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[CONCERT] Une « Henspiration » électrique!

En marge de son tout premier EP sorti le 6 Mai, le jeune artiste musicien camerounais aura livré un spectacle haut en couleurs qui a marqué les esprits. À travers une langue simple et directe, Hen’s nous a entraîné dans un tourbillon de modernité où les mots deviennent des uppercuts et des pansements. C’était samedi 25 Juin 2022 au centre culturel Ubuntu, Yaoundé.

Il est 17h45 minutes lorsque j’arrive sur les lieux. À l’extérieur, j’aperçois trois jeunes femmes toutes souriantes, poser en photos, devant la bannière de l’artiste. J’entre, et l’atmosphère est à la fois stressante et décontractée. Les derniers réglages en cours, j’aperçois le rappeur Dashor venu de Douala, entrain de boucler ses dernières balances. Retrouvailles avec Ivannick, Stéphane Fokou, Ingrid Kameni, Claude la Manager de l’artiste, Loïc Abondo, Christine Mbengono (ColorfolApp), et des connaissances, avec qui on échange quelques minutes. Le public se veut encore timide. Vers 18h30, les inconditionnels commencent déjà à arriver. Artistes, certains sont bel et bien présents, de Jimmy Vibes à Krys M. Sur scène, se succèdent après l’introduction de Loïc à la modération, Dashor, Kris Kofi, entre autres pour la première partie.

Loïc Abondo, le master de la soirée, me fera une colle (rires) en m’invitant sur scène, faire le portrait artistique du jeune virtuose Hens.

 

Grâce Olivia, artiste signée du même label que la tête d’affiche, s’avantcera sur la scène avec le 7 Kemit Band, vêtue d’une robe de soirée noire aux motifs brillants. Elle exécutera deux belles compositions en exclusivité, en langue Béti qui feront partie de ses prochaines sorties (« Eding »). Sans oublier « Essae » par lequel elle s’est faite connaître. Sensuelle et chaude, une extraordinaire sensibilité : Grâce Olivia est bien la digne héritière d’une génération datante de voix d’or.

 

Une entrée symbolique

En tenue traditionnelle Sawa, Hen’s a fait son entrée avec la quatrième piste de son EP « Osi Tchoma Mba ». Un grand moment de joie, de grâce, de poésie, de musique…et l’occasion de (re)découvrir cet artiste au delà de son projet.

Accompagné d’un pianiste, de Mister Hall (saxophone, trombone et flûte traversière), et d’un trio à cordes, Israël Bekang à la batterie, Israel Dessiane à la guitare basse, Régis Njiki (Guitare électrique), Hen’s a radicalement dépouillé son travail original, passant du style soul au makossa, en passant par des couleurs jazz à une manifestation épurée, bluesy et monochrome qui, plus que jamais, repose sur la sensualité que sur la force de sa voix.

On aime les vocalises du chanteur, son look et sa rage froide, le son minimaliste de la rythmique (avec l’orchestre Kemit 7), les riffs percutants de ses complices, des gens de gout assurément, dont on écoutera bien volontiers les prochains faits d’armes.

La voix de Hen’s est aussi clean en live que sur son mini album studio.

La scène, comme d’habitude au centre de Ruben Binam, est à la fois simple, élégante, discrète et classe. Des effets de lumière magnifiques. Cette scène ne fait que sublimer les compos jouées par le groupe. Ce début de concert est marqué par un rendu des plus fins. S’en suivent ainsi les titres assez calmes comme « Ngue Me Dzo », « Ma wondo » ou « Kawa ».

L’explosion ! 

Il faut attendre le deuxième titre, pour que la prestation de Hen’s prenne une autre dimension. A partir de là, le concert devient vraiment intense puisque vont suivre son duo avec Cysoul qu’il invitera sur scène pour interpréter « Je tombe aussi ». Le public est aux anges! On retrouve avec délices, durant le concert, le velours caressant du haut médium de cette voix envoutante, ainsi que la raucité ténébreuse presque barytonnante du grave. Un bas médium un peu sourd nuit cependant quelque peu à la qualité de sa musique. De fait, des airs de Kendji ou Bona donnés ce soir conviennent davantage à la musicalité de Hen’s qui offrira un moment extatique et hypnotique.

