CULTURELIFE STYLE

[Critique Musicale] Nicole Obélé, la pilote automatique de l’Ekangazik

L’ancienne Membre du Ballet BANTOU s’est connectée au public de Yaoundé, via un concert à guichets fermés vendredi 24 Septembre 2021 au Laboratoire Musical de Bastos. L’artiste qui prépare actuellement un album, a dévoilé en douceurs et turbulences de plaisir, sa fleur musicale durant 1h et 33 minutes enrobée au rock et polyphonies patrimoniales.

Pieds nus à la Yannick Noah, c’est une Nicole Obélé renouant quasiment avec le miracle de la Symphonie héroïque  lors de son concert inédit à Yaoundé, que nous avons eu l’intense émotion de redécouvrir cette semaine à la Maison musicale de Bastos. Démarré à 20h, l’exercice a été pour le moins captivant et étrange de sonorités comme jamais je n’avais eu l’occasion d’en écouter.

Symphonie délicate et énigmatique entre toutes, la première interprétation est celle de la reine africaine Coco Ateba sur l’un de ses titres éponyme: « Mimi ». Ce titre est souvent présenté comme la « Pastorale » de son répertoire musical, dénomination simplicite pour le moins pertinente. Accompagnée par ses 4 musiciens dont Joli Mandengue à la guitare bass, Haoussa Haoussa à la Batterie et percussions, Tako Dimar aux claviers, et Stéphane Kegne à la Guitare électro-acoustique, c’est une emprise extrêmement rock à la Avril Lavigne que j’ai écouté ce soir.

Passion et exploration

Je n’ai pas eu l’impression tout au long du live, que la démarche de Nicole Obélé était au feeling. Mais v l’impression que donne son interprétation hier vendredi me laisse penser qu’il s’agit d’une artiste, qui ne lâche jamais rien.

L’exploration de la discographie vespérale (près d’une dizaine) permet de se rendre compte que plusieurs visions et chefs peuvent convaincre : le pugnace sur « Ka mè » en langue bassa qui signifie « Dis Moi », le chantant sur « Esa Moane »(l’enfant d’autrui en français) le solaire sur « Za » qui veut dire viens en langue Éton. La désespérée, l’humaine, le titanesque ou l’idyllique se sont retrouvés dans son répertoire. J’ai aimé également cette addition de richesse musicale locale qu’elle a transposée, notamment le groupe légendaire camerounais MACASE, Sanzy Viany entre autres.

Toutefois, tous ont une totale cohérence interne, un équilibre très difficile à atteindre et qui fait défaut à au moins 80 % des interprétations venant d’autres artistes. Nicole Obélé précise à notre micro: « Le genre musical que je fais, je l’appelle affectueusement l’Ekangazik ».

Il n’a fallu que quelques secondes, dans l’introduction orchestrale de ce concert, pour que s’impose la différence entre une prestation routinière de bon aloi, et une action musicale destinée à marquer les esprits et à constituer un événement marquant pour le public.

Écoute nouvelle

Entendre les 4 musiciens empoignés ce cycle d’accords comme des concertos d’emblée avec une telle énergie, ainsi qu’un tel soin porté à l’articulation, aux temps forts des phrases et à l’élégance de leur extinction stimulait immédiatement l’attention. Celle-ci fut très soutenue de la part des spectateurs tout au long des deux concerts sur son titre « Kunde Nin »(Liberté/ Je m’excuse déjà si j’ai écorché en attendant un amendement) où applaudissements rimaient avec danse et défis de reins à l’africaine.

La dimension la plus originale de la proposition artistique était la présentation des cadences phonographique sur « Les mystères de la vie » avec un doigté de Stéphane & Joli à la Zanzibar des Têtes Brûlées.

Le petit point faible est le temps de pause pris lors du premier quart de 21H (les quatre derniers mouvements) où j’ai eu l’impression que sa voix glacée était fatiguée, peut être à cause du stress, et de l’accent en aiguës mais pour le moins ressenti. Pas seulement en raison de quelques décalages absents du  premier temps de soirée, mais aussi, sur le plan conceptuel, parce que dans le 2e volet on ne comprend pas pourquoi l’orchestre s’assagit tout d’un coup. C’est en fait parce que les guitares prennent le pouvoir, musicalement. Mais Nicole Obélé est resté pendant 75 secondes trop feutré pour souligner l’acquisition de cette hégémonie.

 

Ce que j’ai aimé 

Son jeu avec le public, sa spontanéité, son sourire, le placement des contrebasses au centre droit de l’orchestre était une idée majeure en termes de consolidation de la carrure sonore. Il y eut quelques petits excès à la guitare électro acoustique, dans les deux premiers exercices (peut-être que le froid et la présence du public portaient mieux ces sons, rires), donnant un côté parfois martial aux interventions orchestrales, mais très vite corrigé en raison de l’utilisation des percussions.

Ce mélange de la Soul, du Bikutsi, du Makounè quelque fois, du Jazz donnaient une couleur litterale extraordinaire à sa représentation musicale. Le nouvel album de Nicole Obélé, je l’attends avec beaucoup d’impatience.

Lire aussi: [CONCERT] Danielle Makedah Eog: 7 ans après, la renaissance d’une bohémienne !

Lire aussi: [Culture] Rentrée riche en couleurs pour le Laboratoire Musical de Bastos

Afficher plus

Manfred Essome

Rédacteur En Chef du Journal en ligne www.lequatriemepouvoir.com, Critique d'Art Musical et Créateur de contenus camerounais depuis 2010.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page

Adblock détecté

Un ADLOCK de publicité à été détecté sur votre navigateur veuillez le désactiver pour pouvoir mieux bénéficier et soutenir notre projet merci d'avance
error: Alert: Tu copie ce contenu que c'est pour toi? !!