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Recherche fondamentale : L’Université de Dschang vient de produire la toute première femme Docteure en Philosophie du Tchad

La République du Tchad a désormais une femme titulaire d’un Ph.D en Philosophie, spécialisée en Bioéthique ; elle s’appelle Solmen Marina NDORMADINGAR. Celle-ci a soutenu publiquement sa thèse le 28 juin 2022 à l’Université de Dschang.

 

Arrivée à Dschang en 2014 où elle prit une inscription en cycle Master en Philosophie, la jeune étudiante soutint, deux ans après, avec brio un Master 2 en Bioéthique et entra en cycle Doctorat sous l’encadrement scientifique de M. André Liboire TSALA MBANI, Professeur Titulaire des Universités. Et, c’est le vingt et huit juin 2022, dans la salle de la Dschang School of Arts and Social Sciences de l’École Doctorale de l’Université de Dschang (Cameroun) que Marina NDORMADINGAR a défendu publiquement sa thèse devant un jury composé du Professeur Émile KENMOGNE, (Président, Université de Dschang), des Professeurs Jean-Bertrand AMOUGOU (membre, Université de Yaoundé I), Pierre Célestin MBOUA (membre, Université de Dschang), Issoufou Soulé MOUCHILI NJIMON (membre, Université de Yaoundé I) et bien entendu le Directeur susdit, sous le thème « Techno-science et utopies posthumaines : le futur va-t-il perdre l’humanité ? Réflexion à partir de l’œuvre de Jean-Michel Besnier ». En quatre heures d’horloge, la désormais Docteure Solmen Marina NDORMADINGAR, face aux différentes questions posées par les éminents membres du jury, a répondu avec maestria et montré, sans timidité, qu’elle maîtrise son sujet. Les échanges qu’oblige un tel exercice scientifique ont globalement porté sur le fond du projet bioéthique de Jean Michel Besnier. Ce qui lui a valu la mention Très honorable.

Préoccupation philosophique de Solmen Marina NDORMADINGAR

Face à l’idéologie de la post-humanité, axée sur le rapport de l’humain aux technologies, induite par les innovations dans la recherche technoscientifique, laquelle balaie d’un revers de la main les limites naturelles de l’homme et de la nature, l’humanisme, souligne Jean-Michel Besnier, est devenu impraticable dans les termes que les philosophes issus de la renaissance européenne lui ont appliqués. Le préfixe « post » marque ici la fin d’une époque dans l’histoire humaine et ouvre la porte à l’ère du Cyborg (Dominique Lecourt) et autres objets intelligents et non-humains, c’est-à-dire des êtres nouveaux, technologiquement augmentés, qui inaugureront ce que Gilbert Hottois appelle « l’espèce technique ». Jean Michel Besnier s’inscrit dans ce débat et propose une éthique post-humaine qui acte l’ouverture de l’humanité à l’espèce technique. Or pour Solmen NDORMADINGAR, l’idée d’un nouveau monde où on retrouverait des êtres modifiés qui vivent de façon perpétuelle, relève simplement d’une utopie. Ce rapport de l’homme aux nouvelles technologies est un danger pour l’humanité, en ce sens qu’elle risque perdre sa dignité dans l’avenir. Pour cette raison, la jeune Chercheure voudrait savoir si l’éthique adaptée au post-humain proposé par Besnier n’est pas le voile d’une accointance aporétique avec ce qu’elle appelle « l’ultralibéralisme déshumanisant ». Autrement dit, se demande-t-elle, la volonté même de ne considérer l’humanisme que dans la mesure où il serait à rebours encadré par une éthique du post-humain, n’est-elle pas théoriquement un subterfuge consistant à soumettre l’humanisme et ses principes de base à l’anthropotechnique contemporaine contrôlée par l’actionnariat privé international ? Telle est la préoccupation qui a guidé son esprit philosophique.

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L’offre (thèse) philosophique de Solmen Marina NDORMADINGAR

Après avoir procédé à la présentation des fondements historiques et philosophiques du post-humanisme et analyser, par la suite, chez Jean-Michel Besnier, les arguments qui contribuent à la validité de l’idée d’un nouveau monde purement technique, la jeune tchadienne a décelé les limites de l’éthique post-humaniste qui, de l’avis de Jean-Michel Besnier, est une éthique capable d’identifier des critères du vivre ensemble individuel et collectif. Or, pense-t-elle, face aux utopies post-humaines qui conduisent l’humanité vers un fossé anthropologique et une négation de la vulnérabilité humaine, il est difficile de faire valoir une telle proposition qui montre en même temps un écartèlement entre l’humanisme et l’antihumanisme.

En élaborant une éthique post-humaniste pour la cohabitation de tous les êtres, Jean-Michel Besnier a ignoré les prétentions démesurées des prophètes de l’anthropotechnique. La jeune Docteure fait œuvre de philosophe en proposant un retour urgent des acteurs politiques sur la scène scientifique, afin de protéger l’humanité en perdition et en voie d’extinction devant les progrès incontrôlés des techno-sciences. La responsabilité biopolitique pour la régularisation de notre condition humaine est un impératif catégorique. Lequel doit promouvoir, au-delà de la valeur humaine, le respect entre les êtres vivants et rétablir l’humanisme originel en voie d’extinction.

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Solmen Marina NDORMADINGAR : Première femme Tchadienne Docteure en Philosophie

Cette thèse de Doctorat, construite en 5 années doctorales au Département de Philosophie, Psychologie, Sociologie de l’Université de Dschang est une grande première pour la gent féminine tchadienne. Solmen Marina entre ainsi dans l’histoire tchadienne comme première femme titulaire d’un Doctorat en Philosophie et elle sera certainement une pionnière des réflexions bioéthiques et épistémologiques dans les Universités de son Pays. Les difficultés rencontrées n’ont aucunement empêché la brave dame d’atteindre son but. Son Directeur de Thèse, très content, ne tarit pas d’éloge : « Marina est une étudiante très curieuse, très courageuse, très vaillante et donc, c’est les qualités d’un bon chercheur » affirme le Pr TSALA MBANI. C’est désormais une intellectuelle à suivre, une philosophe en acte, une bio-éthicienne spécialisée, et ses premières publications scientifiques en témoignent.

 

BERTRAND NZOGANG

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