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[Note D’Écoute] « ZANDJ » de Veeby: De la terre aux étoiles

9 ans après son premier album « The Journey », Veeby de son vrai nom Vanessa Kanga, est de retour avec son dernier projet dont la sortie officielle est prévue le 29 Octobre 2021. Dans une proposition musicale stimulante de l’histoire Bantou et originale, l’artiste confirme tous les espoirs suscités en elle depuis fort. Intelligence vocale, musicalité accomplie, énergie et enthousiasme, forment sans doute les épices principales de ce gourmet qui fait voyager dans le temps, dont j’ai l’honneur aujourd’hui de décrypter. 

Il serait vain de penser que le présent album n’est pas conçu comme une suite d’un récital qui, en 2012, avait révélé au grand public la jeune artiste canadienne d’origine camerounaise Veeby. Mais peu importe, nul ne se plaindra d’entendre les motets chaleureux de l’intro « The Truth » qui nous plongent littéralement dans la diversité par les langues ( du bassa, de l’eton, du duala, entre autres)  des 9 talents y figurants à l’exemple de Carole Tchameni l’animatrice audiovisuelle installée en Côte d’Ivoire, Sadrak, Naneth ou encore Emrical.

Si Veeby est particulièrement convaincante sur la deuxième plage « Story » à la vocalisation mixte, je la  préfère encore dans les pages plus méditatives qui mettent en valeur la rondeur et la chaleur de son timbre sur « Jamal IS Dead ». À l’écoute, ses deux compositions notamment « Story » me fait immédiatement penser à une virtuose oubliée du cercle musical francophone: Danielle EOG. La ponctuation aux choeurs de Rose-Merlie Henry apporte un certain volume, pour cet album qui dispose de pas moins de 8 compositeurs et 2 percussionistes dont Franklin Nkomo.

 

« My prayer » s’accorde idéalement avec les couleurs mordorées de son passé à la James Brown, Manu Dibango, mais surtout avec des tendances à la voix soprano ou puissantes de Mary J. Blige, ou encore la Queen B.  La guitare et les percussions qui accompagnent ce très bel air du Pécheur contrit qui adresse une prière ou une exhortation, lui donnent une couleur à la fois sensible et très oldschool.

« Black » en featuring avec l’artiste canadien d’origine haïtienne Vox SAMBOU, tente de réaffirmer l’identité noire, de se réapproprier sa culture africaine tout en soulignant la dimension universelle de sa musique, bien au-delà de ses origines. Bien plus qu’un cri du cœur, il s’agit d’un cri du sang positif.

 

Veeby a un jeu très précis et est capable d’aller chercher des couleurs intéressantes dans la nuance vocale, notamment dans la Ballade soul. L’unique chose que je trouve moins bien, c’est que son interprétation manque parfois de caractère, notamment dans les passages un peu rapides. Il ne faut pas oublier que Fredy Massamba co-dirige artistiquement cet album dont l’empreinte Afrobeats et non AfroSoul est littéralement omniprésente. « Zandj » est extrêmement coloré et je constate avec surprise, l’implication dans la composition d’un beatmaker camerounais installé à Londres Angélot Elong dit A.N.G sur la piste 11, titre écrit par Owona Jacob Cyrille. Il faut dire que Veeby possède plusieurs casquettes en dehors de l’interprétation, qui donne de la hauteur à son travail d’artiste. Le choix de son plateau technique (tous les musiciens y compris la direction artistique)  laisse transparaître de l’éloquence, la conviction et l’authenticité. 

Bien sûr, la chanteuse a entamé sa fibre engagée, comme en font foi des ballades humanistes, dans « Wele Kuaku » dont je juge être le meilleur titre de cet album! En reggae, la parolière, encore, ne manque pas d’échapper quelques clichés au passage pour sensibiliser les consciences dans « Frères de sang » :  » il n’y a que des hommes qui usent mal des mots ».

L’esthétique Veeby se rapporte d’abord et avant tout à sa musique. Son afrosoul cinématographique et mélancolique, marquée par un timbre rétro, a emprunté des sonorités au jazz, au folk, au hip-hop, au fil des années, au regard des icônes musicales dont elle sert comme références tels Henri Dikonguè ou Sally Nyolo. Les thèmes qu’elle aborde sont transuniversels. En musique, elle se décrit comme une femme à l’écoute de ses émotions et de son environnement, dans « Believe » en featuring avec la haïtienne Rutshelle Guillaume, où l’espérance est magnifiée, ou encore dans « Vivre ».

Ce qui m’intrigue c’est la facilité que possède l’artiste à varier d’un univers à l’autre dans un professionnalisme et confort d’écoute à nul autre pareil. La discipline y est certainement pour quelque chose!

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Ce deuxième album de Veeby en 9 ans amène surtout un côté autobiographique qui semble plus authentique que jamais. C’est peut-être pour cela que les genres se mélangent dans ce disque, parce qu’elle nous raconte des époques et que la musique évolue au fil du récit. La plume de Veeby et des multiples auteurs fera forcément des ravages et lui ouvriront les portes de plusieurs Festivals Internationaux de Musique.

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Cette soul, cette sorte de « gospel », la musique qui permet le plus de se laisser aller à l’émotion, se retrouve donc sur ce nouvel album qui possède une forte connotation historique au travers de « Me ti We »(Je te donne en langue Bassa) et « Africa » écrite par Vanessa Kanga elle même (D’ailleurs la fiche technique jointe fait mention que Veeby est auteur-compositeur sur 7 des 13 titres de l’album, sans oublier la production exécutive où se greffent Fredy Massamba & Mitcheal Madner Henry)  . La soul, le RnB, le jazz, domine, amenés principalement par les percussions, le saxophone de Drey Sax, parfois par la guitare acoustique. Le mellotron dépose la touche magique, tandis que les chœurs et les harmonies portent dans certains titres toute l’émotion rassembleuse que Veeby a voulu insuffler: Il ne s’agit pas d’un simple Album, il s’agit d’un théâtre musical, qui porte en lui les germes de l’Universalité. 

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ZANDJ est le genre de disque qui s’écoute en pièce détachées : on puise ce qu’on veut et on laisse le reste sur le côté. En plus de Wele Kuaku, de loin la chanson la plus sentie du disque, Africa morceau de  bluesé, Black, & My Prayer teintées de soul et de gospel, figurent parmi celles qui sont des chansons mémorables, qui valent le détour, et s’écoutent de préférence devant une coupe de Ruinart ou de bon Cru Rouge accompagnés de Chocolat. Je vous les recommande vivement ! Personnellement, j’attribue une note de 9/10 à cet œuvre dont je trouve les contours et le contenu absolument exceptionnels ! 

Manfred Essome, Critique Musical

 

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Manfred Essome

Rédacteur En Chef du Journal en ligne www.lequatriemepouvoir.com, Critique d'Art Musical et Créateur de contenus camerounais depuis 2010.

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