Dans les quartiers populaires d’ELF, Bonabéri et Bépanda Américain, à Douala, une réalité sombre se cache derrière les lumières tamisées et les nuits interminables. Les travailleuses du sexe, confrontées à une précarité grandissante, sont désormais prêtes à accepter des tarifs dérisoires pour survivre.
Alors que certaines proposent leurs services pour à peine 300 FCFA par passe, d’autres vont jusqu’à accorder des « crédits » à leurs clients réguliers, illustrant une détresse économique qui ne cesse de s’aggraver. Cette situation alarmante est en partie alimentée par la crise anglophone qui a poussé de nombreuses jeunes femmes à migrer vers Douala, fuyant les violences et l’instabilité dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Il fut un temps où les travailleuses du sexe de ces quartiers populaires de Douala pouvaient négocier leurs services à des prix plus élevés. Aujourd’hui, la concurrence, la pauvreté et la demande ont fait chuter les tarifs à des niveaux alarmants.
« C’est même 200 FCFA si tu as les pièces », confie une jeune femme sous couvert d’anonymat.
Cette baisse des prix reflète non seulement une saturation du marché, mais aussi une dégradation des conditions de vie de ces femmes, souvent contraintes de se soumettre à des pratiques risquées pour subvenir à leurs besoins quotidiens.
La crise anglophone, qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun depuis plusieurs années, a entraîné un exode massif de populations vers les grandes villes comme Douala. Parmi ces migrants, de nombreuses jeunes femmes, souvent sans ressources ni soutien familial, se retrouvent contraintes de se prostituer pour survivre
« Beaucoup de filles que tu vois ici viennent de Bamenda ou de Buea. Elles ont tout perdu à cause de la guerre et n’ont pas d’autre choix que de faire ça », explique une habitante de Bonabéri.
Ces femmes, déjà traumatisées par les violences qu’elles ont fuies, se retrouvent plongées dans une nouvelle forme de précarité.
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Pour beaucoup de ces femmes, l’objectif quotidien est de réunir au moins 5 000 FCFA, une somme qui leur permet à peine de couvrir leurs dépenses de base.
« J’imagine ce qu’elles doivent traverser pour avoir 5 000 FCFA le matin », témoigne un habitant du quartier.
Entre les clients difficiles, les risques sanitaires et la pression des souteneurs, leur quotidien est un véritable parcours du combattant. La plupart du temps, c’est sur un simple carton posé à même le sol que ces transactions ont lieu, dans des conditions insalubres et dégradantes.
Parmi les pratiques les plus inquiétantes figure le phénomène du « crédit sexuel« . Certaines travailleuses du sexe, confrontées à la baisse de leurs revenus, acceptent de rendre des services à leurs clients habituels en échange d’une promesse de paiement ultérieur.
« Tu as oublié de signaler que certaines donnent même les fesses à crédit aux clients réguliers », lance un autre témoin.
Cette pratique, bien que compréhensible dans un contexte de survie, expose ces femmes à des risques accrus d’exploitation et de violence.
La situation des travailleuses du sexe à ELF, Bonabéri et Bépanda Américain met en lumière une crise sociale et économique plus large. Ces femmes, souvent marginalisées et stigmatisées, sont les premières victimes d’un système qui les pousse à accepter l’inacceptable pour survivre.
En attendant, dans les rues d’ELF, Bonabéri et Bépanda Américain, la nuit tombe, et avec elle, l’espoir de lendemains meilleurs pour ces femmes qui luttent chaque jour contre l’oubli et l’indifférence.
Fabrice SIEWE