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[Littérature] Un autre regard sur la vieillesse dans « L’herbe de Pa’a ESSOMBA »

Dans ce bel ouvrage d’Éric Théophile Tchoumkeu, aux Éditions de Midi, la vieillesse et ce qu’elle représente se structurent dans une relation dialectique entre l’individu et le social notamment en Afrique où sont présentes des idées préconçues. Afin de démystifier cela, l’auteur nous conte une histoire dans un grand village au Cameroun.

 

Arsène, un jeune enfant est pratiquement avec ses parents le seul lien qui relie un vieux du village à la vie communautaire. La plupart des villageois lui ayant tourné le dos, avec des accusations de sorcellerie qui lui sont collées à la peau. Les parents d’Arsène vont rester bienveillants envers ce monsieur du troisième âge en lui apportant régulièrement de quoi se nourrir. Une marque d’attention, d’amour et de dignité envers les personnes âgées. L’auteur nous emporte dans ces magnifiques illustrations faites par Dieudonné Mbassi Yana, pour que la conscience collective puisse se démarquer de ses considérations négatives.

 

Notre société repousse les vieux et les condamne à la solitude et au désespoir. Le vieillard est considéré comme un autre, et non un semblable, et l’on comprendra les mots de Simone de Beauvoir (dans son livre Pellissier, 2003, pp. 9-10) : « leur malheureux sort dénonce l’échec de toute notre civilisation » organisant ainsi ce qu’elle nomme l’« atomisation de la société ». Les personnes âgées se voient soumises par notre société à une triple forme de rejet : « la condamnation à vivre dans un statut qui dépossède l’individu de ses caractéristiques propres pour les remplacer par des stéréotypes » ; le fait de « reléguer matériellement le vieux pour pouvoir plus aisément l’oublier et oublier ce qu’il représente à nos yeux » ; et, enfin, « en la présence même du vieux, ne pas reconnaître cette expérience de la vieillesse qu’il est en train de vivre » . Dans cet ouvrage de 24 pages, le village devra revoir « sa copie » lorsque les habitants seront frappés d’une terrible et mystérieuse maladie, dont seul Pa’a Essomba en détient le secret. Ce magnifique ouvrage pour enfants demeure disponible aux Éditions de Midi.

L’urgence de considérer les personnes âgées 

Il est étonnant de se heurter à l’extrême simplification des variables individuelles quant à la notion de vieillesse. Les stéréotypes conduisent à l’âgisme : les individus véhiculent des stéréotypes négatifs sur la personne âgée, mais adoptent également des réactions hostiles à l’égard de celle-ci et de la vieillesse. Le présupposé quant au vieillissement suppose le déficit et l’incurabilité de la personne âgée, et forme un stéréotype à visée régressive où la vie de la personne vieillissante est vue comme une détérioration continuelle. On reprendra les mots du fils d’une personne âgée, décontenancé par le fait que sa mère ne puisse se souvenir d’où elle a posé sa canne : « De toute façon, on n’y peut rien, elle est vieille, elle perd sa mémoire, et bientôt c’est moi qu’elle va oublier. »

 

La représentation du vieillard relève principalement de la privation des moyens de maîtrise sur l’environnement, il se voit abandonné par la vie, mais également socialement, il suppose des dégradations physiques (fragilité physique, mauvaise santé, diminution des capacités intellectuelles et de la libido, incapacité d’apprendre de nouveaux éléments), et réactive chez l’individu l’angoisse face à sa propre mort.

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