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[Note d’Écoute] Mink’s met la société « sans caleçon » dans son nouvel album « Urban Bantou »

Sorti le 18 juin 2021, le troisième album « Urban Bantou » du rappeur camerounais Mink’s, vient mettre fin à une « transition » de cinq ans. Le nouveau projet du rappeur sonne le glas après « Tranches 2 vie »,  mais ne s’écarte pas totalement de sa philosophie musicale: celle de peindre en paroles de façon « terre à terre » nos réalités.

La pochette & les annonces

Dès la prise en main de l’album, je remarque une représentation de l’artiste(un dessin), avec une prédominance de 2 couleurs: orange et marron. Si le design périphérique n’est pas parlant, les couleurs par contre oui. De nos jours, la couleur marron évoque le retour aux choses simples, brutes et naturelles. Rappelant la terre, le végétal et l’animal, la tradition et aussi le chocolat, le marron est pour certains doux et protecteur, aussi rassurant qu’une maman. Couleur chaude s’il en est, elle est reconnue pour être à la fois stimulante et provocante même si elle signe d’abondance. Ce n’est donc pas un hasard si elle est devenue la couleur des Epicuriens : l’orangé éveille les sens, suscite la bonne humeur, il réveille le corps… avec lui, place aux sensations fortes! Ces deux couleurs se retrouvent dans les visuels annonces que sur la pochette officielle. Pas moins de 15 titres constituent ce cocktail, avec un ratio de +5 contrairement au dernier album.

« Urban Bantou » non avant gardiste

L’appellation « bantou » désigne les locuteurs d’un vaste groupe linguistique qui couvre la plus grande partie de l’Afrique centrale et australe. Il est composé d’environ quatre cent cinquante langues apparentées. Il désigne aussi des arts de vivre propre à l’Afrique. Le terme « Urban »/urbain y ajouté signifie que le « bantou » a évolué, a muté, et s’est approprié les nouvelles perceptions de la vie quotidienne. Toutefois, il prête aussi à confusion, parce que l’on soit du milieu urbain ou rural, ces cultures noires se retrouvent partout, et y mettre « urbain » dans cette description (même au plan musical) ne sied plus si l’on en juge les subtilités. En d’autres termes, le titre de l’album veut à la fois tout dire, mais ne rien dire.

Le casting à la hauteur?

Trois artistes figurent sur cet album: X Maleya, Magasco et Blaise B. Le choix est opéré pour des besoins d’atemporalité et marketing pour les deux derniers. Le groupe X Maleya qui traine son dernier projet-hommage « Retour aux sources » s’inscrit dans une perspective durable au regard de leur ancienne collaboration « Mon goût » sorti en avril 2018, extrait de l’album « Cardio » du boysband camerounais. Blaise B lui, songwritter et interprète, qui ajoute à son arc la production se retrouve sur le titre « Ayo ». De ses talents prolifiques et son amour démesuré pour des expériences tout risques, Magasco se retrouve dans un registre très connu: afropop sur « Loi du D’abord ». On se serait attendu à voir une casting quelque peu plus relevé avec des artistes outre-atlantique par exemple.

Qu’a t’il voulu véhiculé?

À mon humble avis, Mink’s ne s’est pas détaché de ses « anciens démons ». Si l’on se fit à « Mimbayeur »(ft Blanche Bailly), « Sponsor » ft Salatiel ou encore « Le gars là est laid », le crooner camerounais a résumé son album en une phrase: une société malade. Malade de ses valeurs, malade de ses repères, tout en dessinant un certain diagnostic. Il emploi tout le long de son projet un langage simple, non codé, audible pour toutes les cibles. Même s’il tombe dans les travers de Maalhox sur son titre « Ne met pas les organes », il fait fi de l’amitié (Mon ami), de l’amour (Ayo, Mi Amor, Konyko,), de la drague(Je te calcule, sans dame), des dangers de la sorcellerie et gain facile(Caller au cou), de la prostitution (Paye ma chose), des bienfaits du travail (Rien, Vas travailler) entre autres.

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Ce que je trouve également intriguant c’est cet intérêt pour le mbolè sur le titre « Ça te prend souvent ». Question de tendance, suivisme ou construction? Une question qui trouve peut être réponse sur la tiraille. « Paye Ma chose » en marge, met en valeur le benskin, ce rythme populaire de la région de l’Ouest, instruit dans le circuit international par des pionniers comme André Marie Talla.

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Lorsque j’écoute Mink’s, il me fait penser au rap camerounais à la fin des années 80 et 90 avec des crews comme UMAR CVM, avec des chorégraphies sur les « beat » américains de Run DMC ou Public Ennemy notamment. Aujourd’hui, il réunit les différentes tendances du mouvement international : ragga, style français, style américain, oldschool, underground (ceux qui ont des textes très crus et restent purs envers eux-mêmes). MiNk’s parle de façon crue, des situations du quotidien, moins philosophique et technique que Boudor, Krotal, mais très offensif à la Sojip ou 20 Cent (rappeuse camerounaise installée en France). Je serai curieux de voir quelle sera la stratégie de consommation de cet album tout le reste de l’année 2021, bien au delà de l’agressivité communication(positive) qui a été constatée autour de la sortie de l’album. On dirait que les leçons du label deal d’Ach4Life et Empire Company(MD Pit Baccardi) entre 2015 et 2017 ont été apprises par le promoteur du label Achille Djoumsie d’AFL. Cet album sonne t’il le retour d’un « Pharaon » dépaysé?

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