TECHNOLOGIES

Jeu vidéo : nouvel opus dans la bataille des consoles

Une semaine après la Xbox X de Microsoft, la PS5 de Sony débarque.

 

Plus l’attente est longue, plus le plaisir est grand. Cette semaine, il est au rendez ­vous pour les amateurs de jeux vidéo. Jeudi 19 novembre débarque en France la nouvelle console de Sony, la PS5, sept jours après la sortie de sa concurrente, la Xbox X, de Microsoft. Les deux machines sont déclinées avec une version plus économique, sans lecteur de disque. Il aura fallu sept ans pour que les utilisateurs voient leurs équipements faire un nouveau saut technologique..

L’événement est de taille. Au fil des décennies, le marché du jeu vidéo est devenu un poids lourd de l’économie de la culture. En 2020, selon le cabinet Newzoo, cette industrie générera 175 milliards de dollars (environ 148 milliards d’euros) de revenus, en hausse de 21 % par rapport à 2019, dont un bon tiers pour le seul segment du jeu sur console (51 milliards de dollars). Les analystes avaient prévu un déclin du marché cette année, estimant que les consommateurs allaient retarder leurs achats de matériel dans l’attente de la sortie de ces nouvelles consoles. Mais le Covid­19 a suscité un besoin de divertissement.

En témoignent les résultats financiers des constructeurs de consoles. Nintendo a vu son bénéfice plus que tripler au premier semestre de son exercice fiscal (d’avril à septembre), à 1,73 milliard d’euros, largement porté par le succès du titre Animal Crossing. Les ventes de la division jeux vidéo de Sony ont progressé de 22 %, à près de 9 milliards d’euros, sur cette période, et celles de Microsoft ont bondi de 40 %, à 5,5 milliards d’euros.

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Autant dire que les deux constructeurs attendent beaucoup de leurs nouvelles consoles pour accélérer encore leur dynamique. Sur la ligne de départ, Microsoft fait figure de challenger, Sony bénéficiant d’une base d’utilisateurs beaucoup plus consistante. Sa PS4 s’est écoulée à près de 115 millions d’exemplaires quand la Xbox One n’a pas franchi la barre des 50 millions. Et même si, de l’avis des connaisseurs, la console de Microsoft est un peu plus puissante, ce n’est pas sur les spécifications techniques que la bataille va se jouer. « Fondamentalement, les choses évoluent peu, sinon que les machines tournent plus vite, et offrent plus de réalisme », note ainsi James McQuivey, du cabinet Forrester.

Virage stratégique

 « La clé du succès, c’est le catalogue, relève Charles Louis Planade, analyste chez Midcap Partners. Au lancement, Sony part avec un peu d’avance, notamment grâce à de nouvelles exclusivités, comme le dernier Spider­Man. » C’est d’autant plus vrai qu’à l’inverse la Xbox ne sort avec aucune nouvelle exclusivité. Le jeu Halo, qui devait accompagner son lancement, a été repoussé de quelques mois à cause du confinement. Ce qui constitue « un vrai problème marketing », d’après M. McQuivey.

Signe de l’importance des contenus, Microsoft a racheté en septembre ZeniMax – société qui détient des licences­phares, telles que Fallout, Doom ou Quake – pour 7,5 milliards d’euros. Sa plus grosse opération dans le secteur, après l’acquisition de Mojang, éditeur de Minecraft, en 2014, pour 2 milliards d’euros. Et d’autres opérations sont à l’étude. Car sans titres à succès, pas de profits. Même en vendant leurs consoles 500 euros, les constructeurs ne rentrent pas dans leurs frais, vu les montants colossaux investis notamment dans le développement de leurs produits. Ce n’est qu’avec les jeux, sur le long terme, qu’ils parviennent à transformer l’essai.

Pour fidéliser ses utilisateurs, Microsoft a fait le pari d’un mode de commercialisation différent avec son Game Pass, qui permet, par le biais d’un abonnement, d’avoir accès à un catalogue incluant les dernières nouveautés. De ce point de vue, l’offre de Sony paraît moins séduisante : « Son catalogue est moins rafraîchi », note M. Planade.

Surtout, Microsoft se projette plus encore que le mastodonte japonais dans le jeu vidéo de demain, en streaming, qui permet d’accéder à tout moment à ses jeux, sur tous types de terminaux. Une révolution en marche, à l’image de celle qu’a été l’arrivée de Netflix dans l’univers du cinéma. Pour ce faire, le groupe de Redmond bénéficie d’un avantage majeur : il est déjà l’un des géants mondiaux du cloud (informatique dématérialisée), technologie indispensable pour ce type de pratiques, très consommatrices de données. A terme, s’il réussit à s’imposer sur ce segment – convoité également par Google (Stadia) et Amazon (Luna), deux autres poids lourds du cloud –, Microsoft pourrait menacer Sony.

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Pour le groupe nippon, il s’agira de ne pas manquer ce virage stratégique. Dans ses comptes, le jeu vidéo pèse pour près d’un quart de ses revenus, nettement plus que chez Microsoft (8 %). Mais la pression n’est pas moins grande pour l’américain : « Il faudra regarder attentivement comment les ventes de Xbox évoluent d’ici un ou deux ans, prévient James McQuivey. Si elles sont largement à la traîne de Sony, Microsoft pourrait envisager de se défaire de cette activité. »

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