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CHRONIQUE : L’élection de Joe Biden soulage la Silicon Valley

Les grands noms de la Silicon Valley sont restés largement silencieux après la victoire de Joe Biden à l’élection du 3 novembre. Il est vrai qu’à plus de soixante jours de l’investiture du candidat démocrate, prévue le 20 janvier, Jack Dorsey (Twitter) et Mark Zuckerberg (Facebook) sont loin d’être tirés d’affaire. 

 

Mardi 17 novembre, les deux PDG sont convoqués au Congrès par les républicains leur deuxième audition en trois semaines. Ordre du jour : la « censure exercée par les plates­formes » numériques.

Tim Cook, leur homologue d’Apple, qui a toujours préféré faire le dos rond face à Donald Trump, espérant limiter l’impact de la guerre commerciale avec la Chine sur sa firme, n’a pas non plus félicité directement Joe Biden, alors qu’il avait appelé son prédécesseur après sa victoire en 2016.

Pas plus que Sundar Pichai (Google), dont le mammouth planétaire fait l’objet d’une procédure antitrust de la part du département de la justice. Les PDG se sont contentés d’un message de leur association patronale, Business Roundtable. Seul Jeff Bezos (Amazon)  qui, depuis quatre ans, a eu à subir les foudres trumpiennes s’est réjoui publiquement : « L’unité, l’empathie et la décence ne sont pas les caractéristiques d’une époque dépassée », a ­t’­il réagi sur son compte Instagram, sous une photo jubilatoire de Joe Biden et Kamala Harris.

Au ­delà des postures publiques, le soulagement est grand dans la Silicon Valley, à la mesure du gouffre qui la sépare de Washington depuis quatre ans, que ce soit sur l’immigration, le libre­ échange, la désinformation ou la neutralité du Net. Aaron Levie, le PDG de Box, s’est félicité d’un probable retour à la normale : stabilité du marché, possibilité de planifier, « absence de distractions permanentes ». Un sentiment résumé façon geek par Paul Graham, le fondateur de l’incubateur Y Combinator : « C’est comme si quelqu’un avait éliminé un processus en tâche de fond qui occupait 5 % de mon microprocesseur depuis quatre ans », a ­t­’il tweeter.

Les géants de la Silicon Valley savent bien que l’époque triomphante de la tech perçue comme une « force du bien » est révolue : on ne reviendra pas au temps où Google avait une ligne directe avec l’administration Obama. Facebook, notamment, ne se fait aucunes illusions : en décembre 2019, dans une interview au New York Times, Joe Biden n’a pas caché qu’il n’a « jamais été un grand fan de Zuckerberg ». Sheryl Sandberg, l’adjointe de « Zuck », se prévaut en revanche de bonnes relations avec la Californienne Kamala Harris, future première femme vice ­présidente.

Des figures connues

 Joe Biden s’est aussi prononcé  comme Trump, soit dit en passant  pour l’abrogation de la section 230, l’article de loi qui protège les plates formes de poursuites pour les contenus qu’elles publient, la pierre philosophale des réseaux sociaux. Mais il n’en a pas fait un cheval de bataille. Les patrons des entreprises technologiques comptent aussi sur le retour à une politique de visas (les fameux H­1B) qui leur permette à nouveau de recruter des ingénieurs étrangers.

La Silicon Valley est rassurée par le choix qu’a fait Joe Biden pour diriger son cabinet : Ron Klain n’est pas un inconnu. Il a codirigé l’initiative « Rise of the rest » (la « montée des autres ») lancée par le fondateur d’AOL, Steve Case, après l’élection de 2016, quand la tech découvrait que les Etats qui avaient voté Trump étaient restés largement à l’écart de la prospérité numérique. Parmi les conseillers de l’équipe de transition figurent aussi une vingtaine d’anciens de l’administration Obama, reconvertis dans la technologie.

Quant à l’antitrust, le débat cornélien du moment, Joe Biden s’est, jusqu’à présent, gardé d’arbitrer entre les partisans du statu quo et les progressistes favorables au démantèlement de Google ou Facebook, comme Elizabeth Warren ou Bernie Sanders. La tech n’a vraisemblablement pas trop de soucis à se faire : à l’heure de la pandémie et de la crise économique, la priorité du nouveau président ne sera pas forcément de s’en prendre à une industrie qui n’est pas pour rien dans l’exubérance de Wall Street

PAR CORINE LESNES

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