CULTURELIFE STYLE

[Spectacle Echogr’Art-Phie] L’incroyable scanner du corps féminin par Agathe Djokam

Après une résidence de deux semaines à l’Institut Français de Yaoundé, l’Artiste chorégraphe Agathe Djokam Tamo de son nom complet, a livré les fleurs de son travail le 29 mai 2021 durant 80 minutes. « Echogr’Art-Phie » tel est le nom de ce projet haut en couleurs, qui dessine les contours du processus de la création de vie, ou encore du scanner étonnant de la Femme dans tous les sens du terme, en utilisant des codes de langages éclectiques à savoir la danse et la musique. Fondatrice de l’association Corpo Symbiose & diplômée en danse traditionnelle et contemporaine d’Afrique à l’Ecole Des Sables au Sénégal, elle nous a emporté dans son univers. Décryptage.

 

La Lauréate Visa 2017 pour la Création Institut Français, n’a pas tardé pour mettre dans le plat une nouvelle lumière pour le public. Cette fois, l’idée originale d’Agathe Djokam, l’interprétation, scénographie et chorégraphie ont fait un arrêt majeur sur l’une des thématiques tabous de la société africaine: Les menstruations de la Femme. « Echogr’Art-Phie », tel nommé est un spectacle qui se veut le miroir de la douleur naturelle des femmes à partir de leur phisiologie, qui possède une grande incidence dans le sens de la procréation en termes de conditions. Agathe a littéralement construit son inventaire sous trois visages.

 

1-L’infirmière/ médecin, la gardienne de la santé 

Axée sur une idéologie du corps et des concepts reliés à la nature et l’humain, l’artiste s’est inspirée des réalités sociales mais surtout de son univers en constante évolution. De son quotidien de femme en société, elle a incarné le temps d’une demi-heure, une infirmière avec sa combinaison verte. Ici, l’arc de cercle formé par les serviettes pour femmes sous 4 couleurs dont du vert, blanc, violet foncé ou non foncé entre autres, traduit du cycle naturel dont les femmes portent toutes leurs vies, de leurs quasi-présence au sein des établissements de santé, et enfin du long pélérinage psychologique auquel elles doivent faire face. D’aucunes font appel à ce que l’on traite d’extractions menstruelles à travers divers traitements ou prises de médicaments, pour d’autres, des protocoles peu orthodoxes. Pour Agathe, l’équation n’est pas si simple à résoudre étant donné que le corps n’est pas une fonction mathématique stricto senso.

 

 

2-La prétresse du changement

 « Je m’appelle Echogr’Art-Phie, je renaît de cette brûlure et sensations menstruelles physiologiques et involontaires. Je renaît de nos blessures quotidiennes, de cet art social qui gronde au creux de mes entrailles » dit-elle dans son speech en deuxième partie.

En conteuse, Agathe sonde et décrit la douleur que ressentent les femmes et la place au firmament de la compréhension de l’autre. Altruisme? Non. Humanisme. Même si les recherches montrent que les femmes souffrent de douleurs plus fréquentes et de façon plus intense que les hommes, il semble aussi qu’elles soient plus aptes à composer avec la douleur. Elles vivent en effet des expériences biologiques spécifiques : le cycle menstruel, la grossesse et bien sûr, l’accouchement. La faute est-elle liée aux hormones ? Ces événements biologiques, contrôlés par les hormones féminines (comme les œstrogènes et les progestérones), influencent la perception de la douleur chez les femmes. Agathe elle, a su ouvrir une fenêtre, celle de l’éducation des consciences. Ne le souligne t’elle pas explicitement: « Je renaît de ce corps, de cette table de chevet ou de l’hôpital (…) Nos horreurs, nos fustrations, nos craintes, nos guerres » 

 

3-La Sportive, fleur de forme

En additionnant du cinéma(micro-expo filmée), du conte(on aurait du slam), et de la danse, Agathe a tenté de faire une mayonnaise artistique étrange. D’abord ce rappel en projection entre considérations sociales et féminité, ensuite la transformation moderne de la vision Femmes en danse contemporaine, dans une ambiance musicale spéciale.

