SOCIETE

Centre des urgences et Hôpital central : deux mouroirs au cœur de la capitale

Yaoundé a mal à ses hôpitaux publics. Autant au Chu (Centre hospitalier et universitaire de Yaoundé) qu’à l’Hôpital obstétrique de Ngousso en passant par l’Hôpital général, le Centre des urgences de Yaoundé (Cury) et l’Hôpital central de Yaoundé (Hcy), sans oublier son sinistrement célèbre annexe Orca, les patients ne savent plus à quels saints se vouer.

Mercantilisme généralisé, absence d’humanisme devant la détresse des familles, la liste des maux est loin d’être exhaustive. Ces ‘’hôpitaux” ne sont pas des endroits où l’on retrouve l’espoir, mais des mouroirs. Y Etre admis est synonyme de hantise, de chemin de croix, par le citoyen qui redoute les conditions d’hospitalisation que tout le monde sait désastreuses. Le présent dossier vise à tirer la sonnette d’alarme. Il faut sauver ces formations sanitaires, prises en otage par des prédateurs en blouse blanche !

8h30 ce 10 mars 2021, l’hôpital central de Yaoundé grouille de monde. Outre le personnel médical et d’astreinte commis pour la garde, des centaines de personnes passent le portail de cette institution hospitalière. De nombreux patients y sont présents dès les premières heures. «On vient généralement tôt pour être reçu parmi les premiers», souffle l’un d’eux. Une véritable course à Sa guérison. Pour un moindre service, il faut corrompre, du vigile jusqu’au vendeur du ticket d’accès, tout se «négocie».

Première étape pour ceux qui viennent pour la première fois : la caisse. Logée dans un bâtiment situé en face du bloc administratif, ce lieu ne désemplit pas de monde à cette matinée. Pour espérer rencontrer un spécialiste, des centaines de personnes se bousculent pour acheter le billet de session. Normal, le médecin est roi et ne vous reçoit que si vous aviez préalablement pris un ticket à la caisse. Un papillon numéroté vous est remis et donne droit à son détenteur de rencontrer un spécialiste.

Ce jour, pas plus de six spécialistes disponibles avant 10 heures. Les malades n’ont pas le choix. Si ceux couchés à même le sol, n’ônt pas le choix, d’autres font les cent-pas au risque de s’écrouler. C’est le cas de Mme Eyinga, enceinte venue faire une échographie. En réalité, ce n’est que le début d’un calvaire pour l’ensemble des malades. Un tour à la salle des consultations, c’est le plein d’œuf. Les infirmières, les rares accueillantes, tentent tant bien que mal d’orienter les patients. «Les personnels hospitaliers, à cause de la misère, sont devenus des caricatures : paresseux, négligents et résolument vénaux», témoigne Bertrand ‘ Datchoua, un habitué des lieux.

Quand ce n’est pas un infirmier qui contemple les gestes des malades, c’est la surveillante du secteur qui chiffonne par-là, chasse par-ci. C’est dans ce chemin de croix que vers 13 heures le premier spécialiste des soins de santé commence les consultations. L’assistance le constate avec les mouvements de va-et-vient qui s’opèrent dans un box. Seulement, il n’a pas beaucoup de malades à consulter. Les patients, eux, doivent attendre, chacun à son tour.

Encore qu’ici, la petite corruption a tôt fait de s’installer. Certains monnaient pour bénéficier d’un meilleur classement de leur carnet d’hôpital afin d’être reçus les premiers. «Moi j’étais la deuxième personne qui devait rencontrer le docteur, mais jusqu’à présent, je ne suis pas encore reçue. Je ne comprends pas comment ça fonctionne ici», se plaint Ernestine Mengue, patiente.

Selon les observations faites sur le terrain, lorsqu’un patient entre avec son carnet et son papillon, il glisse dans la main de l’infirmière un peu d’argent pour être classé parmi les premiers, au détriment de ceux qui étaient là avant. Malheureusement à une certaine heure de la soirée, les consultations doivent s’arrêter…

Au Centre des urgences de Yaoundé (Cury)?-c’est le même décor. Ici, il n’est pas exagéré de dire que le premier contact du patient ne se passe pas toujours dans de bonnes conditions. Les visages crispés des infirmières et des comportements frisant le mépris sont servis la plupart du temps aux malades. L’accueil est généralement proportionnel à l’aisance financière du malade. Certes, l’administration peut se targuer d’avoir renforcé ses services, mais les traitements inhumains, dont sont sujets les malades, n’est pas pour améliorer l’image du Cury.

Au Centre hospitalier universitaire de Yaoundé (Chu), le tableau n’est guère reluisant. Ici, le nombre de lits reste limité. Tout se vend. Jusqu’au moindre service. L’infirmier (ère) qui assure le suivi de votre traitement ne revient que si vous lui aviez préalablement «motivé » comme ça se dit ici. «Lorsque le patient arrive on ouvre un dossier. Si le cas est urgent, il bénéficie d’un pack en deuxième intention, mais en réalité, il n’y a pas de pack aux urgences et les familles doivent s’en charger. Pour les plus démunis, on se débrouille », se contente de dire une infirmière au Chu. Les moins nantis peuvent donc aller au diable.

Source : Info Matin n°866

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