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[Tribune] Et si la relation Kribi Saint-Nazaire inspirait un éco-airport régional africain?

Par Kevin LOGNONÉ

Le Futur, l’Humanité, l’Océan et les Côtes : beaucoup d’enjeux peuvent rapprocher deux villes-ports de l’Arc Atlantique comme Kribi et Saint-Nazaire unies par un jumelage de coopération depuis 1987.

Trente ans plus tard, eau et parole s’entrecroisent toujours avant de jaillir dans leur estuaire respectif.

Le 30eme anniversaire de cette relation de jumelage a été célébré en 2017. Pour les trente prochaines années, un agenda commun pourrait être relancé au service d’une nouvelle ambition : la nature durable pour le développement.

Des chaudes variations du Golfe de Guinée au violent Atlantique, deux villes d’estuaires comme Kribi et Saint-Nazaire ont chacune développé dans leur identité des innovations. L’estuaire à pirogues a laissé place au projet de port en eaux profondes de Kribi de par sa capacité d’accueil et la diversité de ses terminaux est destiné à jouer un rôle majeur dans les projets d’industrialisation futur du Cameroun. Centrale à gaz, raffinerie et usine de liquéfaction : d’autres investissements sont en train de voir le jour.

Saint-Nazaire, à l’origine simple village de pêcheurs et de pilotes, devenu port transatlantique et tête de ligne pour l’Amérique centrale, renait aujourd’hui dans la haute technologie navale et aéronautique. Son festival annuel « Les Escales » entend rappeler l’importance des synergies créatives pour faire naître des collaborations croisées.

A-t-on déjà imaginé que le phare de Kribi pourrait aider les aviateurs ? Or, les temps pionniers de l’aviation sont nés dans des hangars à bateaux, avec les premiers hydravions en bois et en tissu. Au fil du temps, les innovations dans la haute technologie navale ont nourri des innovations dans la haute technologie aéronautique.

Prenons l’exemple d’Arthur William Loth, un inventeur breton au destin extraordinaire puisqu’il s’est inspiré de phares et d’expérimentations aéronautiques menées à Portsmouth et New York. Né le 8 Mai 1888 à Rennes, il a été l’inventeur d’un système de navigation permettant aux aviateurs d’étendre des sons à grande distance pour se guider. Il fut l’un des piliers fondateurs d’un club de football dans lequel jouent aujourd’hui des joueurs Camerounais : le Stade rennais.

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L’Afrique a elle aussi ses pionniers de l’aviation, avec par exemple Roland Garros né sur l’île de la Réunion. Et mieux encore : des ressources pour inspirer tous ceux qui voudraient faire du continent une nouvelle terre d’envols.

Si au Maroc, le nouveau terminal de Marrakech Menara se positionne déjà en éco-airport régional africain en marchant sur les traces d’Yves-Saint-Laurent, Kribi et Saint-Nazaire pourraient offrir une autre boussole créative, en marchant sur les pas de Guerlain.

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Le parfum Vol de nuit de la maison Guerlain cultive un sens très particulier, depuis sa naissance en 1933. Car il est inspiré du roman homonyme d’Antoine de Saint-Exupéry, publié deux ans plus tôt en 1931, dont l’action se déroule en Amérique du Sud, dans les années 1920, quand l’aviation commerciale n’en est qu’à ses débuts. Si l’avion est plus rapide que le bateau, ce dernier rattrape son retard pendant la nuit. Le défi est donc là : voler de nuit et faire de l’aviation le moyen le plus rapide pour acheminer le courrier.

Kribi et Saint-Nazaire pourraient s’appuyer sur ce récit pour incarner un projet ambitieux d’éco-airport régional africain. Le bassin industriel de Saint-Nazaire dispose de nombreuses compétences à partager et son estuaire vers Nantes peut développer des liens avec le parfumeur Jean-Pierre Guerlain, dernier propriétaire du lac de Grand-Lieu qui aimait la Bretagne entre Loire et Océan.

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L’Afrique et l’Europe peuvent changer en profondeur leur relation en innovant dans les échanges économiques et culturels entre régions portuaires pour mettre en place des partenariats durables. Une actualité peu connue le prouve : l’inscription des goélettes bretonnes à l’UNESCO par Madagascar. Ces goélettes de Belo-sur-mer, sur la côte ouest de Madagascar, devenus une spécialité locale depuis que des charpentiers de marine bretons sont venus s’installer dans cette paisible baie à la fin du XIXe siècle, connaissent aujourd’hui une nouvelle jeunesse en permettant de désenclaver les localités inaccessibles par la route.

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