Vêtue en tenue sportive, puis de nouvelle mère elle a voulu transmettre un message fort: L’humanité. Une humanité qui se meurt selon les époques, ou selon les aires culturelles au Cameroun ou partout ailleurs, doit être ressuscitée.

Avec un travail nourrit de curiosité, et d’introspection, elle souhaite transgresser les normes du milieu contemporain et aller vers des créations plus libres, plus folles, plus osées.

La Lauréate Découverte 2016 de la Goethe Institut, championne du Festival hip hop Fé’nomène Battle Dakar Sénégal en 2016, a su conjuguer son art sur la scène. Des danses « rituelles » à la crique « hip-hop » pour un groove étonnant, accompagnées sur les musiques principales d’ibrahim Maalouf, compositeur franco-libanais de musique (Titre scènes de 2019), puis de la légende de regrettée mémoire Manu Dibango (Titres Reggae Makossa, Africatie de 1997). On a eu l’impression qu’à travers ses chansons, il y’avait la transcendance entre vie et mort, comme un pont pour le quotidien féminin.

De l’urgence de la « panser »? 

« J’ai cherché le lien entre le processus de la vie, et le processus chorégraphique. (…) À travers le projet Échogrartphie, j’ai décidé de questionner le processus de création des êtres humains, des êtres vivants que nous sommes, indéniablement je devais passer par le phénomène de menstruations. Parce que inévitablement une femme ne peut pas donner vie à un être si elle n’a pas vu ses menstruations. C’est pour cela que dès que la fille voit ses premières menstruations, on dit tu es devenue une femme, et on lui dit, donc à partir de maintenant fait attention car à tout moment tu peux tomber enceinte. Donc je ne pouvais pas décider de questionner le processus de création de la vie sans parler du phénomène de menstruations. Encore plus que le phénomène de menstruations est encore un sujet tellement tabou. Et encore plus que cela résonne tellement en l’être de la danseuse chorégraphe que je suis. Les menstruations sont devenues pour moi comme une sorte d’Art » Souligne t’elle au micro de www.lequatriemepouvoir.com

Au sujet de la musique choisie: « Dans chaque projet que je fais, j’écoute la musique et je regarde ce que ces musiques génèrent en moi en fonction des intentions du projet que je soumet aux personnes présentes, au public. Donc je ne fais pas de choix de musique parce que ça fera tantantan…(rires)! Pour Ibrahim Maalouf c’est la seconde fois que j’utilise son univers musical. La première était lors de mon projet précédent « À qui le tour », et pour cette seconde fois c’est qu’es ce que l’univers d’Ibrahim Maalouf suscite en moi. Pour Papa Manu j’avais déjà opté pour ce choix bien avant qu’il ne décède à cause du groove funky présent dans ses chansons. Et comme j’utilise l’univers breaking dans ce projet, et en observant les vidéos de Manu Dibango où il jouait du saxophone, il y’a des gestes, il y’a de la vie dans ses interprétations, c’est cette énergie qui m’a habitée, qui m’a guidé. (…) Je dirai spiritualité et humanité » .

 

Lire aussi: Festival International de mouvements, danses & performances Acte 4: La créativité à l’honneur

 

Lire aussi: D’Anne Zingha à Ndaté Yalla Mbodj: MOSAYANE, l’oiseau libre à l’étonnant afro-centrisme musical !

 

Lire aussi: [BRAND NEW] TITA dévoile enfin le clip officiel « Ekang » extrait de son premier album éponyme

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page

Adblock détecté

Un ADLOCK de publicité à été détecté sur votre navigateur veuillez le désactiver pour pouvoir mieux bénéficier et soutenir notre projet merci d'avance
error: Alert: Tu copie ce contenu que c'est pour toi? !!