CULTUREPOLITIQUE

[Tel Aviv de l’Afrique] Tout commence en Finistère ?

Siège de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI), Yaoundé est décrite par certains prospectivistes comme la futur Tel Aviv de l’Afrique. Une vision de l’avenir qui fait sens avec l’histoire de Fustel de Coulanges qui porte le nom du lycée français de la capitale du Cameroun. Entre Harmattan et rives du Ponant, une rue Fustel de Coulanges dans la ville océane de Brest souffle aux vents du monde la mémoire du célèbre historien français, ancien directeur de l’École normale supérieure et titulaire de la première chaire d’histoire médiévale à la Sorbonne. Tout commence en Finistère ?

Dans son œuvre La Cité antique, Fustel de Coulanges voit dans la religion et le culte des morts les fondations des institutions des sociétés anciennes. Issu d’une famille bretonne, Fustel de Coulanges jouit d’une grande ascendance brestoise. Or, sa vision de Fustel de Coulanges présente un parallélisme étonnant entre mythologie antique voire celtique d’un côté, et cosmogonie africaine de l’autre. Dans ces deux univers, la place des morts et de la religion est cruciale car elle guide les règles d’héritage, de transmission. Demain, ce paradigme peut guider l’Afrique à mieux valoriser son patrimoine immatériel, la transformation de ses actifs du visible à l’invisible. Dans ses travaux, le physicien Antoine Lavoisier écrivait : « Rien ne se perd, rien ne se crée : tout se transforme ». Aucune entreprise ne peut prospérer dans un désert. Si la vision de Tel Aviv de l’Afrique entend explorer des enjeux d’innovation, d’agriculture régénérative et de forêts connectés et comestibles grâce aux nouvelles technologies, elle doit s’appuyer sur des éléments mémoriels et plus largement une toile historique. Fustel de Coulanges nourrit une réflexion profonde du passage de témoin entre les civilisations, la transmission des savoir-faire et le croisement entre aventures humaines audacieuses.

L’origine de l’abbaye Saint-Mathieu de Fine-Terre remonterait à des reliques ramenées d’Égypte par des marins bretons.

Le Finistère est un territoire breton de l’Arc Atlantique riche de ses chemins de mémoire avec l’Afrique. L’ascendance Finistérienne de Fustel de Coulanges mérite donc qu’on s’y attarde pour mieux explorer la prospective entre les continents.

Les Cahiers de l’Iroise ont conservé des éléments biographiques et généalogiques qui peuvent apporter des signaux pour anticiper l’avenir. Le 18 janvier 1719, Alexandre Lombard, curé de Saint-Sauveur, bénissait le mariage de Jean-Denis Fustel, garde-magasin des vivres de la Marine au port de Brest et Jeanne Surville, native de Saint-Malo. De ce mariage est issue une descendance nombreuse qui fut brestoise jusqu’au père du célèbre historien : Hypolite Jean Bertrand né à Brest le 9 Vendémiaire an IV, mort à Paris le 8 juin 1831.

Jean Denis Fustel, ou de Fustel, descendait d’une ancienne famille de Citry sur les bords de la Marne, alliée aux Coulanges, ancêtres de la mère de Madame de Sévigné et aux Daguesseau, ancêtres du célèbre chancelier de France.

Les Fustels brestois se faisaient appeler de la Villehoux. Le nom de Coulanges fut repris par Hypolite Jean Bertrand Fustel qui l’avait reçu de son père, lui-même lointain héritier d’une branche collatérale.

Le père de l’historien étant mort jeune, ses enfants ne purent savoir de quelle manière leur était parvenue cette addition à leur patronyme.

La généalogie brestoise des Fustels s’étend donc sur plus d’un siècle. Elle se sépare en plusieurs branches qui se sont parties dans les Picaud, les Laporterie, les Huet, les Duchesnes, les Bergot, les Le Faou, familles connues à Brest au siècle dernier. On y trouve surtout des marins : le grand-père de l’historien, Denis Marie, était capitaine de vaisseau. Un Fustel participa à la guerre de l’indépendance américaine ; un autre commandait un navire à la malheureuse tentative de débarquement en Irlande avec Hoche.

Les Fustel habitèrent d’abord le quartier brestois de Recouvrance, puis vinrent s’installer dans celui des Sept-Saints. Une branche issue d’un oncle du grand-père de Fustel de Coulanges s’était fixée à Gouesnou. Le 26 juillet 1837, Denis Jacques Fustel, propriétaire à Gouesnou vendait à la ville de Brest une portion d’immeuble rue Charronnière (rue Monge) en vue de l’extension de l’école des Frères (depuis école publique de garçons).

Une très courte notice sur cette famille, signée de Daniel Bertrand, a paru dans la nouvelle revue de Bretagne en 1947. La Revue Chercheurs et Curieux a publié dans un numéro de mai 1952 un assez long exposé signé Edmond Bondis. Monsieur Bondis, descendant du grand historien, a provoqué les recherches sur le plan brestois, ce qui a permis de constituer aux Archives municipales de Brest un important dossier sur Fustel de Coulanges et ses ancêtres.

Lire aussi: [Tribune] Mémoire et diplomatie culturelle: Faut-il s’inspirer de la renaissance « hors-les-murs » du Mont- Saint-Michel ?

Kevin LOGNONÉ

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