CULTURE

[Littérature] Le Cameroun se raconte « Sous les cieux de notre mère-patrie »

« Certains internautes m’ont tué, au moyen de leur clavier. Désireux de donner la primeur de l’information, chacune d’elle qui leur parvient, les met sous le feu de l’action » extrait du poème nommé « Fake News » en page 48. Une situation qui illustre bien le comportement d’une génération hyperconnectée, transgressant les codes habituels. Franck Kemajou Ndjeunkoue par ce recueil de 33 poèmes répartis sur 6 modules, porte un regard transversal sur nos réalités, tout en étant un miroir de son parcours. Entre lâcheté, amertume, amour et prise de conscience, cet ouvrage est un véritable gardien des mémoires.

 

L’ouvrage démarre par un hommage à toutes les mamans « Pour toi Maman », et s’écoule par une prise de conscience suite à un premier échec scolaire, dont de nombreux enfants sont souvent sujets. « Tout seul au milieu de ma vie, mes projets sont dépourvus d’envies. La classe sociale familiale, m’éloigne de mon idéal » dit-il dans le poème « Mon après BAC ». Il salué par la même occasion la mémoire d’une des grandes figures américaines noires se battant contre le racisme: Rosa Parks.

 

« J’ai vu les doigts de mes sœurs ressembler à du plantain brasillé »

 

L’auteur fait aussi mention de la dépigmentation, très en vogue au Cameroun, encore appelée « djansang ». Un phénomène récurrent dont l’auteur souhaite sensibiliser hommes comme femmes. Entre injustices sociales dans nos hôpitaux et certains services de sûreté nationale pour l’établissement de Cartes Nationales d’identité, des thèmes actuels sont aussi abordés dans ce sens. Les horreurs de Boko-Haram, les affres de la crise dans les régions du Nord-ouest et Sud-Ouest ne sont pas en reste, entre douleurs et pensées d’espoirs.

 

Dans un style simple et très pertinent, les souvenirs sont jetés en pâture, entre la catastrophe d’Eseka survenu le 21 Octobre 2016 qui a dénombré des centaines de morts et de blessés, l’orage est exhumé. La tragédie des « enfants de la rue » que nous voyons tous les jours dans de nombreuses villes vise à briser la glace pour restaurer l’humanité des hommes face à une telle ampleur. « En plein sommeil la mort nous a arrachées à la vie, nous aurions voulu nous réveiller, mais cet éboulement était endiablé » en page 45, les images sombres de l’épisode mortuaire de Gouache ( Région de l’Ouest-Cameroun) survenu en Octobre 2019.

 

Entre corruption, immigration clandestine, des plaidoyers sont faits pour que ces fléaux du quotidien soient brisés, puissent disparaître comme des lointains souvenirs. « Le Peuple tourne le dos à son choix, le peuple manifeste son désarroi, le peuple en a assez d’être une proie, le peuple veut régner en roi » en page 72, manifeste si bien la dialectique des réalités politiques africaines notamment au Cameroun. Toutefois, des mesures d’apaisement sont aussi posées par une lettre à l’Handicapé, aux enseignants, en plaidant pour un retour à la paix et à la confraternité. Un magnifique ouvrage de 91 pages paru aux Éditions de Midi que je vous recommande vivement pour votre bibliothèque.

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Un commentaire

  1. Du plus profond de mon cœur, je vous adresse mes plus sincères remerciements…

    Merci pour cette magnifique note de lecture,
    Pour cet honneur que vous faite.

    Cordialement.

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