Alors que le Cameroun fait face à une persistance des délestages et à une faible disponibilité du courant électrique, un paradoxe énergétique coûte cher à l’État : près de 10 milliards de FCFA sont versés chaque mois à Nachtigal Hydro Power Company (NHPC) pour une production qui n’atteint pas pleinement les consommateurs. La raison principale ? Des litiges fonciers qui bloquent l’achèvement de la ligne de transport essentielle.

Un gouffre financier sous contrat “Take or Pay”
L’entrée en pleine exploitation de la centrale hydroélectrique de Nachtigal en mars 2025, avec ses sept groupes et une capacité de 450 MW, était censée renforcer de 30 % la production électrique nationale. Pourtant, des entreprises et des ménages continuent d’attendre la maximisation de l’offre.
La situation est d’autant plus critique que le Cameroun est lié à NHPC par un contrat de type “Take or Pay”. Ce mécanisme contraint l’acheteur, Eneo (ou l’État en cas de défaillance d’Eneo), à régler l’intégralité de l’énergie produite par la centrale, quel que soit le volume effectivement consommé ou acheminé.
Le Fonds monétaire international (FMI) avait d’ailleurs alerté dès juin 2025 que « les charges liées au fonctionnement de la centrale de Nachtigal devraient exercer de nouvelles pressions sur le budget. » Ces 10 milliards de FCFA déboursés mensuellement sont ainsi la conséquence directe de cet engagement contractuel pour une infrastructure de 786 milliards de FCFA.
A lire aussi Raffinerie de Kribi : BGFIBank finance le projet Cstar
Des litiges fonciers bloquent l’acheminement à Yaoundé
NHPC, contrainte de clarifier la situation face aux récriminations, assure que la centrale affiche un taux de disponibilité de 100 %. Ses 450 MW sont bel et bien mis sur le réseau chaque jour, en particulier aux heures de pointe.
L’évacuation de cette production doit s’effectuer via une ligne haute tension de 225 KV sur 50 kilomètres, reliant la centrale au poste de raccordement de Nyom 2 à Yaoundé. C’est de là que l’énergie est censée être distribuée.
Cependant, selon une source proche du dossier, les travaux de construction de cette ligne de transport, initialement prévus pour une livraison fin avril 2026, sont « lourdement retardés par des litiges fonciers ». Des particuliers auraient implanté des installations industrielles directement dans le couloir de servitude de la ligne, entraînant de longues procédures.
En clair, l’infrastructure de transport n’est pas encore entièrement opérationnelle, empêchant une bonne partie de l’énergie produite d’atteindre les consommateurs finaux.
Les efforts de clarification de NHPC et Sonatrel
Pour justifier la fluctuation de l’énergie injectée (et facturée), NHPC indique que la production varie en fonction de la demande mais aussi des débits de la Sanaga. L’entreprise fournit des chiffres quotidiens fluctuants (ex: le 12 novembre, la production est passée de 233 MW à 6h à 436 MW à 14h).
De son côté, la Sonatrel, en charge du transport, précise que l’évaluation des énergies produites et facturées se fait mensuellement lors de séances de validation présidées par elle-même, sous le contrôle du régulateur (Arsel). Ces procès-verbaux servent de base pour la facturation de l’énergie transportée.
En attendant l’achèvement des lignes de transport, le paradoxe du barrage de Nachtigal demeure entier : une capacité de production optimale financée par l’État, mais une disponibilité limitée pour les consommateurs, alimentant les doutes sur l’efficacité immédiate de ce projet majeur.




