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[CONCERT] MR LÉO, Le décoiffant griot qui envoûte Yaoundé !

Un an après la sortie de son album « Lion of Africa Jei », le chanteur baroudeur, bourlingueur et producteur camerounais, revient sous un soleil énorme. Un deuxième album imprégné d’Afrique, ce continent qu’il se gardait « au frais » pour se délecter du plaisir de le découvrir en temps voulu musicalement. Un nouveau projet qui tel un carnet de voyage, un journal intime, a su téléporter le public Jeudi 12 Mai 2022 à Yaoundé, à l’occasion de sa tournée nationale. Mon regard critique.

Scène avant la montée des artistes, Jeudi 12 Mai 2022, © Manfred Essome

La voix précieuse d’Yves Le Noir

La première partie dirigée par le guitariste & compositeur camerounais cette semaine à l’IFC célébrait la jeunesse, puisque c’est celui qui permettait au public de faire connaissance avec ce finaliste du prix découvertes MANABOCA en 2021. Tenue en mode présentiel et virtuel, la dernière édition de ce concours l’avait consacré comme un talent prometteur et discipliné. Le chanteur a fait très forte impression durant ces 4 compositions présentées jeudi soir.

il y a eu beaucoup de bien belles choses dans les Tableaux « Sango », « Libagag », « Kundè », et enfin « Mbai yem » notamment de la part de l’artiste, de l’animateur artistique son en back office, mais aussi du chef, impérial dans les dernières minutes de l’œuvre, à la fois sur le plan dramatique et des couleurs (impeccable alliance guitare et tambourin)

Je retiens de son passage les 6 et 7 dernières & premières minutes des Tableaux. Malgré la distraction induite par le public euphorique et sous le choc, j’arrivait à percevoir la profondeur de timbre d’Yves, l’égalité de la voix, la maîtrise du souffle et l’émotion du chant (en dépit, aussi de l’écho bruyant et ronflant ressenti au travers de la technique à la fin)

Sans chercher à induire un débat sur sa voix présentée comme puissante, ou quelques fois, « mezzo-soprano », il est contralto et tenor dans l’âme. Son registre est plus grave, ou du moins très à l’aise dans le grave, sans poitriner, ni sonner creux. Il serait très facile de prétendre péremptoirement que c’est le Belka Tobis de la génération suivante. Mais chaque chanteur est unique, chaque génération est unique. Le répertoire naturel d’Yves Le Noir, dans lequel on aimerait l’entendre, n’en demeure pas moins la rhapsodie pour contralto, les ballades traditionnelles dont il raffole, ou bien un orchestre à la Brahms. Une idée et occasion de programmation à saisir assez vite avant de le voir partir sur des scènes internationales.

 

Inventivité déplacée

Les lumières n’étaient même pas tout à fait revenues dans la salle, sur la dernière note de la performance de l’artiste Yves Le Noir en première partie, que la foule scandait déjà « c’est lui ! Mr Léo ! Mr Léo ! ».

4 minutes plus tard, il se présentait, enfin au public de Yaoundé, après les étapes studieuses, pédagogiques et inédites de Garoua et Ngaoundéré.

Quelques minutes auparavant, l’animateur et Journaliste de la Crtv Éric Christian Nya, plantait le décor, et appelait deux voix féminines sur scène, des fans qui se sont données à cœur joie en interprétant « Kemayo », et « Supporter » en accapela sous l’admiration de l’auditoire.

Jeu élégant, attitude vivante mais présence qu’on n’oublie pas, le compositeur camerounais a sublimé de sa voix puissante et aiguë, la folk bucolique et très rock « Njong » (extrait de son dernier album « Lion of Africa Jeey dévoilé le 24 Septembre 2021) par lequel il a fait son entrée en début de soirée, avant d’enchaîner « Yo » une proposition pop à la Noa Moon ou les débuts en français d’Antoine Wielemans (Girls in Hawaii). L’auditoire lui rendra civilités par des acclamations chaleureusement nourries, pour une entrée totalement électrique ! Le public lui, a été sensible immédiatement sur son avance « Jei Jei » une ballade à la sauce Ismaelo, deuxième projet issu de l’album, dont le vidéogramme officiel avait été dévoilé en avril 2021. Un titre d’ailleurs, qui annonçait déjà le virement à 360° de sa nouvelle perspective de carrière, 4 ans après son premier opus.

La foule était donc gonflée à bloc lorsque Mr Léo s’est pointé sur scène avec ses deux accompagnateurs, criant à en perdre les tympans dès les premières notes de son succès Jeey. Une forte entrée en matière, suivie d’un rythme soutenu et linéaire faisant grouiller le parterre.

