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[Analyse] Douala, prochain Vancouver africain ?

Si la première est balayée par les flots de l’océan Atlantique, l’autre regarde le Pacifique.Paradoxe ou synergie de deux ports d’attache(s), que Douala et Vancouver peuvent-elles partager en commun ? Des atouts géographiques, des produits verts et durables, la diversité du territoire, la culture unique mais aussi d’autres leviers propres au capital humain.

 

Laboratoire d’intégration des peuples autochtones (7 familles linguistiques, 50 % des langues autochtones au Canada), Vancouver repose principalement sur la foresterie, l’exploitation minière, le cinéma, et le tourisme. Cette expérience dans la Confédération canadienne peut-elle inspirer la contribution portuaire et cosmopolite d’une capitale économique à l’Unité nationale, à l’heure du 50ème anniversaire de la République du Cameroun ? Douala, prochain Vancouver africain peut-elle être porteuse de nouvelles opportunités pour les jeunesses et les industries créatives innovantes à forte plus-value d’employabilité ?

Si depuis de nombreuses décennies, le Cameroun a exploité les premières locomotives forestières et minières, il reste à approfondir le potentiel du cinéma et du tourisme. Collywood marche déjà sur les pas de Nollywood en mobilisant des jeunes talents du 7eme art tant inspirés par Lagos au Nigéria que le pavillon Afrique du festival de Cannes. Mais Douala recèle bien d’autres potentialités pour rivaliser avec l’avant-gardisme de sa sister city nord-américaine. Et peut-être se hisser elle-même en futur Vancouver africain, pionnier de l’agenda 2063.

Une ouverture sur la Chine et l’Asie

Un visiteur se sentira automatiquement surpris en arpentant les rues de Vancouver, tant que les vagues d’immigration asiatique ont marqué la sociologie de la ville. Un habitant de la région sur quatre parle une langue asiatique quotidiennement. Il en ressort une grande proximité avec les grands hubs d’affaires : Hong-Kong et Taiwan notamment pour des transferts de technologique tels que les semi-conducteurs. Si Vancouver est identifiée comme la capitale asiatique des Amériques, Douala pourrait dans les années à venir pleinement profiter de son ouverture portuaire pour se rapprocher des fameuses routes maritimes de la soie. L’une des grandes filières sur laquelle la capitale économique Camerounaise peut capitaliser est précisément l’agro-foresterie. Vu de Hong-Kong, la valorisation des produits forestiers non-ligneux est clairement un enjeu d’avenir.

Prenons l’exemple des déchets de bois. Hong Kong produit 120 tonnes de lignine par jour à partir de bois mis au rebut  et les produits chimiques dérivés de ces déchets peuvent réduire l’utilisation de combustibles fossiles.

Comme tout géologue peut vous le dire, les combustibles fossiles sont les restes de plantes et d’animaux disparus depuis longtemps, dont beaucoup sont antérieurs aux habitants de Jurassic Park. Cela soulève une question évidente : puisque nous jetons maintenant d’énormes quantités de déchets végétaux et animaux, ne pourrions-nous pas utiliser ces matériaux pour remplacer les combustibles fossiles comme sources d’énergie ainsi que des produits tels que les plastiques et les arômes ?

Lire aussi: Douala : la Banque mondiale va financer le projet de bus rapide à hauteur de 260,8 milliards

Il existe un intérêt croissant pour les produits haut de gamme. Par exemple, la vanilline, le composé chimique naturel reconnu comme l’arôme et le goût principaux de la vanille a été  généralement considéré comme le produit dérivé du bois le plus favorable (ou le plus savoureux).

 

Le Dr Lam a déclaré qu’à sa connaissance, une seule entreprise en Norvège a réussi à produire de la vanilline à partir de bois. Produire de la vanilline à partir de déchets de bois serait extrêmement attrayant pour la communauté locale de traitement des déchets de bois. À l’heure actuelle, la vanilline est
synthétisée à partir de matières premières pétrolières. La vanilline dérivée du bois sera identique
à la vanilline conventionnelle, mais son « certificat de naissance biosourcé » sera beaucoup plus
attrayant pour remplir notre mission durable et atténuer les ressources fossiles.