 

Une plateau aguicheur 

Inutile de préciser que les interprètes et compositeurs, défendent avec passion, humour et conviction un répertoire auquel visiblement ils croient, comme l’ont montré toute la soirée les sourires complices de musiciens qui savent cultiver l’art du vivre et du jouer ensemble. Les choeurs ont été magnifiques, et donnaient une profondeur spirituelle durant l’aventure d’Hen’s.

La boucle est bouclée, le concert est un ravissement pour l’oreille et l’esprit, de bout en bout. Une fin superbe pour un festival au déroulé qu’aucun esprit, tordu ou non, n’aurait pu imaginer. J’ai hâte de voir quel scénario le sort réservé à Éclats d’Émail l’an prochain.

 

Occupation de la scène 

Pour certains artistes, la présence scénique est innée : ils peuvent rendre une foule hystérique en un coup de hanche ou donner les larmes aux yeux après quelques accords. Durant son concert, j’ai décelé un manquement à ce niveau. Tous les artistes ont leur part de narcissisme, ce qui peut se comprendre quand des personnes différentes payent tous les soirs pour venir vous voir et vous écouter. Mais il faut comprendre que quand vous êtes sur scène, ce n’est pas de vous dont il s’agit, mais de ceux qui sont venus vous voir en live ce soir-là. Dans l’attitude de Hen’s, je ressentais beaucoup d’émotions et de gratitude envers ceux des artistes et proches qui l’ont encouragé. Il s’agit de sa première.

Une performance artistique, c’est comme livrer à un public ce que l’on a de plus intime; se mettre à nu. C’est pourquoi une performance mauvaise ou même moyenne peut rapidement devenir gênante, pour vous comme pour le public. Pensez donc à l’authentifier. Et aussi ne pas trop parler, rendre la communion musicale interactive, avec une dose d’originalité. Par exemple, je me serai attendu à ce que Hen’s à un moment de la soirée, dégaine sa guitare 🎸 accompagné de l’orchestre pour donner du volume, sur un coup de coeur populaire.

Pour résumer, apprenez à vous connaître et gardez en tête que vous n’êtes jamais trop préparés, que vous n’arrêterez jamais d’apprendre, et ce dans le but de toujours satisfaire votre fanbase.

La nuit fut courte, pour moi aussi, mais l’énergie de ce spectacle m’a envahit immédiatement, et m’a transporté. L’orchestre emplit à lui seul tout l’espace qui m’entoure, comme si la section percussion était composée d’un petit régiment. Hen’s n’avait plus qu’à offrir à ces esquisses sensorielles la couleur qu’il leur manquait encore.

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Puis, les rôles s’inversent. Le pianiste croque, le percussionniste peint. Le tableau est parfait, l’accord également. La journée commence tout juste, et je me sens déjà accompli. Je pourrais m’arrêter maintenant, bercé par une musique si riche qu’elle aurait amplement suffi à me nourrir pendant une petite éternité. « Entre nous », « Etam » ou la collaboration avec Krys Kofi sur la scène, aura suffit à émoustiller le regard de disciples déjà conquis.

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Le public était en feu, savourant la chance de participer à un événement aussi privé qu’unique. Les visuels et les lumières étaient naturellement dans l’esprit pastel de son dernier clip « Ka wa ». Pendant que nous attendions, les organisateurs passaient avec un mini-flyer pour permettre aux fans d’écrire un message et donner une note au spectacle. Le concert a été très chaleureux et joyeux.

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Toutefois Hen’s doit créer un lien exclusif avec son futur public. Durant le live, il racontait des anecdotes, et surtout expliquant le contexte de ses chansons, sans oublier les titres en langues Duala & bafang. Il y a des concerts dont vous ressortez en vous disant que c’était cool et il y a ceux qui vous procure une sensation de bien-être absolu. Pas de surenchère, l’ambiance était absolument colorée.

 

Fiche technique orchestre Kemit 7 de Ruben Binam

 

– Mister Haal ( Trombone, saxophone, flûte traversière)

– Israel Bekang ( batterie)

– Israel D’Essiene ( Guitare basse )

– Régis Njiki ( Guitare électrique/acoustique)

– Ricardo ( Synthétiseur )

– Michel Yetna ( percussions)

– Sakwe Time (choeur)

– Saly ( choeur)

– Laury Nzingua ( choeur)

– Meleu Berenys (choeur)

– The Rock Brad ( choeur)

 

 

 

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Manfred Essome

Rédacteur En Chef du Journal en ligne www.lequatriemepouvoir.com, Critique d'Art Musical et Créateur de contenus camerounais depuis 2010.

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