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[Fake-News] Un combat perpétuel

Le phénomène des « fake news », ou « infox », revêt une importance particulière à l’ère digitale. Alors que les informations circulent plus librement que jamais, il est encore difficile de s‘assurer de la fiabilité de leur provenance. Ces fausses nouvelles représentent un enjeu considérable face à une crise de l’information, et ce depuis plusieurs années. Au Cameroun, l’Union Européenne a tenu un séminaire à Yaoundé le 30 Mai 2022, en présence d’acteurs médiatiques & société civile. Premier séminaire d’une longue série qui s’annonce. 

 

Amoindrir le « Clavardage »

Avec 9,15 millions d’internautes en 2021, le Cameroun représente un vivier progressif en termes de masse numérique, d’il y’a 10 ans. Ce flux, bien entendu a fait naître de nouveaux comportements sociaux face à la distribution de l’information. On pianote, on scrolle son smartphone, et à chaque clic on est confronté au Big data. Face à l’urgence d’une éducation aux médias et OSC, le challenge, l’Union Européenne en fait un pari: La lutte contre les Fake News. Toutefois, il s’agit d’une affaire de tous, rappel en a été fait par Dania EBONGUE, Président de l’Association des Blogueurs du Cameroun.

 » Que peuvent faire les organisations/associations de la société civile camerounaise pour barrer la voie aux Fake News et aux discours de haine ? » telle était l’une des questions au centre de ces échanges en fin de matinée.

«Il est question de soutenir la mise en place d’outils et approches susceptibles de garantir l’accès des citoyens à des informations dont la véracité est établie; de mettre à la disposition de tous, les moyens d’identifier les fausses nouvelles et les discours de haine ou d’en limiter la propagation», a expliqué M. Sébastien Bergeon, Chargé d’Affaires a.i à la Délégation de l’UE-Cameroun devant l’auditoire, après les propos d’accueil des modérateurs Rose Moudjongue & Master Ivo, Journaliste & Animateur en service à la CRTV télé.

Le phénomène de Fake News n’a pas commencé avec le digital bien évidemment, il se concentrait aussi sur les autres supports d’information. Le digital est venu l’amplifier. Tout a commencé à Vélès, en Macédoine. Un jeune homme de 18 ans voulait gagner plus d’argent que ses parents. Il a eu l’idée de créer plusieurs faux site web, divulguant évidemment des « fake news ». Ces articles ont été publiés sur Facebook et les autres réseaux sociaux, générant un trafic très important. Ce concept ingénieux lui a permis de gagner 16,000 $.

La prudence et les bons réflexes

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui se concentrent sur le buzz, un grand nombre de visiteurs sur leur page, plutôt que sur la création d’un contenu de qualité, pertinent et cohérent avec leur image. Quoi de mieux qu’un faux scoop pour attirer les internautes à la recherche de contenu à partager.

Pr THOMAS IRENEE ATENGA, Enseignant en Techniques de l’information et de la Communication de l’Université de Douala, prévient qu’il est question d’informer les gens que ces pratiques sont réprimées par la loi, d’autant plus que ces personnes sont repérables et identifiables. Et qu’il convient de se former aux bons outils d’informations pour leur animation.

La vague de « fake news » peut paraître amusante ou avantageuse pour certains mais elle nuit beaucoup à l’image et l’intégrité des autres. Comme l’a démontrer les exposés de Dania EBONGUE, et de la vidéo partagée par Georges DOUGUELI, Éditorialiste & Journaliste à Jeune Afrique (vidéo montée attribuée à l’Ambassadeur de France au Cameroun) . À cette allure, les professionnels de l’information & la communication digitale préconisent: Le Fact-checking. 

Le Fact-checking ou La vérification des faits est une technique consistant d’une part à vérifier la véracité des faits, et l’exactitude des chiffres présentés dans les médias par des personnes publiques, notamment des personnalités politiques et des experts, et, d’autre part, à évaluer le niveau d’objectivité des médias eux-mêmes. Lors de débat public, le fact checking est d’une grande importance afin de souligner la véracité, l’authenticité et la pertinence d’une information. Armelle Sitchoma, Fact-Checkeuse pour DefinyNow, & StopIntox, est revenu sur les agrégats politiques qui accélèrent ces états de fait, par exemple durant des élections présidentielles (Au Cameroun, l’exemple des faux agents de Transparency International), lors des débats publics au sein des médias, des informations non crédibles parfois amplifiées par certains acteurs liés à la gouvernance publique camerounaise. Deux conseils forts donnés: L’éducation aux médias et la pratique des bons réflexes professionnels, pour amoindrir discours haineux et fausses nouvelles.

