CULTURE

D’Anne Zingha à Ndaté Yalla Mbodj: MOSAYANE, l’oiseau libre à l’étonnant afro-centrisme musical !

Elle aura parcouru le monde, qu’elle serait toujours en état d’éveil. Delphine Mebonde de son vrai nom, a brisé son « vaisseau spatial » le 18 mai 2021, lors de son tout premier concert live dédié à l’Institut Français de Yaoundé. Bien au-delà d’un défi, une sinécure qui rappelle les langues frissonantes de la pianiste russe Leokadiya Kashperova. Dans son fourreau où se loge son « épée » de musicienne, Mosayane a su faire « voyager sans décoller » dans des mondes où la sollicitude croise le regard de la diversité : Des« Mosaïques » ? Analyse d’un saut dans le temps pendant 59 minutes.

 

Il est 19h19 minutes à Yaoundé, sous un 26 degrés. J’arpente les escaliers de l’Immeuble émergence à pleine vitesse, le tout, sortant d’un long périple de 293 kms. Ma voix intérieure vascille et je me dis certainement je suis en retard. Sur l’affiche matraquée pendant des semaines et des mois sur les réseaux sociaux, c’est écrit : 20h00. Arrivé à l’IFC, je suis étonné du silence abrut qui m’accueille. Pas d’un silence innocent, mais d’un silence mortifère qui sens la pression et l’inquiétude : c’est naturel, c’est une première. Non loin de la salle de spectacle j’aperçois des femmes et des hommes en T-shirt noirs, blancs, bleu foncé inscrit au recto : « Appelle Moi Mosayane », aux couleurs or. Je me rapproche de l’un deux qui me rassure : « cela commence à 20h, le concert a été légèrement différé». Je tire un léger soupir, et je vois au loin Nadine Gérard qui fait des va et vient dans la salle. Entre salutations, réservations, et interrogations, je guette rapidement en salle de façon discrète le filage. Je ne peux m’empêcher de voir à quel niveau de concentration se trouvent les acteurs de la soirée. J’y note du stress qui à tort où à raison fait partie intégrante de ce dessin.

 

Il est 20h, les personnes ayant réservé sont présentes au sein de l’accueil/réception pour recevoir leurs tickets et autres gadgets que leurs confèrent leurs pass. Pour cette occasion, les billets varient de 5000FCFA à 10.000FCFA pour 50 places assises comme le veut le protocole sanitaire de  l’Institut Français de Yaoundé, Covid19 oblige. Installé en salle de spectacle, je vois les artistes Serge MABOMA du Laboratoire Musical de Bastos avec qui j’ai échangé à l’entrée, tout comme TAO, la Queen du Sahel, ou encore Thierry Ntamack napé d’une casquette, Hais du groupe X-MALEYA, CRAO Le Sage, Manager de la vedette du Bikutsi Mani BELLA. Ils sont nombreux ces stars et people à avoir fait le déplacement pour cette sortie exclusive.

Au premier rang, je regarde attentivement la composition de la scène. Deux guitares électro-acoustiques posées au devant, un clavier à ma gauche, trois micro pour les cœurs, un arsenal batterie et percussions au loin. La régie fait mine avec les lumières et je dis bonsoir à la voisine, qui n’est autre que la Host de la soirée, Marcelle Sandrine la grande sœur de l’autre. Ce visage m’est familier puisque croisé au Festival Écran Slam en Septembre 2020 au Centre Culturel Camerounais.

20h35, la présentatrice qui arbore un T-shirt noir à l’inscription décrite plus haut, badge au cou, talons noirs, jean, décontractée va ouvrir les hostilités. « Bonsoir Yaoundé ! Bonsoir ! Je ne vous entends pas, c’est trop timide, alors on recommence ! ». Après un éventail pour réveiller l’auditif, elle appelle ERIC BECKS et son band le BBS accourrent.

