Pour les nouveaux prix du paquet,celui du Benson coûte 1000 FCFA. 750 FCFA pour le L&B et 500 FCFA pour Diplomate et Rotman.

Mention obligatoire sur les paquets de cigarette…

Tout conditionnement de tabac et des produits du tabac commercialisés au Cameroun porte
désormais un avertissement général en français : « Fumer tue » en lieu et place de « la cigarette nuit
gravement à la santé » comme porté précédemment sur les paquets. En anglais : «Tobacco kills »,
ceci accompagné d’une image illustrant l’avertissement général. Le même arrêté en son article en
son article 9 (alinéa 1) stipule que l’avertissement spécifique et l’image sont imprimés au minimum
en quadrichromie sur l’autre surface la plus visible de l’unité de conditionnement, ainsi que sur tout
l’emballage extérieure. Y compris les emballages de cartouches de cigarettes, à l’exception des
suremballages transparents.
Les avertissements susvisés ne peuvent être imprimés sur les timbres des unités de
conditionnement. Mais à un endroit pleinement visible, de façon inamovible et indélébile et ne sont
en aucune façon dissimulés, voilés ou séparés par d’autres indications ou images ou par l’ouverture

du paquet. Les unités de conditionnement des produits à base de tabac commercialisés au Cameroun
sont dépourvues de toutes informations relatives à la teneur en goudron, en nicotine et en
monoxyde de carbone, ainsi que de toutes indications sur les constituants et les émissions. En effet,
toutes ces précisions imposées conjointement par les autorités de tutelle visent à empêcher les
industriels du tabac à contourner les meures. En inscrivant sur les emballages des cigarettes toutes
mentions visant à minimiser ou à relativiser les dangers du tabac dans l’organisme.

Entrée en vigueur des mesures et sensibilisations des acteurs…

L’arrêté conjoint du Ministre de la Santé Publique et celui du Commerce entre en vigueur dès le 13
juin prochain. Entre temps et malgré d’importantes mesures de sensibilisation mises sur pied par la
Coalition Camerounaise contre le Tabac (C3T), les différents acteurs de la filière plus précisément les
fumeurs eux-mêmes continuent de se comporter en victimes consentantes. Chacun des fumeurs
rencontrés sur le terrain est conscient des méfaits du tabac sur l’organisme, mais n’arrive pas
toujours à prendre la décision d’arrêter de fumer. Et quand chacun d’eux explique comment il a
commencé à fumer, on se rend immédiatement compte que le récit est teinté de regrets d’un bout à
l’autre, accompagné du désir ardent d’arrêter. Du coup, comme l’histoire de la prostitution,
personne ne veut parler à visage découvert.

Ghislain K. (Victime consentante)


J’ai commencé à fumer en 1997, ma mère ayant quitté le foyer m’a emmené dans ses valises. Pour joindre les deux bouts, elle a ouvert une petite caisse de cigarette qui l’occupait. Mais quand elle se rendait au marché ou à la réunion, j’étais chargé d’assurer la relève. Mais il ya des clients qui envoyait leurs enfants acheter la cigarette en demandant d’allumer. C’est comme ça que ça a commencé. Je n’avais que 14 ans à l’époque, à la longue quand je servais un client, je prenais aussi un bâton. C’est comme ça que j’ai pris goût. Mais à chaque fois que je voyais ma mère à distance et que j’avais la cigarette en main, je dissimulais la dissimulais dans ma paume de main. Jusqu’au jour où elle m’a piégé. Dès lors je fumais déjà au vu et au su de tous. Voilà donc pour l’aventure qui dure jusqu’à nos jours. Plusieurs fois j’ai essayé d’arrêter, autant de fois j’ai relancé de plus belle.

 

 

 

Robert T. (Fumeur malgré lui)


Je devais avoir entre 16 et 17 ans quand j’ai commencé à fumer. C’était d’abord pendant les fêtes de fin d’année, pour imiter nos grands frères, on prenait un à deux bâtons pour s’amuser un peu et non par plaisir de fumer. Et c’est comme ça que l’appétit venant en mangeant, j’ai pris goût à la chose. A 18 ans, j’ai vraiment décidé d’arrêter mais à chaque fois que je sortais avec les amis, je recommençais toujours, surtout après avoir pris une ou deux bières. C’est comme que c’est devenu une nécessité. Je ne fumais plus pour me vanter mais plutôt par désir, pour satisfaire un sentiment de privation. Aujourd’hui à plus de 30 ans je n’arrive plus à le décider d’abandonner, pourtant je voudrais bien abandonner parce que je suis conscient de la dangerosité du tabac pour la santé.Même quand on inscrit cela sur les paquets, on lis bien mais on n’arrive pas à se passer de cette vilaine fumée qui nous fait monter la tension artérielle en même temps que le cœur bat plus fort.

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