SOCIETE

[OPINION]Malerne SOKENG- FOMENA : Le diplôme sans compétence est un piège pour celui qui le détient et une perte pour la nation

Dr Marlène SOKENG-FOMENA, epse FEMBA, phD en Philosophie, épistemologue du droit et ethicienne des affaires, est enseignante-chercheure à l’Université de Dschang.
Elle se prononce ici sur la question de la compétence à l’école.

Une question importante évoquée par le Pr Jacques Chatué, Philosophe et épistémologue camerounais, dans une recente communication intellectuelle, devant de jeunes étudiants. Celui-ci pense justement que << les africains doivent rentrer à l’école pour rechercher la compétence et non les diplômes>>.

Quelle analyse faites-vous de cette affirmation ?

<<La compétence académique se veut axiale dans un contexte de compétitivité mondiale où les Nations sont désormais appelées à être classées en fonction de l’importance accordée à la matière grise. En effet, c’est cette dernière, valorisée suivant l’axe de la compétence qui permet d’avoir des spécialistes en des domaines variés, lesquels sont en mesure d’apporter des solutions aussi bien conceptuelles, théoriques que pratiques aux problèmes qui sont les nôtres. Le diplôme sans compétence est un piège pour celui qui le détient et une perte pour la Nation, au sens où ce papier n’est plus autre chose que du papier. Dans le contexte africain, plus précisément, la compétence est ce qui engagerait véritablement la perspective d’une affirmation/résistance au sens où le voulait Spinoza. Lorsque l’école réussit à former des personnes compétentes, celles-ci deviennent des instruments par excellence de déploiement de richesses dans les Nations>>.

*Lorsqu’on vous écoute, on a l’impression que vous parlez uniquement de la formation universitaire. Est-ce que le problème se situe à ce niveau ?*

<<Lorsque la question de la compétence académique est posée, elle ne concerne pas d’abord les universités en tant que maillon d’une chaîne. Si le problème se pose à partir de l’université c’est qu’il est mal posé. Pour réussir le pari de la compétence académique, il faudrait partir du fait que le domaine éducatif fait système. Or la postulation de l’école en tant que système enjoint la définition d’une vision propre de cette dernière. Nous comprenons par là que la question de départ devrait être : quelle école voulons nous pour nous et pour nos enfants. Ce n’est que par là qu’on sort d’une sorte de cacophonie où il est difficile de définir le fil conducteur de tout ce dans quoi les citoyenss sont emballés de la maternelle au Doctorat. Pour retrouver le sommet en Afrique, nous avons besoin d’une vision propre de l’éducation en tant qu’elle constitue un système. C’est le point de départ>>.

Vous êtes enseignante à l’Université de Dschang et celle-ci est présentée aujourd’hui comme la meilleure en Afrique subsaharienne, qu’est-ce qui fait sa particularité?

<<L’originalité de l’Université de Dschang, l’une des meilleures aujourd’hui en Afrique subsaharienne, se décline sur trois grands axes : linguistique, géographique et épistémologique. L’usage des deux langues officielles comme canal pédagogique apparaît comme une spécificité forte de notre Université. C’est un atout majeur non seulement pour l’intégration académique de tous les citoyens camerounais, mais aussi pour de nombreux étudiants étrangers. La place stratégique de la cité des Savoirs est attestée, a minima, du point de vue de sa localisation géographique, d’autant plus que le climat froid qui la domine demeure favorable à l’éveil intellectuel. Ce dernier point pourrait justifier le souci permanent de rigueur épistémologique à l’université de Dschang, laquelle s’observe par le respect des délais dans l’exécution des programmes académiques et/ou administratifs. Par ailleurs, le souci de rigueur épistémologique est remarquable à partir d’un ensemble de mécanismes mis en place pour le suivi et le contrôle tant de la qualité des enseignements que des productions intellectuelles. Les Dschang school se présentent, par exemple, comme les gardiennes de l’excellence académique dans la production des thèses et des mémoires.

Nous devons tous nous mettre à l’école de la compétence pour rehausser la compétence de l’école africaine. Voilà ce qui nous permettra, non seulement, de valoriser sans complexe notre identité, mais aussi d’inscrire honnorablement nos savoirs-savoir, savoirs-faire, savoirs-être et savoirs-pouvoir dans les Annales de l’historicité mondiale>>.

Propos recueillis par Bertrand Nzogang Quatrième Pouvoir

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