Lire aussi: [Analyse] Mr Léo incarne le Messie africain dans son nouveau single « Jéi Jéi »

Retour aux sources

Mr Léo ce n’est pas que de l’extraverti ou de la découverte. C’est aussi un back to basics. Enrobé d’onirisme et de mystère, le prolifique chanteur dresse son texte qui se nourrit de métaphores à travers un « Medley » mais surtout une proposition très inattendue, son classique « E go Betta » sorti le 30 Avril 2015, dont la reprise a été faite sous une tonalité Reggae ! Étonnant, le public adhère sans sourciller, l’assistance lève pour esquisser des pas de danses. Cette passion transpirait une énergie parallèle, notamment à travers l’interprétation langoureuse de ses tubes « On va gérer », et « Partout ». Dispersées autour de quelques notes pianotées de ENOH du bout des doigts, les particules électroniques s’infiltrent sous les mots délicats d’Elisabeth, Alvine et Joy qui étaient aux chœurs.

Avec « Jeey », il prend ensuite la route de la découverte sous des couleurs afrofusion, et s’arrête aux portes de ses mythiques « Je suis désolé » et « On va gérer », qui lui permettront d’ailleurs de conforter sa validation auprès de sa communauté de fans. Ailleurs, l’usage du vocodeur et de l’insertion rythmique me rappellent la récente métamorphose discographique de Mr Léo, sur « Choisir » qui navigue entre la Rumba et les polyphonies traditionnelles de la République Démocratique du Congo.



 

Entre traditions folkloriques séculaires et techniques de production nouvelles, le créateur camerounais lustre du blues, folk, country, Afrobeats à la lueur du R&B et du Njang originaire de la Région du Nord-Ouest Cameroun.

La présence scénique de Mr Léo compense avec un répertoire plein de tonus. En voix hier soir, le musicien chante avec charisme, ondule plus qu’il ne danse, mais chacun de ses gestes est incarné, comme une plume au vent flottant sur les longues notes de basse.

Durant ce concert, Mr Léo et l’équipe De Scène ÉBÈNE choisit un effectif cossu de 9 personnes : Un contrebassiste MICHEL FINGER, le pianiste ENOH, Emma à la Batterie, Bimaï aux percussions, à la Guitare Simplice Kegne, et les trois chanteuses aux chœurs. Un luxe assez équilibré et intelligent, étant donné le rendement sonore de la salle. Il n’oppose pas les autres contingences sur scène. La première voix Alvine, qui d’ailleurs jouait le rôle de danseuse, a toutefois retrouvé ses réflexes vocaux, ainsi que Joy (voix mezzo-soprano/médium), qui n’étaient pas au beau fixe durant les répétitions, et l’équilibriste des balances en milieu d’après-midi.

La démarche musicale est assez vive et bondissante avec un les derniers mouvements (oui Mr Léo a dansé sur scène (rires) allant et léger, mais d’une hâte horlogère, et gracieuse dans « Ji » & « Hosanna » (extraits aussi de son dernier album) le quatro est assez ralenti dans sa mise en surface, mais réussi.

À 21h10 minutes, je trouve dans « Ngarba » durant lequel ASKIA en robe rouge, est montée sur scène pour le featuring, un juste équilibre des corps et voix dont la magie était nécessaire. Il est dommage que la rappeuse ASKIA n’ai pas travaillée une courte mise en scène pour une chanson aussi profonde et engagée comme celle-ci, pour rajouter du miel. Pour la première fois depuis sa sortie, c’était d’ailleurs la first où les deux artistes la reprenaient ensemble en live.

En outre, je jette un rapide coup d’œil dans la salle, aucun artiste local n’est présent ce jeudi pour venir soutenir le « Lion » camerounais en dehors de la chanteuse musicienne 237 de renommée mondiale LORNOAR, qui a fait le déplacement. Ce vendredi 13 mai 2022, pour la deuxième soirée, après des dénonciations faites sur Twitter, Salatiel (son ancien associé sous Alpha Better Records) Wax Dey, & Bruce Beezy, se sont enfin emmenés pour la dernière.

Lire aussi: [Musique] Mr Léo à la conquête des scènes locales!

La fin du concert est tout un symbole, « Time » premier extrait devoilé de son dernier album fut un peu plus relevée, sa relecture Soul et écrémée avec son entêtant motif de piano électrique glissant sous les doigts. Près de 15 chansons et le tour était joué en près de 110 minutes. La passion, l’enthousiasme, l’énergie, l’émotion. Et la gratitude devant la fidélité d’un public qui s’est rué sur le devant de la scène dès les premières notes, pour ne jamais en repartir.

Les quelque centaine fans rassemblés hier soir, eux, n’oublieront pas leur soirée passée auprès de la jeune sensation musicale camerounaise, en quasi-résidence de Tournée pour encore deux autres soirs à Douala affichant déjà complets. Le triomphe qu’ils lui ont fait, dans cette salle appartient à l’histoire ! Soirée avec grandes surprises, mais présentée avec cœur à un public ravi, va sans dire. On lui prédit pareil succès pour ses deux prochains concerts en marge d’une mini-tournée en Europe et aux États-Unis annoncée dans les mois qui viennent. Rdv du 28 au 29 mai 2022 dans la ville qui ne dort jamais : DOUALA.

 

 

 

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Manfred Essome

Rédacteur En Chef du Journal en ligne www.lequatriemepouvoir.com, Critique d'Art Musical et Créateur de contenus camerounais depuis 2010.

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