 

Sous un tonalité moderne et reggae, il va faire voyager le public à la façon Joe Pilgrim, The Wailers, ou encore la troupe The Ligériens. Ses titres « SIKI » ou encore « BAMBA » seront des ajouts rock, country, soul, avec des guitares grinçantes qui ne passent point inaperçues. (Référence Youtube du Quatrième Pouvoir). Avec Balis au Clavier, Makwanza à la guitare solo, Tournevis à la Batterie, Libaski aux percussions, Euguy à la basse, Lisette et Iris aux chœurs il enchantera pendant 35 minutes.

Après des expériences au Maroc, Éric possède à son actif plusieurs singles dont le titre « Ô Cameroun », enregistré en Janvier 2018 sous la supervision du célèbre Justin Bowen. Mixé et masterisé par Christophe Sarlin des Studios du Regard en France. « Révélation », son premier opus sort en Avril 2019 avec pour titre phare Voglo Betara. Un album de 10 titres dans lequel il montre sa maturité artistique et traite des thèmes tels que l’amour, l’espoir, le retour aux vraies valeurs, la confiance en Jah entre autres.

 

20h57 minutes, une pause technique est signalée par la Host qui remercie au passage et demande la température et l’indulgence subtile du public. Ce « blanc » m’inquiète au plan technique et je suppute des théories. Mais en réalité la vue des premières répétitions, et abscence lors des dernières me poussent à donner du crédit à demi-mot. Soit, à 21h08 minutes, les lumières sont éteintes par la régie, calme plat, impatience et curiosité effident l’assistance. Une introduction en un vidéogramme de 2 minutes 51′ va prendre le relais, on peut entendre discrètement une guitare électrique propre au Bikutsi, percussions semi-rembourées. La voix enchaîne lentement pour dessiner en mots et musique, l’étoile de la soirée.

Que la fête commence !

21h13 minutes, Mosayane fait son entrée toute en douceur en langue locale l’Éwondo (région du Centre) avec le titre « EKIÉ » sous un sublime mélange en français. Pantacourt noir et corset sombre, longues rastas, elle tremble de joie sous son micro, cela se ressens, je le ressens. Pour surmonter sa peur, elle va au choc par deux canaux : la transition linguistique et la danse. Comme une fée, elle déborde d’énergie en starting-blocks.

Pour sa deuxième interprétation « MINTIÉ », elle fait la flotte à sa guitare. Assise, elle grince les cordes avec beaucoup de sensibilité.

Sa voix mauve et puissante donne de la chair de poule, on dirait la capverdienne Nawal, Sally Nyolo, ou encore Aziza Brahim. Ses trois femmes ont une chose en commun : l’instrument en dehors de la voix. Pour cette touche, elle y joins une guitare rock qui me rappelle les nuages d’ombre américaines des années 1820 à 1940 avec des figures féminines telles que Memphis Mimie, ou Rosetta Tharpe, tous deux guitaristes. Le rock pour le souligner, est caractérisé par une mélodie vocale dominante, souvent accompagnée par une ou plusieurs guitares électriques, une guitare basse et une batterie ; il peut également être accompagné de synthétiseurs/piano, de cuivres ou d’autres instruments.

Une chanson de rock comprend généralement quatre pulsations par mesure (4/4) et une structure avec couplets et refrain : Ce que MOSAYANE a fait tout en chargeant de fusil d’épaule sur le titre « WETAM » interprétée à 21h27 minutes. Démarche américaine ou démarche du monde ? La question demeure ouverte.

Mais ce qui m’a frappé est la représentation suivante avec une sorte de robe blanche multi-fentes munie d’un balai pour l’occasion. Ce jeu d’actrice, est perceptible dans certaines chefferies traditionnelles de la région du Centre-Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Bénin par exemple, où il est possible de les retrouver.

Guerrière dans l’âme ?

