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[Pommes de France] Lawrence d’Arabie, ambassadeur du terroir cidricole?

Le périple de Lawrence d’Arabie lors de son tour de France en 1908 pourrait valoriser les vergers cidricoles en s’inspirant de l’expérience du Blida développée pour le champagne. À l’origine, les verreries installées aux alentours de Reims fabriquaient des « Blidas», ces petits verres à thé, qu’elles exportaient vers l’Algérie par la ville de Blida pour couvrir l’Afrique et les pays d’Orient. Aussi, ce verre à thé a été détourné de son usage premier par les Ruinard, les Moët, les Taittinger, ces grandes familles qui ont fait la réputation du champagne à travers le monde. Dans les années 60, le marché s’est effondré et la production invendue s’est retrouvée coincée.

Afin de ne pas la gaspiller, les artisans (gobelet) ou vignerons pour le cas de Reims ont choisi de l’adopter. Un esprit pragmatique et du recyclage avant l’heure !

Une transformation qui pourrait inspirer l’artisanat et l’imagination des industries créatives et culturelles, pour attirer des érudits voyageurs et publics curieux.

Lawrence d’Arabie s’était pris de passion pour le cidre. En Angleterre, Il avait découvert les « modern ciders », des cidres élaborés à partir de pommes de table. Une cuvée à l’effigie de ce grand aventurier pourrait stimuler la Bretagne et l’effervescence qui traverse ses vergers. Jusqu’au Levant ? La pomme est le fruit national du Liban. Tous les Libanais ont été élevés avec le rituel : tartine+ pomme pour le goûter en cour de récréation.

Plusieurs pistes peuvent être envisagées en s’inspirant d’initiatives déjà existantes pour approfondir cette démarche.

Valoriser et faire connaître les vergers conservatoires : l’exemple de la collection fruitière du Jardin du Luxembourg. Patrimoine du Sénat français. Prenons un autre exemple. Avec l’écomusée de la Bintinais, la collection fruitière du pays de Rennes par exemple comporte plus de 110 variétés de pommes à cidre et à couteau, une quinzaine de variétés de poires à poiré et à cuire, ainsi que quelques variétés de cerises.

Participer à la “mise en tourisme” du territoire : “faire destination”

À la fois musée, parc agronomique et conservatoire de la biodiversité, l’exemple de l’écomusée de la Bintinais occupe une place originale dans le paysage des musées de société du Grand-Ouest de la France. Cette singularité devrait donner lieu à une fréquentation plus importante de visiteurs issus des autres départements bretons, des départements limitrophes et des régions voisines.

Aménager un parcours agronomique concentré et attractif : l’histoire de l’agriculture et des plantes cultivées

Sans rien sacrifier aux ambitions scientifiques et pédagogiques, un circuit Lawrence d’Arabie développerait une collection de plantes cultivées révélatrices de l’histoire et de l’évolution de l’agriculture bretonne.

Concevoir un parcours historique des 17e, 18 e et 19e siècles : l’histoire de l’alimentation

L’importance des grosses fermes pour fournir la ville proche et ses marchés en fruits et légumes est une constante du 16e siècle jusqu’au milieu du 20e siècle.

Si l’on connaît bien l’importance de la pomme de terre, que sait-on de ses ancêtres et des ressources fruitières et légumières aux 17e et 18 e siècles ? Et quels pouvaient alors être leurs substituts indispensables ?

Un circuit Lawrence d’Arabie pourrait contribuer à montrer l’évolution des productions légumières et fruitières au cours des 4 derniers siècles.

Repenser et conforter les parcours agricoles et horticoles

À la fois lieu de promenade et de découverte, l’espace agricole est conçu comme un musée vivant connecté à l’exposition permanente.

Un espace au cœur des enjeux environnementaux

Les problématiques de biodiversité naturelle et domestique, la diversité agro-alimentaire, l’agro-écologie et plus globalement les questions environnementales, thématiques déjà évoquées dans certaines de nos expositions temporaires, trouveront ici un écho au regard des interrogations sociétales.

Tous ces sujets rejoignent en grande partie les préoccupations pédagogiques de l’enseignement agricole, qui trouvera là un lieu de visite privilégié et une source de réflexion pour les futurs acteurs professionnels de demain.

Soulignons enfin que les musées de société qui traitent d’agriculture, d’environnement et de biodiversité domestique se font rares en France et qu’un circuit Lawrence d’Arabie occuperait une place privilégiée sur une thématique fondatrice de l’histoire des territoires, des pays, des régions…

Des établissements “phare” comme les Ruralies à Niort, Agropolis à Montpellier, Le Compa à Chartres (Conservatoire du machinisme agricole) ont ainsi fermé ou connaissent un avenir incertain. Enfin, la Bretagne ne dispose pas d’un muséum comme beaucoup de grandes villes françaises et les expositions temporaires de l’écomusée de la Bintinais ont montré l’intérêt de croiser les approches des sciences de la vie avec celles des sciences humaines.

Entre musée et muséum : une muséographie en forme de « leçon de choses » ?

Plusieurs constats guident cette intention : Nous vivons de moins en moins au contact de la nature et sa connaissance empirique disparaît.

La connaissance de la nature est importante mais son expérience (vécue) l’est sûrement plus. La crise écologique nécessite de remettre en question nos modes de vie et de pensée, de transmettre des savoirs, d’ouvrir des espaces de réflexion.

L’agro-écologie s’appuie sur les apports de la recherche scientifique, mais aussi sur l’histoire des pratiques agraires des sociétés rurales et celle des milieux “naturels anthropisés” (landes, forêts, estives…), ces “Tiers-Paysages” chers au paysagiste Gilles Clément.

Un écomusée de premier plan pour le Grand-Ouest, musée de société engagé de surcroît, se doit d’éclairer les interrogations et les débats sociétaux en cours sur l’avenir de notre planète et de sa biodiversité.

Ce type d’espace n’existe pas en France, mêlant histoire, agronomie et écologie

La “Halle du vivant” : un espace muséographique dédié aux relations homme-nature

Créer un nouvel espace muséographique dédié à la connaissance de la “dynamique du vivant” et de son histoire : pour une anthropologie de la nature.

Toujours entre nature et culture, un tel espace permettrait d’expliquer les fondements du vivant que l’homme a su détourner à son service, comment il a pu s’affranchir de certaines contraintes du sol, sélectionner des plantes et des animaux pour produire, parfois trop…

Il s’agit bien là de donner les prérequis nécessaires à la compréhension de l’histoire des productions et des problématiques actuelles : pourquoi fumer un sol et le retourner, pourquoi faire alterner les cultures, pourquoi désherber, comment les rendements ont augmenté…

Une sorte de “Que sais-je” historique pour comprendre l’agriculture, le jardinage, l’élevage et plus globalement cette dynamique du vivant que nous devons réapprendre.

Lire aussi: [Tribune] Prospective: The Line, le projet futuriste saoudien peut-il être transposé en Afrique etrelancer « Saint Tropez in the Horn » ?

Cinq siècles de relations ville-campagne, un nouvel espace pour évoquer l’histoire des productions de la terre et les principes fondamentaux de la “dynamique du vivant.

En somme, créer un nouvel espace muséographique dédié à la connaissance de la « dynamique du vivant” et de son histoire : pour une anthropologie de la nature. D’autres modèles sont aussi à explorer entre Afrique et Orient. https://www.afalula.com/

Kevin LOGNONÉ

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