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[Critique Musicale] Nicaise Teossock: Le grand leurre du Goethe Institute

Il aura fallu attendre 46 minutes et 25 secondes de retard pour voir la chanteuse apparaître enfin sur la scène du Goethe Yaoundé vendredi 22 Octobre 2021. Sans excuses officielles auprès du public, la lauréate du Prix Découvertes Musique voix 2021, nous a proposé un premier plateau d’une durée de 25 minutes ponctué par 3 intermèdes musicaux. Toutefois, au delà du paysage déroulé en début de soirée, j’ai décelé au cours de son spectacle 4 grandes fautes capitales artistiques, dont ma franchise ne saurait se terrer dans le silence.

Parti pour être un moment agréable et fort en émotions, la scène du Goethe s’est littéralement transformé en véritable cauchemar. Un cauchemar pour le savoir faire musical local, mais au delà un cauchemar pour la maîtrise des plateaux live à vendre aux yeux du monde. Par respect pour le 4ème art, je me détache de toute subjectivité et pose une analyse froide sur ce concert qui aura duré 59 minutes et 49 secondes.

1- Proposition musicale non pertinente et détachée

Lorsqu’elle s’avance sur l’estrade, ce sont 4 titres dont un hommage aux papas et celui adressé au jury qui fredonnent en sortie de matière. En anglais, Nicaise chante sans assurance, sans confiance en elle, comme un lutin dépeuplé ou déconnecté de sa planète. L’album « Hope » est sensé dégager une énergie positive et ensorcelante. Dès les premières minutes, j’ai voulu me lever et m’en aller. Pas de ressentiments, pas de chair de poul, pas d’étoiles. J’aurai dit une récitation sur le titre « Dad on my chest ». La chanteuse, malgré la bonne volonté du monde, navigue dans des univers musicaux déliés les uns des autres. De la soul, de la pop, et même un manganbeu trottinant en afrobeats m’ont laissé penser tout au long du spectacle, qu’il n’y avait pas d’objectif clair: Soit de décliner son identité musicale, soit d’en mettre plein les yeux en toute simplicité.

Attitude du public durant le concert de Nicaise Teossock

2- De l’impréparation dans le spectacle

Lors des concerts, il y’a des codes. De l’entrée des musiciens aux prises, il n’y avait pas de cohérence. Tout le long des deux parties qui ont émaillé le concert, Nicaise n’a pas occupé l’espace scénique comme une guerrière, mais plutôt comme une résignée. Figée dans le temps, les mouvements de son corps et le langage vocal ne parvenait pas à émouvoir ou conquérir le public, qui à 85% est resté amorphe, sans conviction. J’ai vu quelques personnes bouger au premier rang, sans engagement profond, rythmé certainement par une vibe passagère qui ne vous permet pas de retenir une parole, ou une phrase fétiche de son catalogue. Cela est dangereux.

Je conseille à l’équipe Nicaise Teossock ceci: ne passez pas aux autres étapes trop vite. Si vous souhaitez avoir une carrière durable et cohérente, vous devez commencer par produire une musique de qualité pro. « Goodbye » qui est une chanson mélancolique en hommage à une femme qui perdra son enfant, n’a pas sucité l’émotion escompté.

Cela signifie que Nicaise doit perfectionner son art, mieux composer, répéter, écrire sans cesse, jusqu’à obtenir un résultat à la hauteur de ce que l’on peut attendre d’un musicien professionnel (maîtrise, répertoire, et la présence scénique qui l’a cruellement manqué, etc.).

En effet, l’artiste peut faire toutes les autres étapes avec perfection( durant les auditions avec le jury du Goethe) , si la musique n’est pas bonne, ses résultats seront du même niveau. Bien entendu il s’agit de quelque chose de totalement subjectif, c’est pourquoi elle devrait demander en toute humilité et sincérité un maximum du feedback autour de son travail ainsi qu’à des fans potentiels.

En outre, de manière sincère, les musiciens ont été à la hauteur de leurs attentes contrairement à l’artiste. Jean Zibi au piano, Petit Jean Abanda aux percussions, Ben Bossambo à la guitare bass (Laboratoire Musical de Bastos) entre autres. Les choeuristes étaient littéralement inaudibles, transparents tout au long de la soirée. Linda Teossock et Cyrille Teossock son frère, qui lui a essayé de mettre un grain d’or dans la foule à travers une prestation Gospel lors des intermèdes. Celle qui a capté mon attention durant ce concert c’est Manuella Keumo avec sa guitare 🎸 sur le titre « Pour toi ».

Manuella Keumo en intermède

3- Abscence de déclinaison d’image de marque

Parallèlement à la première étape, Nicaise doit chercher à investir d’entrée de jeu dans le branding, un domaine que les musiciens négligent trop souvent en début de carrière. Cela signifie très concrètement que dès le début de sa carrière, elle doit songer à investir dans la réalisation d’un logo pro, de clips vidéo ou encore dans un shoot photo, dans le but de commencer à donner de la cohérence visuelle à votre projet, notamment pour sa présence en ligne.

4- Pas de cible, navigation à vue

Faites-vous de la musique pour tout le monde ? Sûrement pas. Ainsi, Nicaise doit pouvoir définir à quoi ressemble votre audience idéale. Middle ou Grand Public. Ça je n’ai pas la réponse.

En sachant à qui vous vous adressez team Teossock, vous pourrez décider facilement sur quels réseaux sociaux vous devriez être présent, quels professionnels de l’information musicale vous devriez chercher à contacter, quelles sont les tactiques marketing qui marchent le mieux, et bien plus encore. Capter l’attention de votre audience idéale, c’est bien, mais ce n’est pas tout. Vous ne pouvez pas vous contenter que de cela. Vous ne pouvez pas vous contenter de la simple consommation de votre contenu par un fan potentiel: c’est l’une des grosses erreurs faites.

 

Quand on y pense, même un simple engagement (like, commentaire, réaction, partage) n’est pas suffisant pour contribuer à pérenniser votre carrière musicale. En somme, il va falloir désormais réfléchir à l’acquisition de ces fans. Pour cela, la meilleure manière consiste à demander aux fans les plus intéressés de vous donner leur adresse email en échange de contenu exclusif, par exemple un ou plusieurs titres issus de votre EP. ( C’est un exemple)

 

 

 

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Manfred Essome

Rédacteur En Chef du Journal en ligne www.lequatriemepouvoir.com, Critique d'Art Musical et Créateur de contenus camerounais depuis 2010.

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