MOSAYANE par son  vestimentaire m’a fait pensé à Ndaté Yalla, une souveraine sénégalaise (l’un des pays d’origine de la chanteuse). Lorsqu’en 1855 les Français arrivent sur la côte sénégalaise dans l’espoir de la coloniser, ils vont se heurter à la résistance d’une femme. Postée sur son trône, le visage altier et le corps opulent, elle fume sa longue pipe. Autour d’elle, plus de 500 femmes richement vêtues et une gigantesque armée lui obéissent au doigt et à l’œil comme nous content les écrits. Elle connaît bien ces envahisseurs, sa famille, les Tédiek, s’est enrichie grâce à leur long règne et aux nombreux échanges avec les comptoirs français et elle est prête à prendre les armes pour défendre ce qui est à elle. Ndaté Yalla Mbodj est la dernière grande Linguère du Waalo, royaume du Nord-Ouest du Sénégal. En langue sérère et wolof, linguère signifie reine ou princesse, c’est le titre attribué à la mère ou à la sœur du souverain. Et il n’était pas rare que l’une d’elles accède au trône. Les Linguères étaient donc préparées à diriger leur peuple, politiquement et militairement.

 

Retour aux sources ?

Durant ce live, l’artiste n’a pas hésité à exécuter du mbalax, très connu au Sénégal. La danse sabar associée au style mbalax est généralement faite par les femmes, mais les hommes dansent aussi sur certains rythmes. C’est une danse assez gymnique, aérienne à la limite acrobatique. Il peut arriver que deux à quatre personnes s’assemblent pour danser, mais la danse s’exécute surtout en solo. On le voit régulièrement lors des fêtes traditionnelles sénégalaises tout comme sur scène avec Youssou N’Dour, l’une des grandes figures de la musique africaine. Le style a véritablement commencé sa modernisation dans les années 1980. Il est devenu un mélange de rythmes et d’instruments traditionnels comme le djembé, le sabar, le tama, la kora avec des instruments et rythmes modernes comme le rock, le R&B, le jazz, etc. De nombreuses déclinaisons du style sont donc apparues comme la salsa mbalax, le rock mbalax, le zouk mbalax et d’autres encore avec sa fusion aux styles africains comme la rumba congolaise. Les titres « NZU MI », « MINTA » ont été des traversées locales cachées entre les chants polyphoniques pygmées, et les danses rituelles qui en existent. On aurait dit que MOSAYANE souhaitait en extraire la spiritualité pour en ressortir l’authenticité.

 

Contingence du souffle

Je l’ai constaté lors de sa deuxième prise vocale. Une apostrophe caucace au niveau de son souffle. Entre danses, chants et instruments, il faut pouvoir trouver le bon équilibre surtout en carrière professionnelle. On peut le lui pardonner car c’est sa véritable première. Toutefois, d’autres scènes ne le feront pas où seront moins tendres. Le souffle de MOSAYANE m’a paru distortionné à un moment. Pour bien chanter et soutenir de longues phrases musicales, il est important de soigner sa prise d’air. Nous sommes un instrument à vent dont la production du son dépend du souffle. Le chant est construit à base d’air et résonne également dans l’air. La plupart des gens non chanteurs (et parfois même chanteurs!) respirent de manière superficielle. C’est à dire qu’ils utilisent seulement 10% de leur capacité pulmonaire et ce, de manière superficielle. Le chanteur, quant à lui, se doit d’avoir une inspiration complète qui optimise au maximum ses capacités pulmonaires. Comme un athlète ou un nageur professionnel, vous allez devoir entraîner votre souffle!

Tourbillon et tunnel !

 

Rien n’arrêtte MOSAYANE. Depuis un an, l’artiste  a attiré l’attention des bookmakers culturels camerounais. La passion est un grand moteur pour elle. En écoutant ses chansons ou en la regardant se produire on sent qu’elle aime ce qu’elle fait. Elle a une vision différente de la musique africaine prise dans son ensemble. Cette musique est généralement instrumentale mais MOSAYANE chante en plusieurs langues, sur diverses rythmiques De nombreux artistes africains ciblent leur marché domestique, mais elle, elle parvient à se connecter à des publics du monde entier par sa « couleur musicale ». « WETAM » au public ? Un projet d’album reste vivement attendu pour cette Reine du Sable et de l’air !

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