SOCIETE

Carnet de route : Aéroport de Nsimalen – les circuits de faux et de corruption

Arnaque de passagers, faux test Covid, document falsifiés, rien ne résiste à la loi de l’extorsion qui règne en ces lieux.

Louxor, Egypte. Je n’étais vraiment pas chaud pour effectuer le voyage. Pourtant, avec ses pyramides qui donnent le tournis, Louxor est une véritable destination touristique. Pourtant, les organisateurs du désormais célèbre Festival Africain de la ville se sont pliés en 4 pour que je vienne présenter un film documentaire réalisé sur Roger Milla il y a quelques années. Tous frais payés, je pouvais profiter d’un rare moment d’évasion en ces temps de déprime sanitaire. Et c’est justement ce contexte qui nourrissait mes appréhensions. Un peu pataud sur les bords, j’ai toujours rechigné à me plier aux règles de contrôle. J’y vais vais…j’y vais pas, bon finalement j’y vais. Sage décision et vous allez comprendre pourquoi.

Corona test…Corona business

Lundi 22 mars 2021, 09h 30, je suis au centre de test Covid du palais des Sports pour le nécessaire contrôle. Le centre spécialement dédié aux personnes souhaitant voyager est bondé de monde. On y trouve même des personnes venues pour un contrôle après avoir contacté le virus. Devant la tente affrétée pour les patients, un homme égrène énergiquement des noms. C’est par lui qu’il faut commencer. « J’ai déjà clos la liste pour ce matin », me lance-t-il alors même qu’il n’est pas encore 10h du matin. Ce timing peur se comprendre car les échantillons collectés doivent être transmis au Centre Pasteur pour analyse. Ce centre n’ayant pas des moyens illimités, il y a forcément un quota à respecter.

Résigné, je m’apprête à quitter les lieux quand un vigile me fait signe d’attendre. « Il a enregistré des noms mais il y en a qui ne sont pas là, attend un peu. Si tu me donnes quelque chose je peux t’aider », me glisse-t-il discrètement avant d’ajouter d’autres détails. « Si tu es pressé tu peux avoir ton test demain si tu as 40.000, sinon tu vas attendre après demain ». Je comprends vite le manège. Les noms qu’on enregistre, le quota qu’on annonce est donc prétexte à corruption. Rien de bien surprenant. Mais avant de céder, je décide d’y voir plus clair. Notre homme a l’indélicatesse d’enregistrer un nouveau venu devant le public. Nous en profitons pour nous engouffrer dans la brèche et une dizaine de personnes supplémentaires s’enregistrent. L’attente dure 5h et finalement je suis testé. « Faites un message WhatsApp demain à partir de 20h et vous aurez les résultats », me dit l’un des personnels. Une autre possibilité existe. En entrant son numéro de carte d’identité et son numéro de test sur le site Demo.bloosat.com, on obtient également son statut. Le surlendemain à 3h du matin les résultats sont disponibles. Les organisateurs du festival l’attendent pour émettre le billet. Finalement, je reçois le titre de voyage vers 12h pour un départ prévu à 14h. Impossible de bouger. Il faut donc tout remettre à demain.

Le carnet à 15.000, le test à 50.000 Fcfa

Serein, j’arrive à l’aéroport de Yaoundé Nsimalen ce 25 mars 2021 avec la certitude de prendre mon vol. Mon indélicatesse et mon impréparation vont alors me permettre de toucher du doigt les réalités de corruption en vogue en ces lieux. 10h, je suis devant le comptoir de la compagnie Ethiopian Airlines pour les formalités d’embarquement pour un départ prévu à 12h. J’ai oublié d’imprimer la lettre du ministère égyptien qui m’exempte de visa. Un agent camerounais en service chez Ethiopian se propose de m’aider et me conduit dans une boutique de l’aéroport. « C’est 5.000 Fcfa l’impression pour une page », m’annonce la gérante sans sourciller. Autant dire une marge de 500 %, la même impression se faisant à 50fca en ville. « Mon frère, le type même qui t’a emmené a son pourcentage », me fait la dame en constatant ma stupéfaction face à cette inflation aussi inattendue que vertigineuse. « Tout se paye cher à l’aéroport », ajoutet-elle en me remettant mon document. Question : a-t-on le droit de surfacturer à l’infini juste parce qu’on est à l’aéroport ?

