CULTURE

[Musique] Elise Kameni fait résonner le Féfé au cœur de son disque « Akhege »

Énergique ! A été la présentation live du tout dernier EP d’Élise Kameni au Centre Ubuntu à Yaoundé le 30 Juillet 2022. D’une joie rare, et de mélodies aussi étranges qu’ intrigantes, la sortie de ce projet musical, oscille entre la richesse identitaire et la préservation de valeurs humaines positives, porté par une reine mère pas comme les autres.

La Journaliste Sarah Nematchoua était la Host de ce spectacle de présentation

Démarrée en milieu de soirée, aux environs de 20h, la conférence de presse initialement prévue, a été modulée en encard de sortie musicale. Sous une fraîcheur battante, les convives et la presse invitée equilibraient retrouvailles et impatience. Une impatience vis à vis de l’étoile du jour: Élise Kameni. Réalisatrice, Chanteuse, Musicienne, cinéaste, productrice autant de casquettes qu’elle arborre depuis des années, au sortir de son Haut-Nkam natal, région de l’Ouest.

1-Un Patrimoine à préserver

En faisant le choix de cette langue parlée autour de la ville de Bafang, exception faite à Kekem, il s’agit d’un pari des plus flatteurs d’Élise Kameni. Quand on connaît l’amoindrissement en termes de pratiques de nos langues nationales, donc aucune n’a encore été rendue langue officielle. « akhege » qui signifie « je ne connais pas » parle en effet de l’hypocrisie quasi permanente dans nos sociétés. Ceux là qui se jouent en pompier pyromane pour mieux nous tirer dans le dos.

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Ce qui m’intrigue dans cette langue, ce sont les nuances qui existent entre les mots fe’efe’e et nufi. La langue parlée dans le Haut-Nkam s’appelle le fe’efe’e ou encore Féfé. Comme avant l’arrivée des missionnaires français Barthelemie Tuem, Paul Gontier et ses compatriotes, la langue était seulement parlée et pas écrite, l’avènement et l’adoption d’un système d’écriture pour la langue fe’efe’e va tellement ébahir et émerveiller les villageois qu’ils s’exclameront : « nu fī » qui signifie littéralement chose nouvelle. Les abbés Tchamda et Tchuem ont immédiatement adopté ce mot nufi pour désigner la nouvelle dimension que prenait la langue fe’efe’e.

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2- Une société malade 

De longue date, Élise Kameni fait scintiller les mille et unes couleurs de nos cultures ancestrales. Au contact de nombreux autres artistes, elle a appris, au fil des décennies, à accepter les différences et à s’en nourrir. Partenaire de personnalités d’horizons très divers, de Rachel Tchoungui (bien présente ce samedi et est montée sur scène) à Bébé Manga, elle a su conjuguer au pluriel son idiome artistique et devenir une femme sage, attentive et curieuse.

Élise Kameni sur scène

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Ces dernières années, elle a multiplié les rencontres et a pu savourer le bonheur de se confronter aux accents et aux effluves de patrimoines dont elle se sent de moins en moins étrangère, notamment sur le titre « Awale » en bulu & duala écrit en 2017. En compagnie de l’orchestre Le Kemit 7 Band de Ruben Binam, elle a relié, et bâti des ponts avec la nouvelle génération: Du rap, du Mbolé et du Bikutsi en première partie de ce Live présentation. Avec son équipe Artistique, Mefu Élise Kameni a trouvé le dénominateur commun entre plusieurs approches rythmiques et harmoniques camerounaises. L’artiste chanteuse de 46 ans, veut rendre le monde meilleur a travers l’enseignement.

Élise Kameni répondant aux questions de la Presse

Elle dira d’ailleurs devant notre micro: « Le but c’est d’éveiller les consciences et de distiller de l’amour dans nos foyers, nos familles, qui font face aujourd’hui à beaucoup d’hypocrisie. Vous ne savez plus à qui vous fier. (…) Mon croisement entre les divers rythmes camerounais est ma façon de dessiner notre richesse musicale face au monde.  »

3-Une voix engagée et d’ouverture 

Elise Kameni ne pouvait cependant pas s’arrêter en si bon chemin. Il lui fallait enfoncer le clou et prouver que les bonnes âmes sont un rempart contre les peurs infondées. Alors, au hasard de ses périples à travers la planète, une idée a germé et s’est finalement concrétisée. Comment mettre en valeur ces compositions: « Mèèh-wey » écrit en 2020, traduis le ras de bol des mamans face à tous les types de violence faites aux femmes et hommes: les meurtres, des comportements inacceptables tels les viols, les drogues, crimes rituels, esclavage sexuel entre autres.

 

Sur la scène, l’artiste saluée avec des acclamations nourries et sincères, a distillé avec ses danseurs, une énergie des plus positives, avec le soutien de ses proches, et ses congénères artistes venus pour l’occasion, à l’exemple de la doyenne Rachel Tchoungui (grande figure de la musique camerounaise des années 1970-80) Bell LaJoie ou Mister B.

Dans « A kopsia » dont le Koni est mis en valeur (écrite en 2016), elle rends grâce à Dieu pour tous ses bienfaits, de sa couverture face aux ennemis, de tout ce qu’il contrôle autour de nous.

Produit par Biyooh (Elem’s Elemva) cet EP de 4 titres est à l’image d’un miroir culturel. Convaincue d’avoir trouvé la clé d’une inspiration collégiale, Élise dut identifier ce projet par un titre suffisamment fédérateur pour susciter l’intérêt de ses premiers auditeurs. La reine mère semblait convenir à cet idéal de plénitude artistique qu’elle appelait de ses vœux. La force expressive de la musique permet toutes les lectures et définitions possibles et cette liberté-là facilite le discours universaliste de tout créateur: Je vous recommanderai personnellement ce disque pour son authenticité.

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Pour mener à bien cet ambitieux dialogue intercommunautaire, la science de l’interprétation et de l’écoute est indispensable. Élise Kameni a pris le soin de s’entourer d’instrumentistes aguerris et convaincus du bien-fondé de cet élan généreusement altruiste. C’est donc une myriade de virtuoses nationaux et internationaux qui magnifie ce noble répertoire de 4 titres.

 

 

 

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Manfred Essome

Rédacteur En Chef du Journal en ligne www.lequatriemepouvoir.com, Critique d'Art Musical et Créateur de contenus camerounais depuis 2010.

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