CORONAVIRUSECONOMIEPOLITIQUESOCIETE

Gestion des fonds dédiés au Covid19: Paul Biya instruit une enquête judiciaire

L’information est contenue dans une correspondance officielle du Ministre Secrétaire général de la présidence de la République signée ce 6 avril 2021 dont le quatrième pouvoir a obtenu copie. Ferdinand Ngoh Ngoh fait savoir au Ministre d’État, Garde des sceaux Laurent Esso que le Chef de l’État Paul BIYA prescrit l’ouverture d’une enquête judiciaire contre les auteurs, co auteurs et complices en cas de malversation financières relatives au fonds de Covid19. Les ONG et organismes internationaux réclament un audit des fonds dédiés gérés entre autres par le Ministère de la santé publique.

Rappel des faits

Cité par un journaliste dans l’affaire de détournements de fonds dédiés à la lutte contre le Covid-19 en fin 2020, le porte-parole du gouvernement s’était fendu d’une mise au point rendue publique le 4 août dernier, pour clarifier la situation. Un document de quatre pages au style soigné et aux mots policés, dans lequel l’intéressé rejette les accusations proférées contre lui, tout en levant un voile sur le sort réservé à ces fonds qui s’élèvent à plusieurs milliards de francs CFA – soit plusieurs millions d’euros. « Le ministère de la Communication n’a reçu aucun autre financement que les 100 millions de francs CFA [152 000 euros – NDLR] octroyés par le Premier ministre à la fin du mois de mars, indique la note signée du secrétaire général dudit département ministériel Félix Zogo (…) ce qui se situe très loin des 8 milliards de francs CFA allégués par ce journaliste. »

C’est pourtant depuis la mi-juillet que l’opinion publique donne de la voix pour exiger des comptes quant à la gestion des fonds alloués à la lutte contre le Coronavirus. Députés, ONG ou simples citoyens… chacun y est allé de sa méthode pour réclamer aux membres du gouvernement un bilan en toute transparence. Pour ces Camerounais, cinq différentes enveloppes budgétaires allouées à cette cause sont principalement scrutées.

Il s’agit principalement du fonds de solidarité crée par Paul Biya, initialement renfloué par ses soins à hauteur d’un milliard de francs CFA et dont le montant dépasserait déjà les 3 milliards de francs CFA ; d’une facilité de 135,56 milliards de francs CFA, soit 226 millions de dollars, accordée par le FMI ; des dons en nature d’entreprises et d’organisations diverses ; du compte d’affectation budgétaire de 180 milliards de francs CFA adopté par l’Assemblée nationale ; et enfin du Fonds de solidarité pour la santé, qui reçoit, depuis sa création en 1993, 10 % des recettes mensuelles en provenance des établissements publics fournissant des soins médicaux primaires. Un total d’au moins 318,56 milliards de francs CFA auquel s’ajoutent les dons en nature.

Convaincu de l’existence de « surfacturations criardes » lors de l’achat du matériel sanitaire et dans la construction des infrastructures d’urgence, le député Jean-Michel Nintcheu allumait la première mèche, le 13 juillet dernier, en dénonçant dans une tribune une série de griefs.

« L’absence d’avis d’appels d’offres publics dans la fourniture du matériel et des équipements de lutte contre le Covid-19 soulève de forts soupçons de collusion et de délits d’initiés dans les contrats de livraison de tests et autres matériels », affirmait notamment cet élu du Social Democratic Front (SDF), avant de s’attaquer à la mercuriale de l’État. « On achète une boîte de 100 gants en latex à 10 000 francs CFA [environ 15 euros – NDLR] contre 3 500 francs CFA en pharmacie, les thermomètres infrarouges coûtent 150 000 francs CFA à l’État contre 25 000 francs CFA en pharmacie… Et on peut multiplier ces exemples à l’infini. »

Les révélations de Jean-Michel Nintcheu ont attiré l’attention des citoyens, qui à leur tour, se sont mis à questionner l’usage fait des dons en nature d’entreprises, notamment celui du stock de 4 000 sacs de riz dédié aux couches défavorisées. Car, contrairement à la tradition locale qui veut qu’en pareilles circonstances les remises de dons aux nécessiteux soient fortement médiatisées, aucune image ni aucun témoignage de bénéficiaires n’ont été diffusés.

Lutte contre le Covid19: La ville de Bangangté à l’œuvre

Covid19: Les manifestations festives désormais interdites dans la région du Centre

Du côté de l’ONG Human Rights Watch, c’est le Fonds de solidarité pour la santé qui est dans le viseur. « Les établissements de santé du Cameroun ont versé des contributions obligatoires dans cette réserve d’urgence pendant plus de vingt-cinq ans, et ils devraient pouvoir compter dessus maintenant pour les aider à surmonter cette pandémie », affirme Lewis Mudge, responsable de la zone Afrique centrale de l’organisation. De quoi alimenter la polémique et faire monter la pression sur le gouvernement.

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page

Adblock détecté

Un ADLOCK de publicité à été détecté sur votre navigateur veuillez le désactiver pour pouvoir mieux bénéficier et soutenir notre projet merci d'avance
error: Alert: Tu copie ce contenu que c'est pour toi? !!