Les étapes du Fact-checking

– Identification de l’information à vérifier.

 

– Identification de la source de l’information à vérifier pour s’assurer de sa fiabilité ou non.

 

– Etablissement d’un répertoire des potentielles sources fiables pour les confronter aux données de l’information en cours de vérification

 

– Prise de contact avec les sources jugées fiables selon le domaine de l’information ( journalistes, experts, analystes, témoins, simples internautes.…). Cette prise de contact se fait de plusieurs manières et selon l’urgence. Par mail, messagerie Facebook ou WhatsApp, appels téléphoniques et aussi parfois avec un déplacement sur le terrain.

Que dit le Droit camerounais?

Les fake news du genre, on en compte par centaine chaque jour au Cameroun, au point d’exaspérer les utilisateurs des réseaux sociaux. L’avocate au Barreau du Cameroun, ICT EXPERTE, en cybercriminalité BALBINE MANGA, a rappelé certaines dispositions juridiques en la matière en vigueur au Cameroun: le Code Pénal, La loi de 1990 sur la communication sociale, les deux lois de 2010 l’une sur la cybercriminalité & cybersécurité et l’autre sur les communications électroniques. Elles préconisent ces textes comme des Bibles auprès des Web Journalistes et OSC Camerounaises. La plupart du temps, les fake news partent parfois des personnes qui vivent au Cameroun et sont amplifiés par des lanceurs d’alerte qui vivent au Cameroun ou l’extérieur du pays. Le cas Paul Chouta, lanceur d’alertes camerounais qui a été en prison de 2019 à 2021, sur une affaire de diffamations à l’encontre de l’écrivaine Calixthe Beyala. L’avocate précise, que même si la jurisprudence en matière de preuves numériques n’est pas encore profonde au Cameroun, elle souligne que des plaintes aboutissent dans ce sillage. La loi camerounaise considère que 4 mois après un préjudice subit en ligne qui n’a pas fait objet de plainte, est considéré comme sans valeur ou incidence pour le potentiel plaignant. Les peines encourues au Cameroun, pour diffusion de fausses nouvelles, y compris les partages, sont variées. « Il y a les dispositions de l’article 113 du code pénal qui orientent la conception de la fausse nouvelle. Si l’information révélée par les autorités publiques s’avère tronquée ou fausse, peut-on porter plainte à cette autorité publique ? C’est là que se trouve tout le débat. Les auteurs de fake news encourent 6 mois à 1 an de prison et une amendes pouvant atteindre 1 million de francs CFA, au Cameroun, ou encore 1 à 2 ans de prison et des amendes allant de 200.000 F à 1 million de FCFA (Articles 75 à 78 de celles sur la cybercriminalité) Le Cameroun a aussi créé en 2002, une agence nationale des technologies de l’information et de la communication avec pour mission depuis 2010, la régulation des activités de sécurité électronique.

La loi sur la cyber criminalité/sécurité au Cameroun, en vigueur depuis le 21 décembre 2010, prévoit en son article 78 (1) que : « est puni d’un emprisonnement de six (06) mois à deux (02) ans et d’une amende de 5 000 000 (cinq millions) FCFA ou de l’une de ces peines seulement, celui qui publie ou propage par voie de communications électroniques ou d’un système d’information, une nouvelle sans apporter la preuve de véracité ou justifier qu’il avait de bonnes raisons de croire à la véracité de ladite nouvelle ».« Les peines prévues à l’alinéa 1 ci-dessus sont doublées lorsque l’infraction est commise dans le but de porter atteinte à la paix publique » précise pour sa part, l’alinéa 2 du même texte.

Lire aussi: [Lutte contre les Fake News & Discours de haine] Les Journalistes outillés

En guise de clôture d’atelier, trois groupes de travail ont été formés sur 3 thématiques et s’en est suivi des recommandations de chaque panel, 3 quarts d’heure après la séance interactive de questions-réponses : santé & environnement / Sport & éducation / politique ou économie. Atelier, qui a d’ailleurs connu la supervision d’ASCÈSE CONSEIL, administré par Mireille FOMEKONG, qui a d’ailleurs félicité l’implication des participants, et salué l’engagement de tous les acteurs de la chaîne, dans ses mots-conclusion. 

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Manfred Essome

Rédacteur En Chef du Journal en ligne www.lequatriemepouvoir.com, Critique d'Art Musical et Créateur de contenus camerounais depuis 2010.

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