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[New Nature Economy] Et si l’Afrique s’inspirait de Théophile Lognoné, fondateur des industries Probiomer?

L’UNESCO a inscrit les savoir-faire en mécanique horlogère et mécanique d’art sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Si cette inscription met en valeur une tradition franco-suisse, le savoir-faire horloger s’est aussi aventuré comme les huguenots d’Afrique du sud au contact des mers et des océans, terreaux d’inventions toutes aussi étonnantes.

Bijoutier-horloger reconverti dans la nutrition-santé, Théophile Lognoné (1895-1974) a utilisé des micro-techniques d’horlogerie pour mieux nourrir la terre. Dans les années 30, l’orfèvre observe les propriétés du calcium organique vivant. Ce minéral, présent dans le sable coquillier de la baie du Mont-Saint-Michel, permet de fertiliser des sols et d’améliorer la recherche en nutrition-santé.

Pendant la crise de 1936, il reçoit la prime d’honneur du ministère français de l’agriculture. Motif ? Il vient d’inventer un complément alimentaire naturel, capable de renforcer le calcium de coquilles d’œufs et d’approfondir de nouvelles recherches pour demain. Des débuts dans l’horlogerie à l’invention active, la vie d’un innovateur qui peut inspirer l’Afrique de demain.

Pour réussir son pari, Théophile Lognoné pose très jeune les bases d’une entreprise familiale. Il entend que le savoir-faire soit transmis de père en fils, de génération en génération pour innover. “Nous ne sommes pas une génération d’héritiers, nous sommes une génération d’entrepreneurs”. Il accorde une importance à la prospective et à la recherche appliquée : « L’horlogerie a besoin d’OPA : Oser, Préparer et Anticiper le monde de demain ».

Les motivations pour la recherche et l’innovation

Il observe avec intérêt le fonctionnement des usines Dior dans le négoce puis la fabrication d’engrais naturels. Pionnière de l’importation des guanos du Pérou et de la fabrication du guano dissous, la maison Dior a été aussi la première à vulgariser en France l’emploi des scories de déphosphoration qui sont mélangées à l’acide sulfurique . En 1860, celle-ci avait obtenu le marché de la récolte des boues domestiques de Granville, qu’elle revendait aux agriculteurs une fois transformées et fermentées.

Une formation technique à peine esquissée mais d’où naissent des passions Théophile Lognoné va utiliser des micro-techniques d’horlogerie (réparation de montres-bracelets) pour exploiter ces minéraux marins. Pour accompagner ses découvertes, il se porte acquéreur d’un bateau : le Saint-Pierre, dont le nom faisait en référence à Césarée (Caesarea), l’ancien nom antique de Jersey qui était associé à différents personnages du Nouveau Testament

: Pierre, Paul, Hérode, Pilate. Le nom Césarée pour désigner Jersey fut maintenu jusqu’à ce que l’Empire Romain se christianise et devienne Andium, forme latinisée désignant « la très grande (île) ». Jersey se trouvant bien être la plus grande des îles mentionnées dans l’Itinéraire d’Antonin qui se situe entre Aurigny et Ouessant.

Les débuts de l’aventure industrielle : une implication totale, un travail acharné

En identifiant l’importance de coquillages marins pour développer la nutrition-santé, ses travaux ont permis de stimuler l’innovation du sable coquillier, comme complément alimentaire capable de renforcer le calcium de coquilles d’œufs. Les œufs étaient ainsi beaucoup plus résistants pour les transports et les ventes.

Il nourrit une culture de propriété industrielle avec des brevets. L’ensemble de ses procédés sont brevetés avant de les industrialiser. Enfin, il entend s’appuyer sur une forte émulation locale pour décloisonner l’innovation. La valorisation de nouvelles ressources liées à la mer a longtemps rythmé l’économie locale des cités corsaires de Granville et Saint-Malo. Les réseaux de science et d’innovation, indispensables à la genèse de découvertes, l’entreprise va appuyer son développement depuis la Bretagne vers la Suisse, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

Elle va aussi cultiver des partenariats atypiques : dans l’Allier, en particulier avec les moines de l’abbaye de Sept-Fons qui fabriquent la « Germalyne ».

Théophile Lognoné va aussi développer des relations épistolaires avec la biologiste, Lucie Randoin, (1888-1960). Agrégée de sciences naturelles en 1911, à une époque où l’agrégation était réservée aux hommes, puis docteur ès sciences en 1918, elle est la première femme à enseigner en Sorbonne et rejoindre l’Académie française de médecine.

Après le décès de Marie Curie en 1934, aucune femme n’est entrée à l’Académie française de médecine avant Lucie Randoin. Un siècle plus tard, la place des femmes dans les institutions médicales reste congrue.

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Les travaux de cette scientifique oubliée au parcours très atypique ont permis de développer des filières du territoire entre terre et mer. Ses publications scientifiques ont permis de valoriser les apports de coquillages et minéraux marins.

En 1944, elle a conservé des sérums et vaccins de l’Institut Pasteur dans des sous-sols pour la Résistance. Avec la grande bascule de la pharmacie de la recherche chimique vers la biotechnologie, l’essentiel des nouveaux médicaments est issu en tout ou partie de travaux académiques.

Le rôle déterminant de l’Afrique

D’importantes pénuries de coquillages en 1967 pour l’alimentation pour bétail ont conduit les industries Probiomer à s’approvisionner en farine de manioc de Madagascar auprès d’importateurs.

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Le rôle des ports reliés à l’Afrique (Saint-Malo, Nantes, la Rochelle, Granville, Honfleur, Le Havre, Dunkerque, Marseille) a été décisif comme espace de transformation et d’innovation dans le domaine de la nutrition-santé.

Avec l’exemple du Hangar à Bananes, situé quai des Antilles à Nantes, la ville de Nantes a conservé une partie de cet héritage. Ses archives ont d’ailleurs reconnu l’importance des industries Probiomer comme une boite à idées pour faire de Nantes une « Babylone » de l’agroalimentaire et du consommer autrement entre terre et océan.

Exemple d’un bon de commande avec de la farine de manioc de Madagascar

Avec sa nouvelle génération de chercheurs, d’entrepreneurs, d’innovateurs, l’Afrique dispose de nombreux atouts pour développer des farines de haute qualité et d’autres débouchés porteurs d’agro-transformation du futur.

Kevin LOGNONÉ

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