« Ton test a expiré il y a 30 mn »

« Tout se paye cher », elle ne pensait pas si bien dire. Quelques minutes plus tard, je suis à nouveau devant le comptoir d’Ethiopian. Zut, j’ai oublié mon carnet de vaccination. Ou plutôt (soyons honnêtes), je n’en ai pas. « Ce n’est pas un problème, rapplique mon « bienfaiteur » en service chez Ethiopian. Tu donnes 15.000 et on t’en fournit un tout de suite. Tu n’as pas besoin de te faire vacciner », me dit-il. Outre la marge impressionnante (ces vaccins étant quasiment gratuits à l’extérieur), il y a le risque sanitaire de déclarer vaccinés des gens qui ne l’ont jamais étés.

Qu’importe, mon « bienfaiteur » est dans un bon jour. Il engrange. Et son circuit avec. Mais le meilleur est à venir. Je reçois la carte d’embarquement et ma valise est envoyée à la soute. Je me crois tiré d’affaire quand un des personnels de la compagnie me rappelle pour me signifier que mon test Covid a expiré il y a 30mn. Je vérifie l’information auprès d’un autre qui m’assure que je peux voyager. Le premier agent revient vers moi pour confirmer qu’il a reçu des instructions fermes de sa hiérarchie de ne pas m’embarquer. « Je peux perdre mon job si je le fais », explique-t-il. Je suis rejoint par Pélagie, une autre Camerounaise qui se rend à Louxor pour la même cause. On alerte les organisateurs et ces derniers multiplient les démarches. On a carte blanche pour rentrer en Egypte (même sans test) mais les Camerounais d’Ethiopian refusent de nous embarquer pour une question d’expiration de 30mn. Alors je m’interroge. Comment le Cameroun à date ne parvient-t-il pas à délivrer des tests PCR en 24h ? Et puis que signifie cette validité à géométrie variable ? En Côte d’Ivoire un test PCR est valable 5 jours en Egypte 3 en France 2 en Iran… ? Comment ne pas alimenter les thèses complotistes autour de ce virus avec de telles mesures définitivement aléatoires ?

Un autre exemple. A l’aéroport, le port du masque semble de mise. Une fois à bord de l’avion aussi. Mais dès que survient l’heure du repas, tout le monde tombe le masque pour ne plus le remettre. Comme si une bonne bouffe pouvait tuer le Corona. Et puis qui assure le service d’hygiène dans les toilettes de l’avion quand des passagers se soulagent d’une partie de calories emmagasinés ? Mieux encore, croyez-vous que les Egyptiens comprennent quelque chose des tests Covid qu’on leur présente à l’arrivée ?

On peut changer de date

Mais revenons à Nsimalen, le temple de toutes les arnaques. Bien décidé dans sa besogne, l’agent d’Ethiopian refuse de nous faire embarquer. Il prend pratiquement 2h pour nous signifier sa bonne foi avant d’en arriver à ce qui pour lui est essentiel. Avant de toucher au but et de glisser le nom qui sauve. « Vous pouvez appeler de Dr…M il va vous aider de ma part. Il peut vous faire un test ce soir et vous voyager demain ». L’entourloupe éclate au grand jour. L’agent guette la moindre défaillance (même aléatoire) de test Covid pour ensuite référer les voyageurs à son complice qui opère au Palais des Sports. Le circuit est bien huilé et rapporte pas moins de 50.000 Fcfa à chaque coup. La chef d’escale de la compagnie me suggère même quelqu’un qui peut « changer de date sur le document ». « On est au Cameroun, tu ignores quoi », marmonne-telle. Le test Covid nourrit bien son homme et quand on est à l’aéroport les gains sont multipliés par 10. Le lendemain, j’ai finalement pu embarquer pour Louxor. Je ne vous dirai pas comment. C’est un secret bien…camerounais.

Le Jour

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