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[Communes Ouvertes] L’urgence de l’accès à l’information sanitaire locale

Au Cameroun, les collectivités territoriales sont confrontées à de nombreux défis, et ce depuis leur existence juridique entre 1972 et 1996. Parmi ces derniers, se situent notamment, l’accès à l’information au niveau des populations en matière de santé. Dans un rapport alarmant présenté le 29 Novembre à Yaoundé, Adisi-Cameroun révèle notamment que seuls 16% des actions sanitaires sont initiées par les communes. 

La décentralisation au Cameroun est encore progressiste, au regard des nombreuses contingences. Bien que la loi de 2019/024 portant code général des CTD (collectivités territoriales décentralisées) ouvre la voie à de nombreuses réformes, la réalité est tout autre sur le terrain. L’organisme de la société civile Adisi-Cameroun, a établi un rapport d’études au sein de 4 communes à savoir: Njombe-Penja (Littoral), Makenene (Centre), Loum (Littoral), et enfin Éseka (Centre). L’étude avait notamment pour objectif, dresser un état des lieux de la prise en compte des aspirations des citoyens dans la conception des politiques publiques en matière de santé au niveau local. Et ceci dans le cadre d’un programme d’Hub-communal.

Autour d’un panel constitué d’Aristide Mono (Docteur en sciences politiques), Paul-Joël Kamtchang (Secrétaire Exécutif Adisi-Cameroun), avec pour modérateur Rodrigue Tongue (Canal 2), le dessin a été fait autour d’un quadruple objectif:

-Évaluation de la participation des populations à la prise de décisions en matière de santé ;

-Évaluation des dispositifs présents pour l’intégration des citoyens au processus de décision en matière de santé ;

-Vérification du niveau de l’accès à l’information sanitaire des populations locales ;

-Formulation des recommandations.

La faiblesse des cartes sanitaires de ces communes

Sur le périmètre de l’enquête en termes données, le rapport révèle que pas moins de 12 Centres de santé intégrés (pour les 4 communes) ont été épluchés, 3 centres médicaux d’arrondissement (en dehors de la Commune de Loum qui n’en possède pas), pour une cible de 1307 personnes parmi lesquels des responsables communautaires, religieux, populations locales, élus locaux, des spécialistes de santé communautaires, et même des responsables du Minddevel & Minsanté entre autres.

Comme techniques de récolte des données, 4 outils ont été utilisés :

– L’étude documentaire ;

– L’observation ;

– Les entrevues ;

– Les enquêtes par questionnaire.

 

16% des habitants de ces communes ont la maîtrise du corpus juridique

La photographie de la participation citoyenne aux politiques publiques au niveau local, est pourtant souligne à travers une amarda de textes tels le décret du 26 Février 2010 du Premier Ministre fixant les modalités d’exercice de certaines compétences transférées par l’État aux communes en matière de santé publique.

Pour vous donner un aperçu, le rapport mentionne 75,5% de personnes qui ignorent les corpus juridique y afférents dans la Commune de Loum contre 24,5% qui en ont maîtrise. À Éseka, 87,5% ignore contre 12,5%. Dans les municipalités de Njombe-Penja & Makenene les données affichent des similitudes à ce niveau.

Et même dans la considération individuelle des populations de leur rôle dans les politiques publiques en matière de santé, le tableau apparaît presque noir dans l’échantillon total: 75% qui n’ont pas conscience, et 25% qui en ont conscience. La Maire d’Akom 2 dans la région du Centre Élise Mballa Meka souligne les difficultés auxquelles elle fait face avec ses 30.000 administrés. Parfois des séminaires ou réunions d’information organisées, et une quasi absence des habitants.

Une remarque qui embraye sur l’inexistence des cadres de dialogue concernant les politiques publiques de santé dans les 4 Communes cibles tel qu’affiché par le rapport d’Adisi-Cameroun. Au niveau des formations sanitaires le cadre de participation aux processus décisionnels et à la mise en œuvre des politiques publique est plus fourni, même si, sur le terrain, ces structures ne sont pas pleinement opérationnelles à cause de nombreux problèmes parmi lesquels:

– L’enclavement ;

– L’absence de budget de fonctionnement ;

– L’absence de matériel de travail (téléphones androïdes, le matériel de collecte des données, l’équipement de travail…) pour ne citer que ceux là.

Des difficultés qui ont une incidence sur l’implication réelle des habitants sur ces politiques locales de santé (16% contre 84% de non participation). Sur la connaissance des populations au niveau des responsabilités communales pour l’amélioration des conditions sanitaires, la Commune d’Éséka s’en sort avec 40% de ses habitants qui en ont connaissance contre 31,6% à Njombe-Penja, ou encore 27% à Loum. Toutefois l’intérêt des populations sur les questions sanitaires reste énorme selon les collectivités : 89,9 à Éseka, 70,2% à Loum, 86% à Makenene, 83,6% pour Njombe-Penja.

Paul-Joël Kamtchang, Secrétaire Exécutif Adisi-Cameroun

En outre, les populations s’informent par des canaux divers principalement la télévision, les affiches dans les services locaux de santé et en minorité sur internet. Parlant d’internet, le niveau de connectivité étant très bas à la moyenne des 4 communes. (66% contre 34% d’accès facile).

Sylvain Njock, Maire de la Commune d’Éséka

Au final, des recommandations ont été adressées à sept niveaux à l’instar des communes ( S’investir davantage dans la revendication des compétences et des ressources qui leur sont offertes par les lois sur la décentralisation ; Se soumettre régulièrement à la reddition des comptes, y communiquer davantage), aux populations, à l’État ( Application des lois qui encadrent la décentralisation en rendant effectif le transfert des compétences et des ressources ; Compléter les compétences et ressources devant garantir une décentralisation totale), aux organismes divers, aux leaders commmunautaires entre autres.

Table ronde tenue à la suite de la présentation du Rapport

La présentation a été couronnée par une table ronde élargie en présence du public, des maires notamment Sylvain Njock (Maire de la Commune d’Éséka), Albert Ze (Économiste de la Santé). Durant les échanges de nombreux points ont été soulignés à l’image de la quasi présence de l’État au niveau local (Préfets et SG de mairies), La faiblesse des moyens (dotation générale de la décentralisation), l’absence de cartes sanitaires. À la suite de ce rapport qui est à mi-chemin (8 mois), les travaux se poursuivront sur d’autres apostrophes sur une durée de 16 mois.

Lire aussi: BUDGET 2020: Le gouvernement concède 15% aux communes

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Manfred Essome

Rédacteur En Chef du Journal en ligne www.lequatriemepouvoir.com, Critique d'Art Musical et Créateur de contenus camerounais depuis 2010.

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