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[Note d’Écoute] Tenor: Quand la « Terre Mère » se transforme en psychiatre

Trois ans après « Nnom NGUI », le rappeur camerounais refait surface avec « Terre Mère » un nouvel EP de 7 titres. Bien que sorti dans un contexte conflictuel avec son label, le disque lui, fait un étrange « Back To Basics » musical, avec à la clé une seule collaboration: Cysoul. Si le virage à 360° est rapidement perceptible pour un projet en autoproduction (Ebanflang En Pire), il veut sans doute être en starting-blocks & reconnaissance vis à vis de certaines rythmiques patrimoniales camerounaises.

Gloire au Chant

À l’écoute de ce projet de 7 titres, je remarque que Ténor rappe moins et chante plus. Cela peut s’expliquer pour deux raisons: sa prise de risque artistique et enfin les registres adoptés. L’EP en quatrième piste avec une collaboration « Salazar » avec le jeune chanteur Cysoul (auteur d’Illusions son premier EP sous Universal), avec à la clé du Bikutsi. Il laisse les mains libres à Cysoul durant toute la chanson pour ne poser que sur 56 secondes. Sur « Za’a »(qui veut dire « viens ») il égraine quelque peu son initiative avec ce tic d’appui sonore « R » sur ses musiques. Moins offensifs, moins dubitatifs, il a plutôt l’air d’un « démon exorcisé », j’ai eu du mal à la reconnaître sous cette posture. Sur ses 7 chansons, le ratio est proprement fait: 80% de chant, 20% de rap pur.

 

« Certains n’ont pas quand même le choix, la liberté c’est pas la loi, croire aux biens matériels c’est finir en maître nageur qui se noie »

 

Retour aux sources

S’il a une chose qui attire mon attention, c’est le fait que Tenor soit tombé amoureux de nos succès dantants. Le titre « Za’a » est un savoir mélange de Donny Elwood en 1996 sur « AkaoManga » pour une subtilité musicale pleine de percussions traditionnelles. Du Makossa dans « Faut Jamais », qui sample simplement Ben Decca « BonéBela » extrait de l’album « Mboa Su » de la légende camerounaise dont une grande partie de sa discographie a été rééditée par UMA. L’une des plus grandes vocalistes de l’histoire musicale locale Bébé Manga n’a pas échappé à l’oeil de Tenor. Son morceau « Diya kamba » repris sur « Oublions le passé » avec quelques crocs améliorés.

De sa technique et des productions

« Je vais te chanter les sons de Locko sauf que moi je vais pas te Let go »

Tenor, utilise de façon simpliste les samples de morceaux populaires qui donnent plus l’impression d’avoir affaire à des covers plus qu’à de réelles réinterprétations de tubes ; ceci est d’ailleurs flagrant dans « Do For Love » de Tupac, qui originellement a été composée par 5 personnes au total dont Keneth Karlin, Bobby Caldwell entre autres.

J’ai l’impression que Tenor n’écrit pas comme un philosophe qui se raconte, mais plutôt, comme un enfant qui s’amuse avec les compositions & lyrics. Peut-être es ce là secret de sa tentative de renaissance. Si un passage à vide a été constaté entre 2019 & 2020, « J’ai besoin de sourire » est le rare titre de Tenor qui lui a permis d’avoir la tête hors de l’eau, et très loin des clichés « coupé-décalés » dans lequel il baignait depuis le décès de DJ Arafat, l’une de ses idoles. Ramsy et Bozeur Ekie ont certainement participé naturellement à cet EP lorsque j’écoute les titres « Salazar » ou encore « Za’a ».

Niveau Flow et technique, rien de nouveau au soleil. On connaît sa couleur par cœur, son intonation et le timbre immanquable de sa voix avec l’accent ewondo. Certes il a essayé, dans certains “Back Voices”, de jouer avec sa voix, mais il a eu un péché mignon sur l’autotunes, heureusement très amoindrit contrairement à son EP « Nnom NGUI ». Je n’ai pas encore la fiche technique de ce nouveau bijou de Tenor, mais il ne serait pas étonnant de retrouver Ramzy, Ekie, Tamsir, Rémi, à la production et mastering, sans doute Anthony, ou Arlette Nna, Carah aux chœurs sur « Salazar » en marge de Cysoul, interprète et co-auteur certainement (En attente des détails techniques).

Et si l’on regardait au microscope?

L’étoffe de la production est d’une assez bonne qualité, et le mix de flow rapide et lent, la punchline à l’aise, on le sent en plein dans son délire.

1-Salazar: Il est sans doute le meilleur titre de cet EP, bien arrangé avec des choeurs qui viennent au bon moment, et des grincements instrumentaux qui laissent aux deux artistes leur liberté de potentiel.

2-Za’a: Mixé dans le même registre, pas très loin d' »Imparfait », il obéit aux exigences caniculaires de l’artiste qui nage ici entre polyphonies traditionnelles et la pop durant une dizaine de secondes.

3-Faut jamais: Je crois qu’ici le son a été mal samplé, il ne permet pas un bon confort d’écoute. Il aurait pu d’ailleurs le poser en accoustique pour avoir un rendu naturel et plus cinglant. L’autotune ici vient gâcher les choses. Bref je le déconseille d’écouter en écouteurs ou en casque, abandonnez.

4-Do For Love: Rien à ajouter. Une pose en proses, Tenor revient en galop en additionnant les techniques « Up down » sans nécessairement de l' »egotrip ». Ekie Bozeur a réalisé sa magie d’accoutumée.

5-Béni: J’ai d’abord cru qu’il s’agissait de DJ Kerozen pendant 15 secondes, avant de vite m’en remettre dès sa voix profonde et basse sur une production gospel qui me rappelle Salatiel & Indira Baboke. Du chant, et rien que du chant. ( On y reviendra même s’il y met la sauce hip pop avec un saxophone ? soprano qui lui donne un aspect très spirituel)

6-Oublions le passé: Sampler Bébé Manga et ensuite être accompagné aux choeurs pour une mayonnaise assez étrange dont je n’ai pas réussi à expliquer le déploiement. Mais il semble que l’amour ai été un bon motivateur (Ne suivez pas mon regard)

7-Profiter: Le saxophone revient ici pour un piment à la rumba, de l’afropop à la Fally Ipupa et Hiro. J’aurai même eu l’impression qu’il s’agissait du duo Fally Ipupa ft Dadju « Un coup » extrait de l’album « Tookos2 ». La présence d’un texte en lingala renforce cette phonographie qui se rapproche des musiques dites « actuelles » qui tirent pourtant leur essence du savoir faire dantants 1970 des deux Congos (RDC et Congo Brazzaville).

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