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[Tribune] Restitution des biens culturels : connecter les esprits, créer le futur

Par Kevin LOGNONÉ

Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? Ainsi écrivait Alphonse de Lamartine (1790-1869) dans ses Harmonies poétiques et religieuses. À l’heure où les œuvres du patrimoine africain se préparent à quitter les musées ethnographiques européens, beaucoup s’interrogent sur les enjeux de réparation et de réhabilitation. Faut-il aller vers des réparations techniques plutôt que financières ? Si les blessures restent douloureuses, comment renouer avec un métissage des tribus, des nations, du Monde ? Comment retrouver un mélange des esprits, des idées, des cultures et des traditions ?

Si de sérieux problèmes de documentation des objets patrimoniaux restitués et de leur provenance historique se posent, une rhétorique de la négociation de création d’un vrai dialogue et d’une interlocution sont à inventer.

L’exposition universelle de Dubaï a été une agora importante pour innover et co-créer ensemble. Trois pavillons ont été récompensés au titre de la meilleure interprétation thématique : les Comores, le Yémen et la Guinée-Conakry sur le thème : « Connecter les esprits, créer le futur ». Le prix reçu par chacun de ses trois pays représente une source d’inspiration pour réfléchir demain au « Plan d’action commun » que mettrait en œuvre l’Union Africaine avec comme première étape de préfiguration : l’initiative du Grand musée de l’Afrique (GMA) en Algérie.

Passons en revue chacun de trois pays récompensés à Dubaï et ainsi explorons de nouveaux champs de médiation voire de transformation de notre mémoire collective.

En premier lieu, l’archipel des Comores a choisi d’explorer le thème de la Reine de Saba, en proposant au visiteur de faire un vœu et de jeter symboliquement un anneau dans le cratère enflammé du mont Karthala. La légende fait débuter l’histoire des Comores aux temps des amours du roi Salomon et de la Reine de Saba, Balkis, un millénaire avant J.C. Les flottes du grand Roi sillonnaient toutes les mers pour y commercer et s’approvisionner, entre autres en matériaux de construction pour le futur temple de Jérusalem. Au cours de ces périples maritimes, les marins eurent l’occasion de jeter l’anneau donné par Salomon à la Reine de Saba au fond du cratère du volcan du mont Karthala.

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Autre pays participant à l’exposition universelle de Dubaï, le Yémen a proposé d’explorer le savoir à la puissance de l’infini, en abordant l’ingéniosité de l’une des civilisations les plus anciennes. Chaque visiteur pouvait ainsi observer comment les connaissances anciennes et modernes s’entremêlent pour favoriser les réalisations futures. Le pavillon Yéménite a choisi d’exposer au grand public le miraculeux livre d’Al Wisabi, un manuscrit yéménite authentique.

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Mais aussi de proposer une découverte du grain de café du Yémen à travers une expérience olfactive. Enfin, une expérience vidéo immersive, un astrolabe et un jeu interactif pour les enfants ont offert des supports variés de médiation culturelle et scientifique auprès du plus grand nombre.

Troisième pavillon récompensé, la Guinée Conakry s’est définie comme un pays riche en ressources, prêt à réaliser son plein potentiel. Pour ce faire, son pavillon proposait l’exploration de l’histoire et de l’héritage du pays sous l’angle de l’eau. Il invitait le visiteur à apprendre plus sur la Guinée, sur son rôle en tant que fournisseur d’eau, mais aussi en tant que pionnier historique et culturel de l’Afrique de l’Ouest. « Créons et innovons ensemble pour relever les défis de l’eau. » était la boussole créative proposée par le pavillon.

Un pôle de co-création pour trouver des solutions aux problèmes de gestion et de préservation de l’eau était ainsi proposé. Des espaces entièrement dédiés aux enfants, avec des boîtes à histoire et un coin pour les petits ont offert un trait d’union avec les jeunes générations. Enfin, une exposition consacrée à la durabilité et au recyclage, présentant le vaste potentiel de l’énergie propre et des solutions innovantes a permis d’ouvrir un dialogue avec les visiteurs du monde entier.

Ces trois pavillons thématiques peuvent offrir un angle nouveau au débat relatif à la restitution des biens culturels qui soulève tant d’enjeux mémoriels et passionnels. Les chercheurs et universitaires du monde entier ont certainement une contribution à apporter à ce débat d’idées riche et complexe. Soulignons à ce titre le travail mené par plusieurs instituts d’études avancées comme celui de Nantes qui propose une résidence internationale en arts visuels à travers une chaire parrainée par Souleymane Bachir Diagne. La chaire Souleymane Bachir Diagne travaille sur un projet de « musée des mutants » en lien avec les enjeux de restitution des œuvres d’art et objets du patrimoine africain. À compter de janvier 2023, un artiste professionnel international du champ des arts visuels venant des Suds (Afrique, Amérique centrale ou du sud, Asie, Moyen-Orient, Océanie), sera accueilli pour un séjour de 6 mois à Nantes, France.

Souhaitons que d’autres ponts se tissent pour conjuguer ce défi mémoriel à l’espoir de « Connecter les esprits et créer le futur ».

Kevin LOGNONÉ

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