La vanilline biosourcée sera très précieuse dans l’industrie actuelle des arômes. Les produits
aromatiques sont essentiels à la production pharmaceutique, de matériaux et de biocarburants.
C’est une opportunité pour Douala de former une nouvelle génération de « Sustainable Life Designer » pour expérimenter des « Food Forests » en ville, sur des espaces publics, avec
participation citoyenne, en coopération avec les gouvernements locaux et avec le support de financements d’entreprises privées pour les mener à bien. Le design de ces food forests pourrait
mener aussi à des activités de fabrication de sol avec des déchets, de boissons fermentées à partir des produits de la food forest, de dentifrice naturel, etc. Un projet « Ferment the city » vient
de commencer à Taipei. Il s’agit de trouver des réutilisations à certains déchets de la ville à travers les processus de fermentation organique et sociale. Par exemple : réutiliser le sous-produit de fabrication de lait de soja (l’okara) pour fabriquer du tempeh, transformer les déchets
plastiques en objets utiles, le tout en impliquant la population locale pour créer du lien social.

Un cyberport en devenir

Un autre élément d’attractivité à prendre en compte pour les années à venir est la place du
numérique dans les villes-ports. Bassins d’ouvertures et d’échanges cosmopolites, celles-ci vont devenir progressivement des hubs technologiques pour accompagner de meilleures performances dans la gestion des flux de marchandises, de capitaux, d’informations et voire
même de transfert de technologies. Le modèle de la zone franche de Jebel Ali à Dubaï ou du cyberport de Hong-Kong en témoignent. La Fondation Orange est bien implantée au Cameroun
et sur l’ensemble du continent. Pourtant le nom de ses dirigeants européens reste inconnu du
grand public en Afrique. Or, le nom de Stéphane Richard (ancien président du groupe Orange)
circule dans la cité phocéenne depuis près de plusieurs mois pour prendre la présidence du port
de Marseille. Ce qui intéresse le gouvernement français ? Sa stature internationale et son
expertise sur la digitalisation. À Marseille, son influence nationale et son ancrage local lui
attirent toutes les faveurs
Douala dispose d’une carte à jouer dans le rapprochement des télécommunications et des
infrastructures portuaires qui peuvent stimuler son développement. D’ores-et-déjà, le secteur des télécoms a permis des sauts technologiques majeurs dans le domaine agro-industriel.
Trois projets inspirants de la Fondation Orange en Afrique et au Moyen-Orient peuvent en
témoigner. Comment les nouvelles technologies du FabLab pourraient-elles doubler la productivité agricole et les revenus de petits producteurs de fruits ? Ce défi a été relevé par 10
jeunes qui ont imaginé et réalisé au FabLab solidaire de Rabat, un robot-panier de récolte iintelligent. Ce panier connecté intègre une application qui suit et contrôle la maturité des fruits pour les récolter au bon moment. Contrôlé à distance il évite aussi bien des efforts aux exploitations non mécanisées. Plusieurs disciplines et outils du FabLab ont permis à ce panier-robot de voir le jour : fer à souder, Arduino, ateliers de design de développement et de micro-contrôle, fabrication laser et numérique.

 

En République démocratique du Congo, est né un kit aquaponie au sein du FabLab Solidaire
Lisungi. Ce kit d’agriculture urbaine est une solution à l’urbanisation galopante du pays, au changement climatique et à la malnutrition qui s’aggravent. Il a été inventé et fabriqué au
FabLab par 4 jeunes de 24 à 28 ans qui ont dû interrompre leurs études. Les nutriments produits
par les poissons fertilisent les plantes qui poussent dans l’eau et la recyclent. Cette installation
agricole peut trouver sa place sur les toits et les patios des villes. Une production 15 fois plus
productive qu’en pleine terre, qui consomme pourtant 90% d’eau en moins…et nécessite moins
de main d’œuvre !

 

Les pesticides utilisés contre les invasions de criquets évitent les pénuries mais abîment la
planète et notre santé. Un nouveau dispositif change tout, en diffusant des hautes fréquences
pour lutter contre les insectes ! Il est placé dans une fusée aérodynamique qui peut être
transportée par un drone dans des zones agricoles difficiles d’accès. Pensé et fabriqué au FabLab solidaire d’Amman par un jeune de 23 ans, ce prototype de fusée haute fréquence pourra être propulsé à l’énergie solaire dans un prochain développement.
En puisant dans la richesse de ses talents et de ses potentialités, Douala dispose de toutes les
cartes en main pour devenir le prochain Vancouver africain.

KEVIN LOGNONÉ

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