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[Musée National] La mémoire et le patrimoine culturel en partage

Ces sujets ont été éludés lors de la conférence mensuelle du Musée National organisée le 25 Août 2021. Le Talk modéré par Hugues Heumen, Directeur du Musée National & Etta Ojang (DGA) a vu la participation de Fabiola Ecot Ayissi du Centre International pour le Patrimoine Culturel et Artistique (CIPCA), Le Fon de Babungo (Nord-Ouest), et enfin le Dr Nicolas Manga, musicien & producteur de contenus de divertissement. 

De l’importance des langues locales 

Le Cameroun se caractérise par deux langues officielles: le français ,très clairement parlé par la majorité des Camerounais, et l’anglais, langue officielle des provinces du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Dr Nicolas Manga

Ce bilinguisme est un avantage non négligeable dont disposent les Camerounais. On retrouve des Camerounais de la diaspora aussi bien en France, en Suisse et en Belgique que dans des pays anglophones : la Grande-Bretagne, le Canada et les Etats-Unis. Au delà de ces langues officielles le Cameroun est l’un des pays où l’on retrouve le plus de dialectes. Le Cameroun dispose d’environ 200 langues, souvent transmises oralement ce qui ne leur donne pas, pour certaines, une aura suffisante pour se développer,voire même pour survivre.

 

Avec l’arrivée des évangélistes, certains dialectes vont bénéficier de transcriptions. Ainsi les missionnaires vont apporter bible et d’autres saintes écritures dans la langue localement utilisée. Bien que ces religions se soient substituées ou ajoutées aux religions traditionnelles (animisme), elles ont eu l’avantage d’alphabétiser les populations et surtout de consolider la transmission et donc la survie des dialectes. On pourrait aller jusqu’à dire, en relativisant, que certaines langues vernaculaires sont devenues véhiculaires.

En fait, il est reconnu que la langue est un vecteur culturel indéniable. C’est à travers elle que l’on peut bien s’intégrer dans sa culture et la sauvegarder. Des mesures ont été prises depuis la loi de l’orientation scolaire de 1998 qui introduisait l’enseignement des langues et cultures nationales dans les programmes. Une idée partagée par Nicolas Manga, Producteur des contenus de divertissement et coordonnateur du pôle arts multimédia.

Une tradition millénaire chez les Babungo (Nord-Ouest) 

Sa Majesté Fon Ndofoa Zofoa 3 de Babungo est revenu en anecdotes sur la vie princière/royale à travers la polygamie toujours pratiquée et les trésors que recèle le Musée.

Le musée présente un échantillon de 3000 objets importants et significatifs du riche patrimoine culturel et artistique de Babungo, anciennement le centre le plus important pour la ferronnerie au Cameroun. Le trésor des talentueux rois-sculpteurs de Babungo, avec des milliers de pièces, reste encore le plus impressionnant de tout le Grassland. Les objets d’art de Babungo expriment sans doute tous les aspects de la vie sociale et le patrimoine artistique comprend des oeuvres de différentes collections dans tout le royaume, mais près des trois-quarts des pièces importantes étaient conservés dans la résidence royale.

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Les chefferies traditionnelles des Grassfields constituent une série de complexes architecturaux de pouvoir, concernant une centaine de communautés établies sur les hauts plateaux des régions de l’Ouest et du Nord-Ouest du Cameroun depuis au moins quatre siècles. Chaque site s’étale sur une superficie de plusieurs d’hectares et comprend plusieurs institutions politiques et sociologiques parmi lesquelles la Grande Case. Cette appellation désigne une bâtisse dont le nom local varie dans les différentes chefferies (mbodyè à Bandjoun, Vhondieu à Batoufam, ntcheung à Bapa, nda ntchong à Bafoussam, menemou à Baham, Ndah Nemoh à Baleng, Lachum a Bafut, Njiaouh à Mankon, Ifueng à Babungo, Ndoilah à Kom, Lav wong chez les Nso). Ce bâtiment est une sorte de palais-temple sacré ou de maison du peuple ayant plusieurs fonctions qui varient selon les chefferies. Ainsi il peut être un lieu de réunions du chef et son assemblée de notables, ou encore un lieu de rites et de sacrifices et parfois de sépulture du chef.

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Entre richesse orale et patrimoine immatériel : l’exemple des Baka à l’Est-Cameroun (Exposé de Fabiola Ecot Ayissi)

Les Baka étaient un groupe de chasseurs-cueilleurs, nomades, vivant dans des campements forestiers. Ils vivaient principalement de la chasse, de la cueillette et de la pêche et leur mobilité dépendait de la disponibilité des ressources naturelles sur leur territoire ainsi que des travaux agricoles de leurs voisins sédentaires appartenant au groupe linguistique Bantou. Les Baka et les Bantou sont en relation depuis des générations, avec des liens de famille symboliques. Les Baka échangeaient des produits de la forêt contre des produits agricoles et fournissaient aux Bantou une main-d’œuvre agricole d’autant plus importante lors des périodes d’ouverture de parcelles et de récolte des légumes et fruits des champs.

Fabiola Ecot Ayissi
Fabiola Ecot Ayissi (CIPCA)

Les sociétés africaines utilisent majoritairement l’oralité pour transmettre leurs savoirs et leurs savoir-faire aux générations suivantes. S’il est vrai que la question de la transmission orale en Afrique est abordée dans plusieurs domaines de recherche (archéologie, sociologie, linguistique), elle demeure une préoccupation majeure en anthropologie, surtout lorsqu’on l’évoque chez les chasseurs-cueilleurs, peuple vulnérable dépendant écologiquement de son environnement.

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Le patrimoine culturel au Cameroun est encore aujourd’hui constitué à 85 %, de ce que les ethno­logues appellent «  une collection dont le but est de faire connaître et comprendre la société, la nature, l’histoire et la culture d’une unité de population définie par une identité linguistique et anthropologique exprimée dans une communauté de traits matériels et spirituels   » Autrement dit, cette culture vivante continue de produire les supports entretenant sa vitalité. Les œuvres créées sont pour l’essentiel le reflet de cette vie structurée de manière séculaire (organisation sociale, religieuse, us et coutumes…), mettant ainsi les artistes au service de la société qui elle-même se réapproprie l’objet créé pour le transformer en patrimoine communautaire.

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