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[Mémoires] Elias Banese rend un vibrant hommage au Journaliste décédé Paul Ngounou

HOMMAGE À PAUL NGOUNOU

Par Elias BANESE BATERE

« Ici Paul Ngougnou avec l’éclairage de la rédaction  »

Alors que, jeune villageois je sortais de ma brousse de Ngam, j’entendis cette voix et cette phrase comme un appel. Il n’est pas dit que je n’écoutais pas la radio au village, non. Je le faisais en passant à côté d’un petit amas de transistor perché sur un toit ou relié à un long file attaché à l’antenne.

Cette fois, c’était différent, j’étais en ville, dans la capitale régionale et l’Oncle Ousmanou avait une radio à la maison qu’il l’allumait presque 24/24. C’était la voix de la maison, la CRTV était la berceuse de nos nuits troublées de mille maux. Le petit villageois était alors fasciné par la clarté et la dextérité de cette voix qui, chaque lundi matin, décortiquait avec les mots, les maux qui minaient la ville de Ngaoundéré et la région de l’Adamaoua. C’était extraordinaire, époustouflant, appétissant et même envoutant d’entendre quelqu’un parler aussi bien et sans même donner l’impression de lire ce qui sort de sa bouche pour nos oreilles.

Il ne faisait pas que des amis. Dénonçant les odieuses et ignobles pratiques au sein du Campus de l’Université de Dang (Ngaoundéré), il s’attirait ainsi une inimitié de la part des étudiants et certains enseignants. S’il était attaqué, c’est qu’il disait la vérité, il disait sa part de vérité, il disait tout simplement la vérité.

« Ici Paul Ngougnou avec l’éclairage de la rédaction » était devenu un instant de bonheur et de plaisir pour ces milliers d’auditeurs. Instant rituel, instant cultuel, rendez-vous irrésistible.

certes, mon rêve n’était pas de devenir journaliste, mon niveau embryonnaire en langue française ne m’offrait aucune chance d’y arriver. Quant à l’Anglais, je n’en avais véritablement entendu parlé qu’en arrivant en 6e. Mais j’admirais Paul Ngougnou, un visage-voix, un visage-vituel, un visage fictif, un visage que je n’avais pourtant jamais vu et dont les voix me pénétrait comme une exorcisation.

Certains diront que c’est la magie de la radio, mais pour moi, c’était la magie d’un homme, Paul Ngougnou.

C’est plus tard quand je commencé l’école au lycée et que je passais à 1 mètre derrière sa résidence au quartier résidentiel, sous une forêt de manguier (Gadadje) que j’aperçus l’homme. Coiffure bien tenue, propre et le regard fixé comme pour déceler le péché dans les yeux de ces passants qui lui vouaient crainte, admiration et certainement haine.

Il se racontait qu’il était avait été envoyé à Ngaoundéré suite à un problème entre lui et sa hiérarchie, affectation disciplinaire. Mais même à Ngaoundéré, sa prise de parole gênait les barons de la ville. C’était un franc parler dont les hommes en ont perdu l’habitude, englués qu’ils sont dans l’hypocrisie chronique ravageuse.

Il se disait aussi qu’il était l’un des meilleurs journalistes de sa génération. C’était un intellectuel, un Grand reporter, comme on le dit dans son jargon.

Il y eut un silence après son départ de la capitale régionale de l’Adamaoua. Un jour, en regardant la CRTV, je tombai sur un « Grand reportage » de Paul Ngougnou sur Jerusalem, la « Terre sainte ». Il disait « j’ai vu… »

En ce soir de son décès, je souhaite qu’il ait une place au Paradis (s’il en existe un), et alors, il n’aura pas seulement vu Jérusalem, terre de Dieu, il aura aussi vu Dieu.

 

« Ici Paul Ngougnou l’éclairage de la rédaction » point final.

 

Paix à ton âme cher papa.

 

Merci pour tout.

#lequatriemepouvoir

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