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[Littérature] La magnifique déclaration d’amour de Rick Assyla à son pays

« L’amour d’un pays est une chose magnifique ; mais pourquoi l’amour devrait-il s’arrêter à une frontière ? » disait Pablo Casals. Rick Assila s’est plié à l’exercice dans son tout premier ouvrage « À la Mère Patrie ». Ce recueil de poèmes, représente une oraison de reconnaissance au Cameroun, mais aussi de remises en questions concernant le continent africain. Entre la force d’une jeunesse ambitieuse, l’exorcisme de nos fléaux nationaux et un plaidoyer général, l’auteur nous téléporte dans son univers.

 

L’image de la première de couverture donne le ton à l’ouvrage. On y voit distinctement un Cameroun sur fond blanc, avec une mère et son fils dans ses bras, comme pour témoigner de l’éternel attachement d’un citoyen à son pays. Une allusion naturelle orchestrée qui nous plonge dans les méandres de notre pays. « J’aime mon pays, il est d’ailleurs très beau, mon pays c’est le vert rouge jaune étoile dorée, aucun pays ne l’a encore arboré »  c’est d’ailleurs par là que Rick ouvre sa boîte de Pandore. Avec un décrochage suivi de multiples métonymies, de métaphores, d’anaphores, l’écrivain rédige en effet une lettre d’amour à sa terre natale: Le Cameroun. Apprécie à sa juste valeur la jeunesse et lui donne de la vigueur à travers les poèmes « Je suis l’enfant du pays » ou encore « Jeunesse ».

 

Dans ce receuil doté de 49 poèmes, Rick tente de dessiner ses sentiments avec une extrême lucidité, en maquillant convenablement les atouts culturels que le Cameroun regorge. La preuve à travers des productions qui portent le nom des villes « Douala », « Maroua », « Garoua », « Yaoundé », ou encore « Bertoua », comme pour magnifier chacune d’elles, selon les trésors inexplorés qu’elles détiennent depuis des lustres. Toutefois, il dénonce avec beaucoup de force, les incursions terroristes dans les régions du Nord, Extrême Nord, et dit halte à la division conséquemment à ce qui se produit depuis 2016 avec la crise anglophone. Les poèmes « Cessession Zéro », « L’Horreur », « Une larme de trop » notamment, en sont les miroirs exacts.

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L’histoire de l’Afrique éludée

L’engagement spécifique à l’art nègre trouve l’une de ses plus belles expressions dans la poésie qui demeure, en Afrique, une « arme miraculeuse » au service des peuples libérés de la négation historique. La poésie négro-africaine (ou simplement, et plus globalement, africaine), est simplement une ré-écriture de l’histoire de l’Afrique. Au moyen des lignes courbes du vers et de la strophe, les poètes proposent une historiographie de leur continent à l’aune des aspirations tant individuelles que collectives. « Je suis l’Afrique », « Afrique », « Ma prière » et l’énonciation de plusieurs héros nationaux tels Douala Manga Bell, Martin Paul Samba, prouvent que l’auteur n’est pas aux antipodes de la négation historique mais plutôt de la reconstruction de l’identité africaine par un certain nombre de figures qui ont marqué notre temps.

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Du nigérian Chinua Achebe, ou du kenyan Nguyi, l’écriture de Rick semble s’inscrire dans une démarche à la fois paternaliste et protectrice de valeurs. Ce qui pose une structuration au niveau des enjeux que sont les nôtres dans le continent. « Mon chant d’unité » par lequel il ferme son ouvrage, est un cri à l’endroit des peuples, des nations.

La lutte contre la présupposée supériorité culturelle occidentale et les revendications pour la souveraineté des peuples colonisés ont été au cœur des poésies et proses de Césaire, Damas et Senghor par exemple. Ainsi, la poésie africaine serait donc le champ de déploiement d’une perception de l’histoire du continent notamment dans ce qu’elle a de douloureux et fascinant. Rick se positionne en observateur critique de l’histoire qu’il s’efforce alors de recomposer, sans doute subjectivement, par des « mots-chaire-de sang », en additionnant le sentiment patriotique qui devrait animer selon ses mots la marche de tout acteur, de tout citoyen. Prefacé par Josée MELI critique littéraire et postfacé par J. N. MENGOMO, l’ouvrage est un incroyable couvercle qui mérite d’être déscellé par les amoureux de lecture, et les passionnés de l’évasion lyrique. « À la Maire Patrie » évidemment disponible aux Éditions de Midi.

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