SOCIETE

Santé : Les produits éclaircissants toujours en vente

Malgré la note du ministre de la Santé publique interdisant la vente de ces articles, ceux-ci sont toujours en circulation sur le marché.

Des gens entrent et sortent d’une parfumerie située au marché central de Yaoundé. Nous sommes le mercredi 14 septembre 2022. Des produits variés sont exposés dans les rayons. Après un tour, l’on constate l’absence de certains produits dits éclaircissants. Dans la boutique, deux jeunes filles jouent le rôle de guides. Vêtue d’un kaba multicolore, une femme à la peau claire fait son entrée. Après une dizaine de minutes d’échanges avec une des demoiselles, elle prend place sur une chaise près de la caisse. Toute sereine, la demoiselle sort de la parfumerie et ramène quelques instants après des produits dans un plastique qu’elle remet à la dame avant de régler sa facture. « C’est ce que vous voulez, Madame ? », demande la jeune fille. « Oui, c’est ça », répond la dame en remettant l’argent à la caissière. En notre présence, 5 ou 6 personnes ont été servies de cette manière. A la question de savoir pourquoi certaines personnes sont servies à l’extérieur, à une des demoiselles de répondre, toute furieuse : « Que voulez-vous Madame ? Tout ce que vous désirez se trouve dans les rayons ». Dans une autre parfumerie proche de là, le schéma est presque le même. Certains articles ne sont pas exposés et emballés publiquement. Il s’agit des produits éclaircissants dont la commercialisation a été interdite par le ministre de la Santé publique. Il s’agit plus précisément des produits cosmétiques et d’hygiène corporelle contenant l’hydroquinone et ses dérivés, le mercure et ses dérivés, et les corticoïdes.

Malgré cette interdiction, certaines parfumeries de la ville de Yaoundé et de Douala continuent de vendre ces produits par des astuces qu’elles ont développées. Le regard inquiétant, Marlyse. T a du mal à nous répondre. « C’est quoi votre problème Madame. Nous ne vendons plus les produits éclaircissants », dit-elle, toute furieuse. Tenancière d’une parfumerie au marché central, Marlyse continue de vendre des produits éclaircissants. « Nous continuons d’acheter nos produits et de les commercialiser, mais nous ne les exposons pas, car les contrôles peuvent passer à tout moment », explique-t-elle. Et de poursuivre : « Lorsqu’un client vient, nous allons prendre directement le produit au magasin. Mais nous sommes très vigilants, parce qu’il y a des gens qui viennent pour nous surveiller secrètement ». Plusieurs autres gérants de parfumeries procèdent de la même manière. La décision du ministre de la Santé publique n’est pas un frein pour ces femmes qui se sentent bien dans la peau blanchie. « Chacun a le droit de prendre soin de sa peau comme il le souhaite, pourquoi nous interdire de prendre soin de nous, de se faire plaisir ? Peu importe les moyens, nous allons continuer d’avoir nos produits », s’irrite une dame au marché central.

Vente et achat en ligne, un moyen efficace

Pour pouvoir se procurer lesdits produits, les réseaux sociaux sont, maintenant le moyen le plus utilisé. C’est le cas de plusieurs parfumeries et clients. « Il est vrai que depuis la note du ministre de la Santé publique, nous avons perdu certains de nos clients. Les produits ont été retirés des rayons mais nous avons encore des stocks en magasin », explique une commerçante au marché d’Etoudi. « Nous avons créé des groupes whatsapp pour commercialiser nos produits. Nous avons aussi des comptes Facebook, twitter et instagram. Nous vendons sur commande. La majorité de nos produits sont éclaircissants. Nous avons des familles à nourrir », a-telle ajouté. Un réseau de vente et d’achat qui met en accord les clients. « « Je continue de me procurer dans une boutique au marché central. Lorsque j’y vais, j’explique à la dame de façon discrète ce que je veux et je suis servie aussi rapidement. Nous devons entretenir notre peau. Mon mari aime ce teint que j’ai et cela ne me pose aucun problème ». Bien que le nouveau mode d’achat ne pose aucun problème à ces personnes à la peau blanchie, les nouveaux prix ne font pas l’unanimité. « Il devient difficile de s’approvisionner dans les parfumeries et les supermarchés maintenant. Nous faisons désormais les achats en ligne mais les prix ont augmenté. Une crème que j’achetais à 6000 Fcfa est passée à 6500, voire 7000 Fcfa dans certains groupes. Mais nous n’avons pas le choix si nous voulons garder notre teint. Parfois, je me fais livrer pour éviter toute tracasserie », confie Mireille. « Nous achetons désormais en ligne mais les prix ont augmenté. Nous allons simplement nous aligner », déclare Sarah Tchuisseu.

Complexe d’infériorité

Le blanchiment de la peau de ces hommes et femmes s’explique par plusieurs raisons. Pour certains, il s’agit d’un complexe, et pour d’autres, de l’envie de contenter leurs compagnons. « Moi j’étais complexée par les commentaires de ma sœur et de ma mère et même de certaines personnes, car disaient-elles : « ton visage est trop noir alors que tu n’es pas noire, alors j’ai cherché à utiliser le produit que ma sœur utilise et là mon visage est uniforme à mon corps », affirme Leaticia Ndome. Une expérience similaire à celle de Linda, qui a voulu ressembler à ses amies. Pour Anne Marie, le blanchiment de la peau est un choix de son époux. « Cela fait 3 ans que j’utilise ces produits pour faire blanchir ma peau, mon mari aime quand je suis comme ça. Il dit qu’il n’aime pas trop les filles au teint noir », confie la jeune dame.

 

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