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[Tribune] Prospective: The Line, le projet futuriste saoudien peut-il être transposé en Afrique etrelancer « Saint Tropez in the Horn » ?

The Line d’Arabie Saoudite compte parmi les projets de neuf villes futuristes à travers le monde : Telosa des États-Unis, la nouvelle capitale administrative de l’Égypte, l’orbite du Canada, la ville flottante des Maldives, Amaravati de l’Inde, BiodiverCity de Malaisie, la ville forestière intelligente du Mexique et enfin la future ville de Chengdu en Chine. En 2008, un projet intitulé « St Tropez in the Horn » visait à relier Djibouti à la péninsule arabique via le Yémen.

Le concept même du projet saoudien, The Line, cité verticale de 34 kms présente un parallélisme étonnant avec un projet plus ancien visant à construire un pont sur le détroit de Mandab sur la mer Rouge, pour relier Djibouti au Yémen. Des plans de ce pont de 28,5 km -l’un des plus longs au monde, avait été dévoilé dans les médias en 2008. Le pont proposé porterait une autoroute à six voies et une voie ferrée. Outre le coût de 70 milliards de dollars, les critiques avaient souligné que le projet serait situé dans une zone sismique.

De nouvelles villes seraient construites à chaque extrémité du pont

Le détroit de Mandab, de Djibouti à l’île de Perim au Yémen offre le tronçon de mer le plus étroit entre les deux pays. Les Yéménites étaient convaincus que le projet serait réalisé avec des fonds saoudiens et émiriens pour connecter le monde arabe à l’Afrique. Le Premier ministre djiboutien Dileita Mohamed Dileita avait déclaré à l’agence de presse AFP que son gouvernement n’était pas activement impliqué. « Le projet nous est tombé dessus du ciel. » avait déclaré M. Dieita.

En terme de prospective, la ville nouvelle de Djibouti s’appellerait la Ville Lumière. « De nombreuses entreprises américaines, yéménites et même françaises participent au projet », avait déclaré le Premier ministre. « Mais le gros avantage sera d’emmener des millions de musulmans africains à La Mecque, en train ou en bus ». Mais le pont ne profiterait pas seulement aux pèlerins – des centaines de migrants africains se noient chaque année en essayant d’atteindre le Yémen depuis le voisin de Djibouti, la Somalie. Si jamais le pont était construit, il serait parmi les plus longs du monde. Le plus long pont transocéanique existant est le pont Donghai de 32 kms en Chine.

Le plus grand projet privé de l’histoire de Djibouti (également du Yémen) devait aussi donner naissance à : « St Tropez in the Horn » située à 155 mètres (509 pieds) sous le niveau de la mer, à savoir le point le plus bas d’Afrique et l’un des plus chauds.

Le commerce régional et la reprise des projets d’infrastructure comme sources de croissance en 2022 pour la Corne de l’Afrique. Dans ses études et travaux de recherche, la Coface a rappelé que Djibouti représente le seul accès à la mer pour l’Éthiopie, où transite plus de 90 % de son commerce. Bénéficiant de la reprise du commerce international et régional, l’économie de Djibouti a rebondi en 2021, après une forte décélération de sa croissance en 2020 liée à la crise sanitaire. En 2022, alors que la reprise du commerce mondial devrait se poursuivre, l’activité du pays sera encore tirée par la croissance de la demande pour les services logistiques et de transbordement. Les exportations resteront donc un moteur de la croissance.

Avec plus de 80 % du trafic annuel du port de Djibouti dépendant de l’Ethiopie, il pourra bénéficier de la poursuite de la reprise de son voisin, mais demeurera aussi vulnérable à de possibles perturbations en raison de l’instabilité politique dans la région du Tigré. Les difficultés de la chaîne d’approvisionnement mondiales pourraient également freiner l’expansion de ce moteur de la croissance.

Par ailleurs, l’activité du pays devrait aussi être soutenue par la reprise de l’investissement, public et privé, dans les infrastructures servant l’ambition du pays de devenir un carrefour logistique et commercial régional. En 2022, le réaménagement du port historique en centre d’affaire ou la poursuite du développement de la zone franche industrielle du port de Damerjog, avec la construction d’une nouvelle jetée pétrolière, feront partie de ces projets.

La population, largement dépendante de l’économie informelle (70 % des emplois), pourrait profiter des créations d’emplois découlant de ces investissements, qui soutiendraient alors la consommation privée (près de 50 % du PIB). Néanmoins, celle-ci restera contrainte par le taux de chômage très élevé (près de 50 %). Elle restera aussi vulnérable aux évolutions relatives à la pandémie, alors que le taux de vaccination, malgré l’obligation vaccinale pour les plus de 25 ans, était encore très bas à l’orée de la nouvelle année.

En 2022, l’inflation devrait rester mesurée, mais les prix des denrées alimentaires et de l’énergie pourraient exercer des pressions à la hausse. Quoi qu’il en soit, la relance éventuelle de « Saint Tropez in the Horn » stimulée par la réussite ou non du projet The Line est une excellente nouvelle non seulement pour Djibouti et le Yémen, mais aussi pour la prospective de la grande Corne de l’Afrique et l’Arabie.

Kevin LOGNONÉ

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